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Full text of "Journal historique de l'établissement des Francais á la Louisiane"

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http://www.archive.org/details/journalhistoriquOOIaha 



JOURNAL HISTORIQUE 



1 



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L'ÉTABLISSEMENT DES FRANÇAIS 

I 

A LA LOUISIANE. 



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Le Marpe.^ 1îS€rr)^^<{ ^/^ 




NOUVELLE-ORLÉANS 

(ÉTATS-ums), 

A.-L. BOIMARE, LIBRAIRE -ÉDITEUR; 

.PARIS 

HECTOR BOSSANGE, LIBRAIRE,. 

QUAI VOI.TAIRE, Iî° IX. 






L^ivl-^u :^^-<r7--^'r^-^^ 






1831. 






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JOURNAL HISTORIQUE 

DE 

L'ÉTABLISSEMENT DES FRANÇAIS 

A LA LOUISIANE 



Les Espagnols pour détruire nos préten- 
tions sur la Louisiane rapportent que Jean 
Ponce de Léon en 1 5 1 2 , Luc Vasques en r5 1 o , : ^ -^y^ 

Pamphile Narvaes en 1628, et Ferdinand de - 

Soto en i538, en avaient pris possession au ^ 

nom de sa majesté catholique; mais ce qu'il y 
a de certain , c'est que ces découvreurs n'y 
firent qu'une espèce d'apparition et qu'ils n'y 
formèrent aucune colonie, de sorte qu'ils n'y 
purent acquérir aucun droit différent des 
Français, lesquels ont été les premiers qui y ont 



•*>i. 



construit des forts, et formé des établissemens 
réguliers dans la Floride, dont la Louisiane fait 
partie. Frtmçois Ribauït, dans l'année i562, 
bâtit la forteresse de Charlesfort par ordre 
de Charles IX. Ce fut à l'entrée de la rivière 
da Saint-Esprit, à présent des Châteaux, oii^ 
Cahouitas, à l'est de la baie Saint- Joseph, qu'il 
établit plusieurs familles ^ « i 564 - René Lan- 
donnière en forma une autre, au rapport 
i d'EaoaHibot», dans la baie de Pensacole, et en 
prit possession au nom du même roi. Il y fit 
construire le fort Carolin , dont les ruines ont 
été nommées par les Espagnols fort de Chica- 
chas de l'Inglès , afin de faire douter par ce 
nom de la possession des Français, et enlever 
toute trace de la trahison dont ils se servi- 
rent pour enlever ces deux postes. 

M. de La Salle étant venu du Canada parles 
terres, fit les découvertes du Mississipi dans 
l'année 1678; ayant descendu ce fleuve jusqu'à 
la mer, il s'en retourna au Canada, et de là 



— 3 — 

en France, où il fit un armement pour le roi, 
afin de trouver l'embouchure de cette rivière 
par le golfe du Mexique. Il partit au mois 
d'août 1684 : il donna trop à l'ouest, et 
aborda à la baie qu'il nomma de Saint- 
Louis, et que les Espagnols appellent à pré- 
sent baie du Saint-Esprit. Elle est située ouest 
un quart sud-ouest trois degrés ouest de l'en- 
trée du Mississipi, environ à cent quarante- 
* cinq lieues de distance de la latitude de vingt- 
huit degrés vingt minutes. U perdit un de ses 
vaisseaux sur la barre qui est à l'entrée, et 
débarqua, au mois de février i685, plusieurs 
familles qu'il plaça sur les bords de la rivière 
de Guadeloupe. Ayant connu son erreur, il 
chercha une seconde fois, par les terres, 
l'entrée du Mississipi. Il était occupé à cette re- 
cherche, lorsqu'il fut assassiné par un mutin 
de sa troupe, nommé Duhaut.Les familles qu'il 
avait placées en ce lieu furent en partie tuées 
par les sauvages, et le reste enlevé, en 1689, 



par un détachement espagnol tiré de Cahueîla, 
ville du nouveau royaume de Léon, et par 
quelques balandres commandées par don Gre- 
gorio Salinas Baronas. 

Le 24 septembre 1698, deux frégates du 
roi partirent de Rochefort pour cette décou- 
veite , savoir : la Badine, de trente canons, 
<:ommandée par M. d'Iberville, capitaine de 
frégate , armée de deux cents hommes , et le 

• 

Marin, de trente canons, commandé par M. le 
comte de Sugère, officier de la marine, avec 
deux traversiers du port de trente à quarante 
tonneaux : leurs ordies portaient de laisser un 
étatrmajor au Mississipi. Le 4 décembre ils ar- 
rivèrent au Cap-Français , dans l'île de Saint- 
Domingue , où commandait M. Ducasse , capi- 
taine de vaisseau ; ils y trouvèrent M. le marquis 
de Châteaumorant, qui commandait /e Fran- 
çais, de cinquante canons ; il reçut de M. d'I- 
berville les paquets de la cour , par lesquels il 
lui était enjoint de servir d'escorte à ce dernier 



_. 5 — 

jusqu'au Mississipi.Ilsembarquèrent, par ordre 
du roi , M. de Grave, autrement Laurencillo, 
fameux flibustier, qui avait surpris et pillé la 
Vera-Cruz quelques années auparavant. 

Le 22 du même mois ils sortirent du Cap Janvier lOyo 
pour se rendre àLéogane, où ils arrivèrent 
le 2 5, et le premier janvier 1699 ils mirent à 
la voile ; le 26 du même mois ils attérirent à 
l'île Sainte-Rose; le 26 ils aperçurent dans Pen- 
sacole deux naviies; le 27 M. d'Iberville y en- 
voya deux officiers : il se trouva que c'étaient 
les Espagnols qui s'y établissaient depuis un 
mois, sur la nouvelle qu'ils avaient apprise de 
l'armement des Français pour ce.tte côte. L'of- 
ficier commandant de cette place, qui était 
don André de la Riole, le reçut parfaitement 
bien, mais il ne voulut point permettre l'en- 
trée des vaisseaux dans son port, crainte de 
surprise; ce qui engagea M. d'Iberville à con- 
tinuer son voyage. Le 3i il mouilla à la rade 
de l'île Daupbine. M. de Bienville, frère de 



— 6 — 

M. d'Iberville, et alors garde-marine, trouva 
dans ce lieu plusieurs ossemens de sauvages 
qui avaient été défaits par leurs ennemis; c'est 
ce qui fifr'donner à cette île le nom de Massacre. 
Ils continuèrent ensuite leurs découvertes, et 
Février 1699. \q q février ils entrèrent vis-à-vis la passe 
qui est entre l'île à Cornes et l'île au Vais- 
seau, auxquelles ils donnèrent alors ces noms. 
N'ayant pas trouvé passage par cet endroit , 
ils poussèrent quatre lieues plus ouest ( ces 
trois îles courant cette aire de vent ) ; après 
quoi ils aperçurent une des îles qu'ils nom- 
mèrent de la Chandeleur. Elles courent nord 
et sud ; ils en mouillèrent à cinq lieues , et à 
même distance de celle au Vaisseau , d'où ils 
envoyèrent reconnaître la passe qui est entre 
cette dernière et l'île aux Chats. Sur le rapport 
qui en fut fait , MM. d'Iberville et de Surgère 
y entrèrent avec les deux traversiers. M. de 
Châteaumorant resta dehors et s'en retourna 
au Cap avec M. de Grave, qui n'avait pas pris 



■ — 7 — • 

part à cette découverte, n'ayant point eu con- 
naissance de cette cote. 

Le 1 1 M. d'Iberville envoya une felouque 
et un canot à la grande terre au nord de l'île 
au Vaisseau , à quatre lieues de distance. Ils 
trouvèrent une baie où ils découvrirent sept 
pirogues de sauvages, qui prirent la fuite; on 
les suivit, et on ne put attraper que Acw^ 
vieillards malades; on les caressa, et après 
leur avoir fait quelques présens, on les laissa 
couche/ sur des nattes ; malheureusement le 
feu prit la nuit dans les herbes, et les fit périr 
tous deux. 

Le lendemain 12 on atteignit une femme ; 
flattée des bons traitemens qu'on eut pour 
elle, elle engagea ceux de sa nation à s'appro- 
cher : c'étaient les Biloxis; leur nom devint 
celui de cette baie. 

Le i3 ls\. d'Iberville mena à son bord quatre 
de ces sauvages, et laissa son frère à terre 
en otage. Le même soir il arriva à cette cote 



Mars 1699. 



quatre-vingts Bayagoulas qui allaient en guerre 
chez les Mobiliens; tout ce qu'on put appren- 
dre de cette nation, c'est qu'ils étaient établis 
sur les bords d'une grande rivière qu'ils mon- 
traient du coté de l'ouest. Le 27 MM. d'Iber- 
ville et de Bien ville s'embarquèrent chacun 
dans une felouque avec trente hommes et le 
père Anastase, qui avait suivi feu M. de La Salle 
dans ses découvertes , pour aller chercher Vfi 
fleuve du Mississipi.^/ ^ 

Le 1 mars ils entrèrent dans une grande ri- 
vière que le père Anastase crut reconnaître 
pour le Mississipi, par la grande quantité de 
ses eaux troubles. Le 7, ayant avancé de qua- 
rante lieues dans le fleuve, ils aperçurent trois 
pirogues sauvages qui prirent la fuite; il ne 
resta qu'un seul homme, auquel on fit présent 
de quelques bagatelles , ce qui l'engagea à aller 
chercher ses camarades : ils étaient de la na- 
tion Bayagoula; ils donnèrent un des leurs 
pour guider les Français à leurs villages. 



1 ^^p 

^__^^_ , t 

Le i3 ils firent rencontre , à la fourche du ] 

Mississipi, de quelques pirogues de la nation ; 

Ouacha, située dans cette branche auprès de | 

celle des Thoutimachas et Yaguenetchitou ,- ' C 

qui composaient ensemble sept à huit cents ! 

•liommes. Le i4 ils arrivèrent au Bayagoula et i 

au Mongoulacha, nations faisant ensembleeent / 

guerriers ; ils y virent quelques capots d'é- 
toffe qui leur avaient été donnés par feu M. de 
La Salle. Ces sauvages les reçurent très bien 
et leur donnèrent quelques poules dont la 
race leur était venue des nations qui habitent 
les terres de l'ouest du Mississipi , aux envi- origine de»" 

poules dans le 

rons de la mer. Suivant leur rapport, il y bas du Mississipi. 
avait environ quatre années qu'un navire avait 
péri sur celte côte; il ne s'était sauvé que trois 
hommes, que les sauvages avaient tués et 
mangés : c'est de ce naufrage que date l'intro- 
duction des poules chez ces peuples. 

M. d'Iberville était encore incertain s'il était 
dans le fleuve du Mississipi, n'y ayant trouvé 



aucune nation dont M. de La Salle avait fait 
mention ; ce qui venait de ce que les Tan- 
gibaos avaient été détruits par les Quinipissa, 
et que ces derniers avaient pris le nom de 
- Mongoulacha. Il eut une grande satisfaction 
de ce que M. de Bienville , en cherchant.;;te* 
bréviaire du père Anastase , qui l'avait^i^aré, 
trouva dans un panier de ces sauvages quel- 
ques paires d'heures, sur lesquelles étaient 
écrits les noms de plusieurs Canadiens du dé- 
tachement de feu M. de La Salle^, et une lettre 
qui lui était adressée par M. le chevalier de 
Tonti ; il y disait qu'ayant appris par le 
Canada son départ de France pour former l'é- 
tablissement de ce fleuve, il l'avait descendu 
jusqu'à la mer avec vingt Canadiens et trente 
Chaouanons, sauvages des environs d'Ouaba- 
che. Ces nouvelles levèrent entièrement le 
doute, et confirmèrenlr-la situation de l'entrée 
du Mississipi par vingt-neuf degrés de latitude 
septentrionale. On trouva aussi chez ces iia- 



1 1 



U*wW''Un corset d'armes à doubles mailles de 
fil d'archal, qui avait appartenu à Ferdinand 
de Soto , Espagnol. 

M. d'Iberville leur fit divers présens, et prit '^^=""* '^>J 
un guide pour le mener au village desHoumas. 
Le 1 8 ils passèrent les Bâtons-Rouges, près d'un 
ruisseau qui servait de limites aux chasses des 
Houmas et des Bayagoulas. Plus avajit ils trou- 
vèrent un détour de pointe de douze lieues; 
M. d'Iberville fit couper les arbres et tra- 
verser par terre sa pirogue de l'autre côté. 
Depuis ce temps-là le Mississipi y a pris son 
cours : c'est ce qu'on appelle la pointe coupée. 

Le 20 ils arrivèrent au détour qu'ils nom- 
mèrent Détour-à- la-Croix, où était le portage 
des Houmas; ils y trouvèrent des sauvages qui,, 
accompagnèrent M. d'Iberville et plusieurs de 
sa troupe à leur village, éloigné de deux 
lieues et demie ^dans les terres. Ils y furent 
bien reçus; on leur chanta le calumet en 
signe d'alliance, cérémonie accompagnée de 



— la — 

'^'^***^'^? danses venues des peuples du Missouri, et 
en usage chez les nations du Mississipi depuis 
dix ans. Ce village était composé de trois cent 
cinquante guerriers. 

Le 2 2 M. d'Iberville partit de ce village 
après avoir fait des présens au chef de la 
nation , qui , par reconnaissance , lui donna 
plusieurs coqs qu'ils estimaient plus que les 
poules, car ils ne faisaient point encore usage 
de îa chair de ces volailles. 

Le 24 le chef bayagoula assura M. d'Iber- 
ville qu'il y avait un ruisseau peu éloigné, au- 
dessous du portage qui conduisait à la mer 
par des lacs. H prit le parti de s'y rendre : il 
y arriva le soir et trouva que ce ruisseau avait 
quinze pieds de large , mais très peu d'eau ; il 
en fit le portage avec deux canots d'écorce , 
et prit un guide bayagoula , qui le quitta peu 
après. Il avait donné ordre à M. de Bienville 
de descendre le fleuve avec les biscaïennes 
et de gagner l'île au Vaisseau. 



— i3 — 

Le 25 M. de Bienville se rendit aux villages 
de Bayagoula et de Mongoulacha, où il fit des ^ / 

\ivres , après quoi il continua son voyage. Le 
29 il sortit du fleuve, et le 3i il arriva à l'île 
au Vaisseau à bord des navires, où il trouva 
M. d'iberville, qui avait traversé avec ses 
canots d'écorce les lacs qu'il nomma de Mau- 
repas et de Pontchartrain. 

Le 1 a avril M. d'iberville alla visiter une baie Avril 1699. 
située à la terre ferme, à neuf lieues de l'île au 
Vaisseau, du côté du nord-ouest ; il lui donna 
le nom de Saint-Louis ; mais n'ayant trouvé 
que très peu d'eau à son entrée, il prit le parti 
de former l'établissement à la baie de Biloxi, 
où il fit bâtir un fort de quatre bastions 
pièce sur pièce, qu'il arma de douze ca- 
nons; les équipages des vaisseaux y travail- 
lèrent et le terminèrent le 1^^ de mai. M. de 
Bienville y laissa vingt-cinq soldats de marine 
et dix autres personnes, tant flibustiers que 
Canadiens, Mîvï. de Savol et de Bienville pour / 



- i4 ~ 

y commander, et M. Levassem^ pour major. 
MM. d'Iberville et de Surgère mirent à la voile 
pour la France , le 4 mai, ayant donné pour 
quatre mois de vivres à l'établissement. 
Mai 1699. i^e 9 M. de Savol fit partir un traversier 

pour aller chercher des vivres à Saint-Domin- 
gue. Le 20 M. de Bienville prit un détache- 
ment de douze Canadiens et s'embarqua , avec 
le chef des Bayagoulas, sur une felouque et 
un canot d'écorce pour aller faire alliance 
avec la nation Colapissa, qui demeurait à la 
droite du lac de Pontchartrain, à huit lieues 
dans les terres. 

Le 22 ils arrivèrent au débarquement, et 
le 23 M. de Bienville avec quatre tllanadiens 
et le chef bayagoula se rendirent au village 
de Colapissa : ils trouvèrent cette nation com- 
posée de plus de trois cents guerriers qui les 
attendaient sous les armes, et par leurs cris et 
leurs démonstrations il reconnut que leur des- 
sein était de l'attaquer ; il se tint à l'écart sur 



ses gardes, pendant que le chef bayagoula alla 

parlementer et savoir la cause de leurs alarmes. 

Il apprit que depuis deux jours deux hommes 

blancs, qui se ôïs^xient En ffltchi, étaient venus, 

avec deux cents Chicachas, fondre sur leur 

village; qu'ilslesavaientsurpriset qu'ils avaient 

enlevé beaucoup de leurs gens, de façon 

qu'ils B**«iai©ftt- ceux qui étaient avec lurpotir /' 

la même nation. Le chef bayagoula les ayant 

détrompés, et ayant fait entendre que ceux 

avec lesquels il était venu étaient Français , 

ennemis des Anglais, et qu'il était bon de faire 

alliance avec eux , ils posèrent leurs armes à 

terre et reçurent parfaitement bien M. de 

Bienville avec sa troupe, ce qui l'engagea à 

faire des présens ; après quoi il retourna au 

Biloxi, où il arriva le 29 du même mois. 

Le 9 juin M. de Bienville partit avec une Juin 1699. 
felouque et un canot pour aller visiter la rivière 
de Pascagoula, à quatre lieues àl'est du Biloxi, 
vis-à-vis de l'île Ronde. Il trouva à son entrée 



— i6 — 

une barre qui n'avait que six pieds d'eau. A huit 
lieues dans la rivière étaient situés les villages 
Pascagoula, Biloxi et Moctoby, dont les habi- 
tans faisaient ensemble cent trente guerriers. 
Il se rendit ensuite à la pointe de la Mobile , 
et de là par terre à la vue de Pensacole , où il 
reconnut que les Espagnols continuaient cet 
établissement. Le 27 du même mois il était de 
retour au Biloxi. 

Juillet 1699. Le premier de juillet il arriva au fort deux 
canots d'écorce dans lesquels étaient plusieurs 
Canadiens et MM. de Montigny et Davion , 
prêtres de la congrégation de la Mission. Ils ve- 
naient du pays des Illinois, et ayant appris, 
aux Houàmas, qu'il y avait des établissemens 
français sur le bord de la mer, ils avalent pris 
le parti de descendre le fleuve. 

Le 1 1 MM. de Montigny et Davion parti- 

' rent pour aller prendre possession de la mis- 

sion des Tonicas , qui demeuraient alors dans 

r 

la rivière de Yason, 



— 17 — 

Le 8 août il arriva au fort des sauvages Aoit 1699. 
Mobiliens et Thonvès , nations composant en- 
semble plus de sept cents hommes. 

Le 12 le traversier qui était parti le 9 mai 
pour Saint-Domingue arriva chargé de vivres. 

Le 24 M. de Bienville partit dans deux ca- 
nots d'écorce avec cinq hommes , pour trois 
semaines de vivres , et des marchandises desti- 
nées aux sauvages, dans le dessein d'aller visiW 
la passe de l'ouest du Mississipi , et de savoir 
si elle était navigable, pour remonter ensuite 
le fleuve jusqu'au Bayagoula , afin d'y prendre 
des guides qui eussent connaissance de la ri- 
vière Rouge. ïl traversa les lacs de Pontchar- 
train et de Maurepas, et le 27 il arriva au por- 
tage de Manchac , et au village de Bayagoula 
le 3 septembre. Il y prit un guide pour le con- Septembre 169c 
duire à la nation Ouacha , située dans la four- 
che de l'ouest du fleuve. Il partit le 8 pour 
cette découverte. Ayant avancé de quatre lieues, 
il entra dans ce canal, et n'y trouva que cinq 



Ctf ^-i-^ ^^'^■^ 






— i8 — 

Jtjià^»^ \ ^p pieds d'eau. Le 9 il arriva au débarquement 
des Ouachas, à douze lieues dans la fourche; 
il alla au village, éloigné d'un quart de lieue 
dans les terres; il trouva cette nation féroce 
et d'un difficile accès, et par leurs manières il 
reconnut qu'ils avaient de mauvais desseins, ce 
qui l'engagea à se retirer dans ses pirogues. Ces 
Ouachas étaient alliés aux Chaouchas et aux 
O/quilouzas , peuples errans du côté de la mer, 
formant ensemble deux cents hommes. La nuit 
ces sauvages voulurent surprendreles Français; 
mais leur sentinelle, les ayant aperçus , cria 
alerte! On fut obligé de faire plusieurs déchar- 
. ' ges de fusil à travers les bois, par les endroits 

où on les entendait venir, et ensuite de s'em- 
barquer et de prendre la route du Mississipi. 
Cet événement empêcha de descendre la four- 
che jusqu'à la mer, quoiqu'il eût été assez inu- 
tile de le faire , puisqu'à six lieues au-dessous 
des Ouachas cette fourche se partage en deux 
branches, et plus bas en plusieurs ruisseaux, 



^ '9 — /«^^«ficUt^iô. 

de sorte qu'il n'y reste d'eau en été que pour 
le passage d'une pirogue. 

Le 1 2 M. de Bienville se rendit au Mississipi, 
et le 1 6 du même mois il trouva à un détour de 
pointe , dans le fleuve, à vingt-huit lieues de la 
mer, une frégate anglaise de seize canons, / . 

commandée par le capitaine Bêû., qui avait UjO^/ 
laissé à l'entrée une frégate de même force , 
dont le capitaine était le sieur Clément. Son 
dessein était de reconnaître la passe de l'ouest 
de cette rivière, ensuite de s'en retourner à la 
Caroline, où devait se faire un armement de 
quatre flûtes et de plusieurs autres bâtimens 
pour venir établir quelques familles dans le 
fleuve. Il y avait dans ce vaisseau M. Secon, 
ingénieur français, de la religion protestante, 
lequel donna en secret à M. de Bienville un 
placet adressé au roi , par lequel il assurait sa 
majesté que si elle voulait accorder dans cette 
colonie la liberté de conscience il y passerait 
plus de quatre cents familles religionnaires 



^u- 



20 



établies à la Caroline. Ce placet fut envoyé 
dans la suite à M. de Pontchartrain , qui ré- 
pondit que le roi n'avait pas chassé de son 
royaume des hérétiques pour en faire une ré- 
publique. 

Ce capitaine anglais doutait s'il était entré 
dans le Mississipi. M. de Bien ville, voulant 
profiter de son incertitude , l'assura que 
le fleuve qu'il cherchait était plus à l'ouest, 
et que la rivière où il se trouvait était dans la 
dépendance du Canada, dont la prise de pos- 
session avait été faite au nom de sa majesté 
très chrétienne ; et il le sommait d'en sortir. 
Sur cette opposition, le capitaine, dont les 
ordres portaient de découvrir le Mississipi, 
prit la résolution d'aller chercher ce fleuve 
plus loin; et par cette ruse M. de Bien- 
ville empêcha les Anglais de prendre posses- 
sion de cette rivière et de s'y établir; prudence 
qui ne saurait être trop louée et trop récom- 
pensée dans une occasion de cette importance. 



ai 



Après le départ de ce vaisseau il descendit le 

fleuve , sonda son entrée, et trouva onze pieds 

d'eau sur la barre. Il remonta ensuite le Mis- 

sissipi jusqu'aux villages de Bayagoula et Man- / ^ 

goulacha , où il arriva le premier octobre. Il oc'"^"^^ '^y 

y trouva ces nations dans la consternation : 

les Houmas les ayant surpris, leur avaient 

emmené vingt-cinq prisonniers. Cette guerre 

s'était déclarée à l'occasion des limites de leurs 

chasses. M. de Bienville les assura que dans 

peu il viendrait, avec beaucoup de guerriers, 

obliger les Houmas de faire la paix avec eux. ' 

Le lo il partit de ces villages. A quatre lieues 
au-dessous il arriva au portage de Tigonillou, 
qui rend au lac , et qu'on a depuis nommé la 
ravine du Sueur. Le 1 1 il fit le portage de ses , '^^ 

canots, qui était d'une lieue; et après avoir tra- 
versé le lac , il se rendit le 17 à l'établissement 
duBiloxi. 

Le y^hécembre on entendit au fort quelques D*v«uiii > e ir > t}, , 
coups de canon. Le 8 la felouque qui était allée 



~ycL>- 



22 



a l'île au Vaisseau, à la découverte, apporta la 
nouvelle de l'arrivée de MM. d'Ibervilie et de 
La Surjère, avec les vaisseaux la Renommée, 
de cinquante canons, et la Gironde, de qua- 
rante-six, dont les officiers étaient MM. Ri- 
couart, Dugué, Lasourdy et de La Hautemai- 
son. Il y avait pour passagers MM. de Boisbril- 
lant , destiné pour la majorité du Biloxi, de 
Saint-Denis et de Malton , officiers bleus , et 
te Cf-H^i^^' soixante Canadiens destinés à courir les bois et 

à servir aux découvertes. M. de Bienville reçut 
par cette occasion de sa majesté une commis- 
sion de commandant en second delà colonie, 
aux appointemens de 1200 francs. 
/ j'^^^^ M. Le Sueur arriva sur ces vaisseaux avec 

trente ouvriers; il avait acquis du renom par 
ses voyages au Canada; il était envoyé de la 
part de M. L'huillier , fermier général , pour 
former un établissement à la source du Missis- 
sipi : le but de cette entreprise était d^y exploi- 
ter une mine de terre verte que M. Le Sueur 



, , . . . . , , / 

avait découverte ; voici ce qui avait donne 

lieu à cette entreprise dans Tannée 1696 : 
M. Le Sueur, par ordre de M. le comte de 
Frontenac, gouverneur général du Canada, fit 
construire un fort dans une île sur le Missis- 
sipi, à plus de deux cents lieues au-dessus 
des Illinois , afin de ménager la paix entre 
les Sauteurs , nations qui habitent le bord d'un 
lac de plus de cinq cents lieues de tour, situé 
à cent lieues à l'est du fleuve, et les Scioux, 
placés vers le haut du Mississipi. La même 
année, suivant ses ordres, il descendit à Ivlont- 
Real, en Canada , avec un chef des Sauteurs 
appelé Chingouabé et un Sciou nommé Ciot- 
cate, qui était le premier de la nation qui eût 
vu le Canada ; et comme on espérait tirer de 
son pays quantité des choses utiles au com- 
merce, MM. le comte de Frontenac, le cheva- 
lier de la Caillère et de Champigny les reçurent j y 
parfaitement bien. Deux jours après leur arri- 
vée, ils présentèrent à M. le comte de Fronte- 



— ^4 — 

nac, clans une assemblée publique, autant de 
flèches qu'il y avait de villages de Scioux, et ils lui 
dirent que tous ces villages le priaient de les 
recevoir au nombre de ses enfans comme il 
avait fait à toutes les autres nations qu'ils nom- 
mèrent les unes après les autres; ce qui leur 
fut accordé. M. Le Sueur devait remonter au 
Mississipi dès 1696 avec ce chef sciou, qui 
n'était descendu que sur la parole qu'on lui 
avait donnée de le reconduire à son pays; mais 
il tomba malade l'hiver et mourut à Mont-Réal 
après trente-trois jours de souffrance. Comme 
M. Le Sueur se trouvait dispensé par la mort J 

de cet homme de retourner dans son pays, où 
il avait découvert des mines de plomb, de cui- 
vre, de terre bleue et verte, il prit la résolution 
de passer en France et d'aller à la cour deman- 
der la permission de les mivrir; il l'obtint jc^J^^^^^ 
en 1697; sur la fin de juin de la même année 
il s'embarqua à La Rochelle pour aller au 
Canada. Enpassantsur le bancde Terre-Neuve, 



il fut pris par une flotte anglaise de seize vais- 
seaux , et emmené prisonnier à Portsmouth; 
mais la paix étant survenue, il s'en retourna à 
Paris pour chercher une nouvelle commission , 
car il avait jeté les siennes à la mer, dans la 
crainte de donner connaissance de son projet 
aux Anglais : la cour lui en fit expédier une 
nouvelle en 1698. Il passa ensuite au Canada, 
où il trouva des obstacles qui l'obligèrent de 
retourner enFrance.Pendant toutes ces contra- 
riétés, une partie des gens qu'il avait laissés à 
la garde du fort qu'il avait construit en 1695, 
n'ayant point de ses nouvelles, descendirent à 
Mont-Réal. \^ ^j 

M. d'Iberville, informé de l'entreprise des 
Anglais sur le Mississipi, résolut d'y for- 
mer un établissement; il prit avec lui cin- 
quante Canadiens, fit charger un traver- 
sier d'effets et de vivres, et s'embarqua le 
i5 janvier 1700, ayant avec lui deux chalou- 1700. 
pes. Il avait envoyé le 10 M. de Bien ville avec 



— 26 — 

^^f^^^t^ ^7"^ une felouque pour aller au Bayagoula cher- 
cher un guide qui pût lui enseigner dans le 
bas du fleuve un terrein à l'abri de l'inon- 
dation. S'étant rendu à ce village par Man- 
chac, il prit trois sauvages qui le menèrent à 
dix-huit lieues de la mer dans le fleuve sur un 
terrein élevé. Quatre jours après M. d'Iber- 
ville y arriva avec son traversieret ses chalou- 
pes; il y trouva un endroit commode pour 
construire un fort auquel il fit travailler tout 
son monde. 
Février 1700. Lc 16 févricr M. de Tonty arriva du Canada 
> / dans une pirogue avecseptCanadiens, après en 

VL.O^t avoir laissé d'autres au Bayagoula; ils descen- 

daient par la seule curiosité de savoir si le bas 
du fleuve était étabh. Le 19, MM. d'Iberville et 
de Bienville partirent pour se rendre au Baya- 
goula avec M. Dugué, capitaine de brûlot, et 
dix gardes de la marine qui avaient prié 
M. d'Iberville de leur permettre de le suivre 
jusqu'aux habitations des Espagnols, que l'on 



- ^7 - i , 

croyait établis sur les bords delà rivière Rouge; 
le même jour ils trouvèrent au portage de 
Tigouillou M. Le Sueur, qui y faisait passer ses 
effets pour suivre son voyage au Sciou: c'est 
à cette occasion qu'on a nommé ce passage la 
rivière du Sueur. 

r 

Le 26, MM. d'Iberville et de Bienville arri- 
vèrent au Bayagoula; ils y séjournèrent jus- 
qu'au 1^^ mars, et en partirent pour aller aux 
Houmas à dessein de porter cette nation à la 
paix avec les Bayagoulas, et leur faire restituer . 

leurs prisonniers. Ils avaient avec eux quatre 
pirogues et cinq canots d'écorce sur lesquels 
s'embarquèrent plusieurs chefs bayagoulas. Ils 
arrivèrent au portage des Houmas le 4 et le 5. 
M. d'Iberville se rendit par terre à leur village 
avec les chefs bayagoulas et mongoulachas; ils 
furent fort bien reçus, la paix se fit et l'on res- 
titua les prisonniers de part et d'autre. 

Le 8 mars MM. d'Iberville et de Bienville wars 1700 
partirent pour se rendre aux Natchès , et de là 



— 28^ — 

aux Temas, nation établie à deux lieues du 
Grand-Gouffre, sur le bord d'un lac à une 
demi-lieue dans les terres du côté de l'ouest 
du Mississipi. 

Le II ils arrivèrent aux Natchès, nation 
de douze cents hommes; ils y trouverentM.de 
Saint - Cosme , missionnaire arrivé depuis 
peu du Canada. Le grand chef ou soleil de la 
nation vint au-devant des Français, porté sur 
, un brancard, accompagné de plus de six cents 
hommes. On reconnut dans ce chef beaucoup 
plus de politesse que dans ceux des autres 
nations du continent : il avait une autorité 
despotique sur ses gens. Lorsqu'il mourait 
quelques-uns de ces soleils ou femmes-chefs, 
plusieurs de la nation se dévouaient à la mort 
et se faisaient étrangler pour aller le servir dans 
l'autre monde. Il y avait alors dans ce vil- 
lage dix-sept de ces soleils; ce sont des chefs 
provenant des femmes de la race des soleils, 
qui sont les seuls héritiers, les enfans mâles des 



soleils ne pouvant parvenir dans la nation qu'à 
devenir chefs de guerre. Suivant leur rapport, 
ils avaientcomptéautrefoisdix-neufcentssoleils • 
dans leur nation et plus de deux cent mille 
personnes. Ils conservaient dans un temple un 
feu perpétuel, entretenu par une espèce de sa- 
cristain, et présentaient à ce feu les prémices de 
leurs fruits et de leurs chasses. Leur croyance ^ ' 

était qu'après la mort l'âme des guerriers 
allait demeurer dans des pays fertiles en j 

bœufs; et ceux qui n'avaient point tué d'hom- 4 

mes allaient demeurer dans des pays de lacs, 
où ils ne vivaient que de crocodiles, de poissons 
et de coquillages. 

Le 12 mars, MM. d'Iberville et de Bien ville 
partirent des Natchès ; ils arrivèrent auxTemas 
le i4- Cette nation était de deux cent cin- 
quante hommes. Leur croyance et leurs céré- 
monies sont pareilles à celles des Natchès. •• 
Le 16 le tonnerre tomba sur leur temple et 
le consuma. Pendant l'incendie le sacristain 



— 3o ~ 

A*-«vT^ \-fw o sollicitait les femmes à jeter leurs enfans dans 
le feu pour apaiser, disait-il, l'esprit qui était 
irrité ; quatre de ces créatures y périrent , et 
sans les Français qui s'y opposèrent , il en serait 
mort un plus grand nombre. 

Le 22 , M. de Bien ville partit avec vingt-deux 
Canadiens , un sauvage chaouanoja et M. de 
Saint-Denis, pour se rendre par terre aux 
Yatassé, et reconnaître les Espagnols, M. d'I- 
berville partit le même jour pour gagner ses 
vaisseaux. Il arriva à l'établissement du Mis- 
sissipi le 27; il apprit que don André de LaRiole, 
gouverneur de Pensacole, était venu à la rade 
de l'ile au Vaisseau, avec un navire de vingt- 
quatre canons armé de cent quarante hom- 
""' mes, une balandre et une chaloupe, dans le 
dessein de chasser les Français de la colonie, 
ce qu'il n'avait pu exécuter en vue des vais- 
seaux du roi qu'il avait trouvés dans la rade ; 
il était reparti après avoir fait une opposition 
par écrit aux établissemens français , et l'avoir 



— 3i — 

/ 

notifiée à M. de Surjère, qui lavait emportée /^ 

en France. Par cette protestation il soutenait 
que tout le pays appartenait à sa majesté ca- 
tholique , suivant les prises de possession 
qu'elle en avait fait faire en plusieurs temps, 
en sorte que la Louisiane dépendait du gou- 
vernement du Mexique. 

Le i5avril,M.dlbervilleserenditàsonbord; Avril 1700. 
il apprit de M. Ricouard que M. de La Riole, 
en sortant de l'île au Vaisseau, avait perdu 
son navire sur une des îles de la Chandeleur, 
où une partie de son équipage s'était sauvée; et 
que sur l'avis qu'il en avait donné à Pensacole 
les Espagnols étaient venus les chercher avec 
quelques briganlins, qu'ils les avaient fait escor- / "? 

terparunebiscaïennesur laquelle s'étaient em- 
barqués M. -de Jourdies et de La Haute-Maison. 

Le 18, M. de Bien ville arriva avec deux canots m«.*^«p. 
d'écorce et sept Canadiens. En partant des 
Temae^ il avait trouvé les chemins mauvais et 
remplis d'eau. 






— 32 — 

i'>y^/u^.^>. Le 28 mars, il s'était rendu au village de 
oU^T-Q >>M«yv *^ Ouatchita, situé sur la rivière qui porte ce nom 
\ ^ 7»o g^ ^^j. g^ décharge dans la rivière Rouge à 
plusieurs lieues de son embouchure; il n'y 
trouva que cinq cabanes, le reste de cette nation 
étant allé s'établir aux Natchitoches. Suivant 
son estimation , il avait fait depuis les 'ï^yensas- 
dix-neuf lieues à l'O. quart S.-O. Il apprit de 
cette nation qu'à six lieues du côté du N.-E. il y 
avait un village Conrois de cent hommes. Le3o, 
il s'embarqua avec sa felouque dans une petite 
pirogue, pour traverser la rivière Rouge ; ensuite 
il continua sa route à pied et rencontra le même 
jour six Natchitoches qui portaient du sel aux 
Conrois. Le 7 avril, il arriva au village -^Out* 
ehiounis, composé de cinquante hommes; il 
fit des vivres et prit un guide pour le con- 
duire aux Yatassé. 

Le 18, il passa chez deux petites nations 
appelées Nîy^assa etNacassé, et le 20, il arriva 
au village des Yatassé, nation composée alors 



— 33 — 

de deux cents hommes; il y appritdes nouvelles 
confuses de la situation et des distances des villa- 
ges sauvages Inay, Nadaco, Assinais, Cododa- 
/uiou et autres nations situées dans l'ouest- 
nord-ouest de cette rivière; mais ils ne purent 
lui donner aucun éclaircissement touchant les 
Espagnols, ce qui le détermina à retourner 
jbvi mer, parce que le terme que M. d'Iber- 
ville lui avait donné approchait; il prit dans 
ce lieu quatre pirogues sur lesquelles il s'em- 
barqua le 2 3 avril, et descendit la rivière Rouge 
le 26. Il eut connaissance d'un des villages de la 
nation Adaïe, comjiosé de cinquante hommes. 
Le 28, il s'arrêta chez les Doulchionis , 
cinquante guerriers, éloignés de trois lieues des 
Natchitoches, composés de deux cents hommes. 
Il y envoya acheter du maïs; et le 3o, il con- 
tinua de descendre la rivière. Peu de jours après 
il entra dans le Mississipi et arriva au vil- 
lage des Bayagoulas , qui venaient de détruire 
entièrement les Mougoulachas, leurs compa- 



- 34 - 

triotes, au sujet d'une dispute survenue entre 
eux. Il remonta ensuite à bord des vaisseaux, 
où il rendit compte à son frère de son expédi- 
tion. 

Le 28 mai M. d'Iberville mit à la voile pour 
la France. M. de Bienville alla prendre le com- 
mandement du fort construit sur leMississipi, 
et fit partir M. de Saint - Denis avec douze 
Canadiens, pour continuer la découverte de 
la rivière Rouge ; mais il ne passa pas par les 
Yatassé*^ et resta six mois dans son voyage sans 
avoir apporté aucun renseignement sur les 
Espagnols. 
Mai 1701. Le 3o mai 1701, arriva à l'île au Vais- 

seau l'Enflammée, frégate du roi de vingt-six 
canons, commandée par M. de La Ronde; il 
avait pour passagers le nommé Matthieu Sagan, 
voyageur du Canada, qui avait donné des 
mémoires supposés à M. de Pontchartrain , 
dans lesquels il assurait avoir parcouru le Mis- 
souri, et découvert sur cette rivière des mines 



— 35 — 

d'or très abondantes ; il assurait que les sauvages 
de ces cantons en faisaient usage. Le ministre, 
ayant ajouté loi à ces rapports, lui fit accorder 

quelques gratifications, et l'adressa à M..S/v^, JoA^^^cnU^, 

auquel il donna ordre de taire construire 
vingt-quatre pirogues , et de les armer de cent 
Canadiens, pour conduire Sagan au INIis- 
souri. Plusieurs personnes qui le connais- 
saient , et qui savaient qu'il n'avait point 
parcouru le Mississipi, assurèrent MM. de 



^avoi et de Bienville de son impostui 



.; (/. 



/ 



on ne pressa point cette découverte, mais 

on travailla à la construction des pirogues, 

suivant les ordres de M. le comte de Pont- 

chartrain. 

La frégate V Enflammée partit dans le mois Juillet t:orv 

de juillet pour France. 

Le 2 a août M. de <S«vol mourut. M. de Bien- ^<^-vc 

/ / // -^ 

ville resta seul commandant et prit son poste .z«u,-ox^^it— /" 

du ■ B it e x i <»» fort. 

Le 1 G septembre il arriva des Chactas au septembre i7or. 



— 36 — 

fort avec des sauvages mobiliens, pour de- 
mander des Français avec eux, afin d'aller en 
guerre contre les Chicachas. Cette nation 
Chacta étaif pour lors de quarante villages ren- 
fermant cinq mille guerriers. Elle est située à 
quatre-vingts lieues au nord du Biloxi , dans 
un très beau terrein de plaines et de coteaux. 
Les Chicachas formaient neuf villages sur une 
superficie de quatre-vingts lieues dans le nord 
des Chactas , à quarante lieues de distance. 

Octobre 1701. i^Q 25 octobrc , OU rcçut au fort vingt Mo^ 
biliens avec îe chef des Estibamous , nation de 
quatre cents hommes, divisée en quatre vil- 
lages, situés à cent quarante lieues dans la 
rivière qui porte leur nom du côté de la Ca- 
roline. 

Décembre 1701. Lg jg décembre , dix-huit forçats déserteurs 

de Pensacole entrèrent dans le port. M. de 

Bienville les renvoya à don Francisco Martin, 

leur gouverneur. -►-•-^.ii^ -. .- 

Le 18, il arriva une chaloupe qui apportait 



-37 - 

Ja nouvelle de l'arrivée de MM. d'Iberville et 
de Sérjgny/'i'rères à Pensacole , avec les vais- 
seaux du roi la Renoinmee de cinquante 
canons et le Palmzerde quarante-quatre , et un 
brigantin. Cette nouvelle fit d'autant jilus de 
plaisii- que la garnison était réduite depuis 
trois mois à un peu de mais , qu'elle avait 
perdu plus de soixante hommes, et qu'il 
ne restait plus que cent cinquante person- 
nes dans la colonie. L'officier qui arriva 
dans cette chaloupe était M. de Sourdière, 
lieutenant de vaisseau. Il apporta à M. de 
Bienville Tordre d'évacuer le Biloxi et d'al- 
ler s'établir sur la rivière de la Mobile. 

Les 4 et 5 janvier 1702, on chargea un 
traversier et deux felouques des effets du 
fort; et le 6 M. de Bienville partit avec la 
garnison pour aller former un établissement 
sur la rivière de la Mobile; il laissa seulement 
vingt soldats au Biloxi, sous le commande- 
ment de M. de Bois-Brillant. A l'île Dauphin^e 



Janvier 1702. 



— 38 — 

il rencontra MM. de Sérigny et de Chateau- 
gué avec M. de La Salle, envayé po.ur faire les 
fonctions de commissaire de la marine; ces 
messieurs faisaient travailler quarante matelots 
avec les charpentiers des vaisseaux à la con- 
struction d'un magasin, destiné à recevoir 
les effets et vivres arrivés de France, Le 
16, M. de Bien ville fixa l'établissement pro- 
jeté à dix-huit lieues de la mer, sur la rivière 
de la Mobile , et fit travailler à la construction 
d'un fort et d'un magasin. 
Février xroi. Lc 4 févricr , M. d'Iberville fit partir un tra- 
versier commandé par M. Dugué, capitaine 
de brûlot; il lui donna quelques effets pour 
acheter une cargaison de vivres. 

Le 10 février, M. Le Sueur arriva avec deux 
mille quintaux de terres bleue et verte venant 
des Scioux. Voici un extrait de la relation de 
son voyage. On a vu plus haut qu'il était 
arrivé dans la colonie au mois de c^egBstee 
/ ^V^*' /3<&3^avec une troupe de trente ouvriers; il 



- 39 - 

ne put se rendre aux Tamarois que clans le 
mois de juin suivant, ayant fait jusque-là, de- 
puis l'embouciiure du fleuve, lui chemin con- 
sidérable. 11 en partit le 12 juillet 1700, avec 
une felouque et deux canots armés de dix- 
neuf personnes. 

Le i3, ayant avancé de six lieues un quart, 
il s'arrêta à l'embouchure delà rivière du Mis- 
souri, et à six lieues au-dessus il laissa la 
rivière des Illinois à l'est du fleuve; il y fit 
la rencontre de trois voyageurs canadiens qui 
venaient se joindre à sa troupe; il reçut d'eux 
une lettre du père Marest, jésuite, datée 
du 10 juillet 1700, de la mission de l'Immaculée 
Conception de la Sainte-Vierge aux Illinois, 
dont voici la teneur: 

« J'ai l'honneur de vous écrire pour vous 
avertir que les Sangiestas ont été défaits par les 
Scioux et les Ayavois. Ces gens se sont joints 
avec les Quincapous et partie des Mécontins , 
Renards et Métésigamias, et vont se venger, 



— /,o — 

non pas sur les Scioux, car ils les craignent 
trop, mais peut-être sur les Ayavois, ou bien 
sur les Paoutées, ou plutôt sur les Osages , 
car ceux-ci ne se défient de rien, et les autres 
sont sur leurs gardes; comme vous pourriez 
rencontrer les nations alliées, vous devez vous 
précautionner contre leurs entreprises, et em- 
péctier qu'ils ne vous abordent, étant des 
traîtres et sans parole; je prie Dieu qu'il vous 
accompagne dans tous vos desseins. » 

A 22 lieues au-dessus de la rivière des Illi- 
nois, il passa une petite rivière, qu'il nomma 
la rivière aux Bœufs. Neuf lieues plus loin , il 
laissa à l'ouest une petite rivière, et fit la ren- 
contre de quatre Canadiens qui descendaient 
le Mississipi pour se rendre aux Illinois. 

Le 3o juillet, à neuf lieues au-dessus 
de la dernière rivière , il rencontra dix-sept 
Scioux dans sept canots, qui allaient venger 
la mort de trois Scioux, dont un avait été 
brûlé, et les autres tués aux Tamarois peu de 



- 4i - 

jours avant son arrivée à ce village; comme 
il avait promis au chef des Illinois d'apai- 
ser les Scioux qui viendraient en guerre 
contre sa nation, il fit présent au chef de ce 
parti de quelques marchandises pour l'enga- 
ger à s'en retourner ; il lui dit que le roi de 
France ne voulait pas que l'on ensanglantât 
davantage ce fleuve, et qu'il l'avait envoyé 
pour leur dire que s'ils obéissaient à sa parole, 
on leur donnerait dans la suite toutes les 
choses qui leur étaient nécessaires. Le chef 
répondit qu'il acceptait le présent, c'est-à- 
dire qu'il ferait ce qu'on lui disait. 

Du 3o juillet au aS août, M. Le Sueur fit 
cinquante-deux lieues un quart jusqu'à une 
petite rivière qu'on nomme la rivière à la Mine ; 
elle vient du nord à son embouchure et s'en 
retourne au nord-est. A sept lieues à la 
droite, il y a une mine de plomb dans une 
prairie, à une lieue et demie dans les terres; 
cette rivière , à la réserve des trois pre- 



— 4^ " 

mières lieues , n'est navigable que dans le 
temps où les eaux sont hautes , c'est-à-dire 
depuis le petit printemps jusqu'au mois de 
juin. 

Du i5 au 27, il fit dix lieues, passa deux 
petites rivières, et prit connaissance d'une 
mine de plomb; il en fit sa provision. 

Du 27 au 3o, il fit onze lieues et demie et 
rencontra cinq Canadiens, dont l'un était dan- 
gereusement blessé à la tête; ils étaient nus, 
et n'avaient pour toute munition qu'un mé- 
chant fusil, avec cinq ou six coups de poudre 
et des balles ; ils dirent qu'ils descendaient des 
Scioux pour aller aux Tamarois, et qu'à qua- 
rante lieues au-dessus ils avaient aperçu sur 
le Mississipi neuf canots, dans lesquels il y 
avait quatre-vingt-dix sauvages, qui les avaient 
pillés et battus cruellement ; ce parti al- 
lait en guerre contre les Scioux; il était 
composé de quatre nations différentes , On- 
taganis, Saquis, Pootualamis- et Puans, qui 



- 43 - 

habitent un pays à quatre-vingts lieues à 
l'est du fleuve et du lieu où se trouvait alors 
M. Le Sueur. Ces Canadiens prirent la résolu- 
tion de suivre le détachement , qui fut aussi 
composé de vingt-huit hommes. Ce jour il fit 
quatre heues et demie. 

Le i^"^ septembre, il passa la rivière des 
Ouêsconsins; elle vierxt du nord-est à son em- 
bouchure, et retourne à l'est. Elle a presque 
partout une demi-lieue de large. A environ 
quarante-cinq lieues dans cette rivière à la 
droite en montant, on trouve un portage de 
plus d'une lieue de long. La moitié de ce por- 
tage est un pays tremblant; au bout de ce 
portage il y a une petite rivière qui descend 
dans une baie appelée la baie des Puans, ha- 
bitée par un grand nombre de nations qui 
portent leurs pelleteries au Canada. C'est par 
la rivière des Oupsconsins que M. Le Sueur vint 
pour la première fois dans le Mississipi, en 
i683, pour aller dans le pays des Scioux, où 



- 44 - 

il a demeuré sept ans en diverses fois. Le fleuve 
vis-à-vis l'embouchure de cette rivière n'a 
environ qu'un demi-quart de lieue de large. 
Du i" septembre au 5 , notre voyageur 
avança quatorze lieues; il passa la rivière aux 
Canots, qui vient du no^d-est, ensuite celle 
des Quincapous, ainsi nommée du nom d'une 
nation qui en a autrefois habité les bords. 
, Du 5 au 9, il fit dix lieues et demie , et dé- 
passa la rivière Cachée et celle aux Ailes; le 
même jour, il aperçut des canots remplis de 
sauvages descendant le fleuve. Les cinq Cana- 
diens reconnurent ceux qui les avaient pillés; 
on fit poser des sentinelles dans les bois, 
crainte de surprise par terre, et lorsqu'ils 
furent à portée de la voix, on leur cria que 
s'ils approchaient davantage on tirerait sur 
eux. Ils se rangèrent le long de l'île, à demi- 
portée de fusil. Peu après quatre des plus con- 
sidérés de la bande s'avancèrent dans un 
canot, et demandèrent si l'on avait oublié 



- 45 -- 

qu'ils étaient nos frères, et à quel dessein on 
avait fait prendre les armes lorsqu'on les avait 
aperçus. M. Le Sueur leur répondit, que d'après 
ce qu'ils avaient fait aux cinq Français qui 
étaient présens , il avait lieu de se méfier d'eux. 
Cependant pour la sûreté de son commerce, 
étant dans la nécessité absolue d'être en paix 
avec toutes les nations, il ne voulut pas se faire 
raison du pillage qu'ils avaient commis; il 
ajouta seulement que le roi leur maître et le 
sien voulait que tous ses sujets naviguassent 
sur ce fleuve, sans qu'il leur fût fait aucune 
insulte; ainsi, qu'ils devaient prendre garde 
à ce qu'ils auraient à faire. Le sauvage qui 
avait porté la parole parut interdit et ne ré- 
pondit rien; un autre dit seulement qu'ils 
avaient été attaqués par les Scioux, qui les 
avaient obligés d'abandonner tous leurs ba- 
gages, et que , si l'on n'avait pas pitié d'eux , en 
leur donnant un peu de poudre, ils ne pour- 
raient se rendre à leur village. La considéra- 



- 46 -^ 

tioii d'un missionnaire qui devait monter aux 
Scioux, et que ces sauvages pouvaient rencon- 
trer, fit qu'on leur donna deux livres de pou- 
dre. M. Le Sueur fit le même jour trois lieues, 
dépassa une petite rivière à l'ouest du fleuve, 
ensuite une autre plus grande à l'est du 
Mississipi , laquelle est navigable en tous 
temps. Les nations sauvages qui la connais- 
saient la nommaient la rivière Rouge. 

Le lo, à la pointe du jour, on entendit un 
cerf qui sifflait de l'autre côté du fleuve; 
un Canadien traversa dans un petit canot 
scion que l'on avait trouvé; peu après il revint 
avec le corps de cet animal ^ qu'il est facile 
de tuer quand il est en rut, c'est-à-dire de- 
puis le commencement de septembre jusqu'à 
la fin d'août. Les chasseurs en ce temps-là 
font un petit sifflet du premier morceau de 
bois ou de canne, et lorsqu'ils entendent 
siffler un cerf, ils lui répondent; cet ani- 
mal , croyant que c'est un autre cerf qui 



-47 - 

siffle, vient à eux , et ils le tuent sans peine. 
Du lo au 1 4 , M. Le Sueur fit dix-sept lieues 
etdeniie, passa la rivière des Raisins et celle des 
Paquilenettes; le même jour il laissa à l'est du 
fleuve une belle et grande rivière qui descend 
de fort loin au nord, et nommée de Bon-Se- Bon-Seronr«; 

' plomb. 

cours, à cause de la grande quantité de bœufs , 
de cerfs , d'ours et de chevreuils que l'on y 
trouve ; à trois lieues dans cette rivière il 
y a une mine de plomb , et à sept lieues 
au-dessus, du même côté, on trouve une 
autre rivière de long cours, aux environs 
de laquelle il y a une mine de cuivre, dont Autre rivière ; 

* '' cuivre. 

il avait tiré un morceau de soixante livres 
dans ses précédens voyages. Pour la faire 
valoir il faudrait ménager la paix entre 
les Scioux et les Oudagamis , parce que ces 
derniers, qui habitent dans les terres de l'est 
du Mississipi , passent continuellement par ce 
chemin, allant «n guerre contre les Scioux. 
Dans ces quartiers, à uneHeueet demie du côté 



~ 48 - 

du nord-ouest, commence un lac de six lieues 
de long et de plus d'une lieue de large ; on le 

Lac Pépin, nommc le lac Pépin ; il est bordé à l'ouest 
d'une chaîne de montagnes; de l'autre côté, à 
l'est, on voit une prairie, et au nord-ouest du 
lac une seconde prairie de deux lieues de 
long et de large; aux environs, il y a une 
chaîne de montagnes, qui a bien deux 
cents pieds de hauteur et plus d'une demi - 
heue de long, on y trouve plusieurs ca- 
vernes où les ours se retirent en hiver; 
la plupart de ces cavernes ont plus de 
quarante pieds de profondeur , et environ 
trois ou quatre pieds de hauteur ; il y en a 
quelques-unes dont l'entrée est fort étroite , 
et toutes renferment du salpêtre. Il serait 
dangereux d'y entrer l'été , parce qu'elles sont 

À sïnn'eues. ï'emphes de serpens à sonnettes dont la mor- 
sure est très dangereuse. Le Sueur vit de ces 
serpens qui avaient six pieds dé long; mais pour 
l'ordinaire ils n'en ont environ que quatre; 



— ^»9 — 

ils ont les dents semblables à celles du 
brochet, et les gencives pleines de petites ves- 
sies dans lesquelles est placé leur venin. Les 
Scioux disent qu'ils le prennent tous les ma- 
tins, et qu'ils le rejettent la nuit; ils ont à la 
queue une espèce d'écaillé qui fait du bruit ; 
c'est ce qu'on appelle leurs sonnettes. Le 
Sueur fit ce jour-là sept lieues et demie, et passa 
une autre rivière nommée Hiambouxeaté-Ona- 
taba , qui signifie la rivière aux Roches-Plates. 
Le 1 5 il traversa une petite rivière et aperçut 
aux environs plusieurs canots remplis de sau- 
vages qui descendaient le fleuve ; il crut d'a- 
bord que c'étaient des Scioux, parce qu'il ne 
pouvait pas distinguer si les canots étaient 
grands ou petits ; il fit mettre les armes en 
état; peu de temps après on entendit que ces 
sauvages poussaient les cris qu'ils ont cou- 
tume de faire lorsqu'ils se précipitent sur leurs 
ennemis. Il leur fit répondre de la même ma- 
nière; et après avoir placé tout le monde der- 



— 5o — 

rière les arbres, il leur défendit de tirer, 
jusqu'à ce qu'on les eût avertis. Il resta sur 
le bord de l'eau à observer les mouvemens 
qu'ils feraient , et s'apercevant qu'ils mettaient 
deux hommes à terre , pour observer d'une 
éminence à l'autre côté de la rivière le nom- 
bre de ses gens et de ses forces, il fit sortir 
et rentrer continuellement son monde du bois 
au bord de l'eau, afin qu'on les crût plus nom- 
breux; ce qui réussit, car aussitôt que les deux 
sauvages furent descendus de la montagne, 
les chefs des partis vinrent apporter un 
calumet, qui est parmi les sauvages un signal 
de paix. Ils dirent que n'ayant jamais vu les 
Français naviguer sur le Mississipi avec des 
bâtimens semblables à la felouque , ils les 
avaient crus Anglais, que c'était pour cette 
raison qu'ils avaient fait le cri de guerre, et 
qu'ils s'étaient rangés sur l'autre bord 
du fleuve ; mais qu'ayant reconnu par le 
pavillon leur erreur, ils étaient venus sans 



i)i — 



crainte afin de les avertir qu'un des leurs qui 
était en démence avait par accident tué un 
Français d'un coup de fusil à plomb; qu'ils 
allaient amener son camarade, qui dirait de 
quelle manière ce malheur était arrivé. On fit 
venir ce Français, qui était le nommé Denis, 
Canadien : il rapporta que son camarade 
avait été tué par mégarde; il s'appelait La- 
place, soldat déserteur du Canada, qui s'était 
réfugié dans ce pays. M. Le Sueur répondit à 
ces sauvages qu'Onontio ( c'est le nom qu'ils 
donnent à tous les gouverneurs du Canada) 
étant leur père et le sien, ils ne devaient point 
chercher leur justification ailleurs que devant 
lui; qu'il leur conseillait d'aller le voir au plus 
tôt pour le prier d'ôter le sang de ce Français 
de dessus leur visage. Ce parti était composé 
de quarante -sept hommes des différentes 
nations qui habitent au loin à l'est par qua- 
rante-quatre degrés de latitude du Mississipi. 
M. Le Sueur en connaissait particulièrement 



— Sa- 
les chefs; il leur dit que le roi , dont ils avaient 
si souvent entendu parler au Canada, avait en- 
voyé établir l'entrée du fleuve, et qii'il voulait 
que les nations qui l'habitent, aussi bien que 
celles qui sont sous sa protection , vécussent 
généralement en paix. Il fit ce jour- là trois 
lieues trois quarts. 

Le 16 il laissa à l'est du fleuve une grande 
rivièf'e nommée de Sainte-Croix , parce qu'un 
Français de ce nom fit naufrage à son embou- 
chure. Elle vient du nord-nord-ouest; à quatre 
lieues plus haut, en montant, on trouve un 
petit lac à l'entrée duquel il y a une masse de 
cuivre fort grosse; elle est sur le bord de l'eau 
dans un petit écors de terre sablonneuse à 
l'ouest de ce lac. 

Du 16 au 19 il avança de treize lieues trois 
quarts. Après avoir fait, depuis leTamarois, deux 
cent sept lieues et demie , il quitta en cet en- 
droit la navigation du Mississipi pour entrer 

Rivière 

Saint-Pierre. (];)ns la rivièrc dc Saint-Pierre, à l'ouest du 



— 53 - 

fleuve, sur laquelle il fit, jusqu'au i*'^ octobre, 
quarante-quatre lieues un quart. Après quoi il 
entra clans la rivière Bleue, ainsi nommée à 
cause des mines de terre bleue qu'on trouve 
à l'entrée de cette rivière; il forma son éta.- 
blissement situé par quarante- quatre degiés 
ireize minutes latitude nord. Il rencontra en 
cet endroit neuf Scioux , qui lui dirent que 
cette rivière était le pays des Scioux de l'ouest, 
des Ayavois et des Otoctatas un peu plus loin ; 
que ce n'était pas leur habitude de chasser 
sur les terres des autres sans y être invités de 
la part de ceux à qui elles appartenaient; que 
lorsqu'ils voudraient venir au fort chercher 
leurs provisions, ils seraient exposés à être tués 
parleurs ennemis en mon tant ou en descendant 
ces rivières, qui sont étroites; et que si l'on 
voulait avoir pitié d'eux, il fallait qu'il s'éta- 
blit sur le Mississipi , aux environs de l'em- 
bouchure de la rivière de Saint-Pierre, où les 
Ayavois, les Otoctatas et les Scioux pourraient 



- 54 - 

se rendre aussi bien qu'eux. Ayant fait leur 
harangue, ils se mirent, suivant leur coutume, 
à pleurer sur la tête de M. Le Sueur, en disant 
oueachissou , ouaepanimanabo , ce qui veut 
dire ayez pitié de nous! 

M. Le Sueur avait prévu que son établisse- 
ment dans la rivière Bleue ne ferait pas de plai- 
sir aux Scioux de l'est, qui sont pour ainsi dire 
les maîtres des autres Scioux et des nations 
qu'on vient de nommer, parce qu'ils sont les 
premiers avec lesquels on a trafiqué , ce 
qui leur a procuré bon nombre de fusils. 
Comme il n'avait pas fait cette entreprise dans 
la seule vue du commerce des castors, mais 
pour connaître à fond la qualité des différentes 
mines qu'il avait précédemment découvertes, 
il leur dit qu'il était fâché de n'avoir pas su' 
plus tôt leurs intentions; qu'il était bien juste, 
puisqu'il était venu exprès pour eux, qu'il 
s'établît sur leurs terres, mais que la saison 
était trop avancée pour retourner sur ses pas. 



— SS- 
II leur fit ensuite un présent de poudre, de 
balles, de couteaux, et d'une brasse de tabac, 
pour les inviter à se rendre le plus tôt possible 
près du fort qu'il allait faire construire; que là , 
lorsqu'ils seraient tous assemblés, il leur di- 
rait les intentions du roi, leur maître et le 
sien. 

Les Scioux de l'ouest ont, au rapport de 
ceux de l'est , plus de mille cabanes. Ils 
n'ont point l'usage des canots , ne . cultivent 
point la terre , et ne ramassent point de folle 
avoine; ils se tiennent ordinairement dans les 
prairies qui sont entre le haut Mississipi et 
la rivière des Missouris, et ne vivent que de 
chasse. 

Tous les Scioux en général disent qu'ils ont 
trois âmes, et qu'après leur mort celle qui a 
fait le bien va dans les pays chauds, celle qui 
a fait le mal dans les pays froids, et que l'au- 
tre garde le corps. La polygamie est en usage 
parmi eux; ils sont très jaloux et se battent 



— 56 — 

quelquefois en duel pour leurs femmes. Ils 
manient fort bien l'arc , et on les a vus plu- 
sieurs fois tuer des canards au vol. Ils font 
leurs cabanes de plusieurs peaux de bœufs 
entrelacées et cousues ensemble ; ils les por- 
tent partout avec eux : dans chaque cabane 
il y a pour l'ordinaire deux ou trois hommes 
avec leurs familles. Ils sont tous grands fu- 
meurs, mais leur manière de fumer diffère 
de celle des autres sauvages : il y a des 
Scioux qui avalent toute la fumée de tabac , et 
d'autres qui , après l'avoir avalée et gardée 
quelque temps dans leur estomac, la font en- 
suite sortir par le nez. 

I.e 3 du même mois, on reçut au fort plusieurs 
Scioux, parmilesquels était Ouacantapai, chef 
de village. Peu après il arriva deux Canadiens 
qui étaient allés en chasse; ils avaient été 
pillés par les Scioux de l'est, qui leur avaient 
enlevé leurs fusils pour se venger de l'établis- 
sement que M. Le Sueur avait fait dans la ri- 



- 57 - 

vière Bleue. Le i4 le fort fui achevé; on lui 
donna le nom de fort L'Huillér. 

Le 11 on fit partir deux Canadiens pour 
aller inviter les Ayavoiset les Otoctatas à venir 
établir un village auprès du fort, parce que ces 
sauvages sont laborieux et accoutumés à cul- 
tiver la terre , et l'on espérait en tirer des vi- 
vres et les faire travailler aux mines. 

Le 24, il arriva six Scioux Oûjalespoitous: 
ils voulurent entrer dans le fort , mais on les en 
empêcha en leur disant qu'on ne recevait point 
des hommes qui avaient tué des Français; c'est 
le terme dont ils se servent lorsqu'on leur a fait 
quelques insultes. Le lendemain ils vinrent à 
la cabane de M. Le Sueur pour le prier d'avoir 
pitié d'eux. Ils voulurent, suivant leur coutu- 
me, pleurer sur sa tête et lui faire présent de 
quelques paquets de castors, qu'il refusa; 
il dit qu'il s'étonnait que des gens qui l'a- 
vaient pillé eussent la hardiesse de venir chez 
lui ; à quoi ils répondirent qu'ils avaient bien 



— 58 — 

ouï dire qu'on avait pillé des Français, mais 
qu'aucun de lenr village n'avait été présent à 
cette méchante action. M. Le Sueur leur dit 
qu'il savait que c'étaient les Mendeouacantous 
qui l'avaient tué, et non pas les Oûjalespoi- 
tous; c( Mais vous êtes Scioux, continua- t-il, 
ce sont des Scioux qui m'ont pillé , et si je sui- 
vais vos manières d'agir, je vous ferais casser 
la tête : car n'est-il point vrai que lorsque 
quelques étrangers (c'est ainsi qu'ils nomment 
les sauvages qui ne sont pas Scioux) ont fait 
insulte à un Sciou Mendeouacantou, Oùjales- 
poitou ou autre, tous les villages s'en vengent 
sur le premier qu'ils rencontrent. » Comme il 
n'y avait rien à répondre à ce qu'il leur disait, 
ils eurent recours aux larmes et lui répétèrent, 
suivant leur coutume, ouaechissou! ouaepani- 
manaho ! M. Le Sueur leur dit de cesser de 
pleurer; il ajouta que les Français avaient le 
cœur bon et qu'il n'était venu dans leur pays 
que pour avoir pitié d'eux; il leur fit en même 



- 59 - 
temps un présent, en leur disant: «Remportez 
vos castors et dites à tous les Scioux qu'ils 
n'auront plus de moi ni poudre ni balles , et 
qu'ils ne fumeront plus dans mon calumet 
fc'est-à-dire, nous ne serons plus bons amis) 
qu'ils ne m'aient fait satisfaction du pillage 
commis sur les Français. « 

Le même jour les deux Canadiens qu'on 
avait fait partir le 22 arrivèrent sans avoir pu 
trouver le chemin qui conduit aux Ayavois et 
aux Otoctata. Le 26, M. Le Sueur se rendit à la 
mine, avec trois canots qu'il chargea de terres 
bleue et verte : elles se tirent des montagnes 
auprès desquelles sont les mines de cuivre très 
abondantes dont M. L'HuiUier, l'un des fer- 
miers généraux du roi , fit l'essai à Paris en 
1696. On y trouve aussi des pierres qu'il se- 
rait curieux de voir employer. 

Le 9 novembre il se présenta au fort huit 
Scioux Mantantous qui avaient été envoyés par 
les chefs de leurs villages pour dire que les 



— 6o — 

Mendeouacantous étaient encore à leur lac, 
dans les terres à l'est du Mississipi, et qu'ils 
ne pouvaient venir de long-temps ; que 
pour un seul village qui n'avait pas eu d'es- 
prit les autres n'en devaient pas porter la 
peine; que si l'on voulait leur indiquer de 
quelle manière on desirait avoir satisfaction, 
ils viendraient la faire. M. Le Sueur leur ré- 
pondit qu'il se réjouissait de ce qu'ils avaient 
de l'esprit, et que c'était à eux à voir ce qu'ils 
auraient à faire. 

Le T 5, on vit arriver deux SciouxMantantous; 
ces sauvages avaient été envoyés exprès pour 
avertir que tous les Scioux de l'est et une par- 
tie de ceux de l'ouest s'étaient joints ensemble 
pour venir chez les Français, parce qu'ils 
avaient appris que les Christianaux et les As- 
sinipoils leur apportaient la guerre. Ces deux 
nations habitent au-dessus du fort du côté de 
l'est, à plus de quatre-vingts lieues dans le 
haut du Mississipi. 



— 6i — 

Les Assinipoils parlent scioii, et sont véri- 
tablement de cette nation; ce n'était que de- 
puis quelques années qu'ils étaient en inimitié 
avec ce peuple. Voici l'origine de cette guerre. 

Les CliristianauX) ayant eu l'usage des armes 
avant les Scioux par le moyen des Anglais de 
la baie d'Hudson , venaient continuellement 
en guerre chez les Assinipoils, qui étaient 
leurs plus proches voisins : ces derniers se 
trouvant faibles demandèrent la paix, et afin 
de la rendre plus solide ils s'allièrent aux 
Christianaux, en prenant de leurs femmes. Les 
autres Scioux, qui n'étaient pasentrés dans cette 
alliance, et qui avaient eu de tout temps la 
guerre avec eux, la continuèrent, de sorte 
qu'ayant trouvé un jour quelques Christianaux 
chez les Assinipoils, ils leur cassèrent la tète. 
C'étaient les Christianaux qui fournissaient 
aux Assinipoils des armes et des marchandises. 
Le i6, les deux Scioux s'en retournèrent 
à leur village, et l'on apprit que les Ayavois 



— 62 — 

et les Otoctatas étaient allés s'établir du. côté 
de la rivière du Missouri, aux environs 
des Maha, nation qui habite dans ces quar- 
tiers. Le 26, les Mantantous et Oûjalespoi- 
tous arrivèrent au fort. Après qu'ils eurent 
dressé leurs cabanes dans le bois, Ouatancapai 
vint prier M. Le Sueui d'aller à la sienne. Il y 
trouva seize hommes avec plusieurs femmes 
et enfans qui avaient le visage barbouillé de 
ncii'. Il y avait dans le milieu de cette cabane 
plusieurs peaux de bœufs qui servaient de ta- 
pis. On lui fit signe de s'y asseoir, et en même 
temps toutes ces personnes se mirent à pleu- 
rer pendant un demi-quart d'heure; ensuite 
le chef lui présenta à manger de la folle avoine, 
et, suivant leur coutume, il lui porta à la 
bouche les trois premières cuillerées; après 
quoi il lui dit que tous ceux qu'il voyait présens 
étaient ainsi que lui les parens de Tioscaté 
( c'était le nom du Sciou que M. Le Sueur avait 
mené au Canada en 1695, et qui, y était mort 



— G^ — 

en 1696). Ace nom de Tioscaté, ils recommen- 
cèrent à pleurer et à essuyer leurs larmes sur 
la tête et sur les épaules de M. Le Sueur; après 
quoi Ouacantapai, reprenant son discours, lui 
dit que Tioscaté le priait d'oublier l'insulte 
faite aux Français par les Mendeouacantous , 
ec d'avoir pitié de ses frères , en leur faisant 
donner de la poudre et des balles pour se dé- 
fendre contre leurs ennemis et ponr faire 
vivre ses femmes et ses enfans qui languis- 
saient de faim au milieu d'un pays rempli de 
toutes sortes de bêtes, n'ayant pas de quoi les 
tuer: « Regarde, ajouta ce chef en lui montrant 
les femmes et les enfans du mort ; voilà tes 
enfans, tes frères et tes sœurs; c'est à toi de 
voir si tu veux qu'ils vivent ou qu'ils meurent; 
ils vivront si tu leur donnes de la poudre et 
des balles, et au contraire ils mourront si tu 
leur en refuses. » Il ne fallait pas tant 
de raisons pour déterminer M. Le Sueur 
à leur accorder leur demande; mais comme 



— 64 — 

les Scioux ne répondent jamais sur-le- 
champ, surtout en matière d'importance, et 
qu'il avait à leur parler au sujet de son éta- 
blissement, il sortit de la cabane sans leur 
rien dire; le chef et tous ceux qui étaient de- 
dans le suivirent jusqu'à la porte du fort, et 
après qu'il y fut rentré ils en firent trois fois 
le tour en pleurant et criant de toutes leurs 
forces, athé-ouanan , qui veut dire: mon père, 
ayez pitié de nous. 

Le lendemain, il fit assembler dans le fort 
les plus considérés de l'un et de l'autre village ; 
et comme il n'est pas possible de réduire les 
Scioux ni de les empêcher d'aller à la guerre , 
à moins de les porter à cultiver la terre, il leur 
dit que s'ils voulaient se rendre dignes de la 
protection du roi, il fallait qu'ils abandonnas- 
sent la vie errante et qu'ils vinssent former un 
village auprès de son habitation, où ils seraient 
à l'abri de l'insulte de leurs ennemis ; que 
pour leur faciliter le moyen d'y mener une 



— 65 — 

vie heureuse, et leur épargner les lourmens 
de la faim, il donnerait tout le blé néces- 
saire pour ensemencer beaucoup de terre; 
que le roi, leur chef et le sien, en l'en- 
voyant, lui avait défendu de trafiquer des 
peaux de castors, sachant que cette chasse 
les obligeait à se séparer, et les exposait à 
être tués par leurs ennemis; qu'en consé- 
quence il était venu s'établir dans la ri- 
vière Bleue, dont les environs, ainsi qu'ils l'a- 
vaient assuré plusieurs fois, étaient remplis de 
plusieurs sortes de bêtes pour les peaux des- 
quelles on leur donnerait toutes leurs nécessi- 
tés ; qu'ils devaient faire réflexion qu'ils ne 
pouvaient -se passer des marchandises des 
Français, et que l'unique moyen de n'en point 
manquer était de ne point porter la guerre 
chez les nations nos alliées ; et comme c'est la 
coutume des sauvages d'accompagner leurs 
paroles d'un présent proportionné à l'affaire 
qu'ils traitent, il leur donna cinquante livres 



— 66 — 

de poudre, autant de balles, six fusils, dix 
haches, douze brasses de tabac et un calumet 
d'acier. 

Le 1*"^ décembre les Mantantons invitèrent 
M. Le Sueur à un grand festin ; de quatre de 
leurs cabanes ils n'en avaient fait qu'une, dans 
laquelle il y avait cent hommes assis en rond, 
et chacun leur plat devant eux. Après le re- 
pas, Ouacantapai leur chef les fit tous fumer 
les uns après les autres dans le calumet d'acier 
qu'on leur avait donné ; ensuite il fit présent 
à M. Le Sueur d'un esclave et d'un sac de folle 
avoine, et il lui dit, en montrant ses gens : 
« Voilà le reste de ce grand village que tu as 
vu autrefois si nombreux; tous les autres ont 
été tués en guerre, et le peu d'hommes que tu 
vois dans cette cabane acceptent le présent 
que tu leur as fait et sont dans la résolution 
d'obéir à ce grand chef de toutes les nations 
dont tu nous as parlé; ainsi tu ne dois plus 
nous regarder comme des Scioux mais comme 



-G, - 

des Français, et au lieu de dire que les Scioux 
sont des malheureux qui n'ont point d'esprit, 
et qui ne sont propres qu'à piller et à voler les 
Français, tu diras : Mes frères sont des mal- 
heureux qui n'ont point d'esprit; il faut tâcher 
de leur en procurer; ils nous pillent, mais 
pour les en empêcher j'aurai soin qu'ils ne 
manquent point de fer, c'est-à-dire de toutes 
sortes de marchandises. Si tu fais cela, je t'as- 
sure que dans peu de temps les Mantantons 
deviendront Français, et qu'ils n'auront plus 
les vices que tu leur reproches. » Ayant fini 
cette harangue, il se couvrit la tète avec sa 
robe, les autres l'imitèrent; ils pleurèrent 
leurs camarades morts à la guerre, et chan- 
tèrent un adieu à leur pays d'un ton si 
lugubre qu'on ne pouvait s'empêcher de par- 
tager leur douleur. Ensuite Ouacantapai les 
fit de nouveau fumer et leur distribua les 
présens qu'on leur avait donnés , et dit qu'il 
s'en allait chez les Mendeotiacantons pour 



— 68 — 

les avertir de la résolution et les inviter à faire 
la même chose. 

Le 12, trois chefs mendeouacantons et 
quantité de sauvages du même village arri- 
vèrent au fort et donnèrent le lendemain une 
espèce de satisfaction du pillage qu'ils avaient 
commis sur les Français. Ils apportèrent quatre 
cents livres de peaux de castors , et promirent 
que l'été suivant, après avoir construit des 
canots et fait leur récolte de folle avoine, 
ils viendraient s'établir auprès des Français; 
le même jour ils s'en retournèrent à leur vil- 
lage dans l'est du Mississipi. 



«9 



Noms des nations de Scioux de la partie de 
l'est et leur signification. 

Les Mantantons. Qui veut dire village 

du grand lac qui se dé- 
charge dans un petit. 

Village du lac d'es- 
prit. 

Village d'un lac dans 
une rivière. 

Village des cher- 
cheurs de folle avoine. 

Village de la rivière. 

Village des gens qui 
sont sur la pointe d'un 
lac. 

Village du fort. 



Les Mendeouacan- 

TONS. 

Les QuroEPETONs. 

Les PsiouMAisiTONS. 

Les Ouadebatons. 
Les Ouaetemawe- 

TONS. 

Les Songasquitons. 



Scioux de la partie de l'ouest dont on a con- 
naissance. 

Les Touchouaesin- Qui veut dire vil- 
TOjvs, lage de la perche. 



Les PsiwcHATONS. 
Les Oujatespoue- 

ÏONS. 

Les Psinontanhin- 

HINTONS. 

Les Tintangaoug- 

HIATONS. 

Les Ouaepetons. 
Les Oughetgéoda- 

TONS. 

Les Ouapeontetons. 



Les IIinhanetons. 



70 — 

Village de la folle 
avoine ronge. 

Village dispersé en 
plusieurs petites ban- 
des. 

Village de la grande 
folle avoine. 

Village de la grande 
cabane. 

Village de la feuille. 

Village de la fiente. 

Village de ceux qui 
tirent dans un grand 
pin. 

Village de la car- 
rière de pierre rouge. 



La suite des mémoires de M. Le Sueur n'a 
point paru; il passa en France avec M. d'I- 
berville, au mois d'avril 1702. Quelques an- 



79Î. 



Miirs i-(n. 



— 71 — 

nées après, repassant h la colonie, il mouriii 
dans la traversée. 

Le 18, M. (VlberviJIe arriva à l'île Dauphinc 
avec le Palmier^ qu'il fit entrer clans le port ; 
il ue trouva pas moins de vingt-un pieds d'eau 
à la passe. 

Le 19 mars, M. de La Salle gagna avec sa 
famille le fort de la Mobile, qui était alor-> 
terminé et renfermait plusieurs logemens; on 
y transporta les effets de l'île Dauphine. 

Le 26, M. deïoiity, qui était parti le 8 
février avec dix hommes, par ordre de M. d'I- 
berville, pour aller aux Chactas et aux Chica- 
chas et lui amener les principaux chefs afin 
de les décider à faire la paix, arriva avec sept 
des plus considérés de la nation. 

M. d'iberville les engagea par ses présens 
et ses discours à vivre d'accord ensemble. 

Le 27, M. d'iberville se rendit avec tout son 
monde à l'île Dauphine , et de là à Pensacole. 

Le i'3 avril, M. Dugué arriva de la Vera- ^^'^'i 



% 



— 72 — 

Cruz, sur un traversier , chargé de farines 
et de viandes. 

Le 3i , on sut par la voie de Pensacole que 
MM. d'Iberville et de Serigny en étaient partis 
pour la France. 

Mai 1702. Le 12 mai, on reçut au fort de la Mobile 

huit chefs considérés des Alibamons, qui ve- 
naient savoir de M. de Bienville s'ils conti- 
nueraient la guerre contre les Chicachas , les 
Tomes et les Mobiliens : il leur conseilla de 
faire la paix, leur accorda quelques présens, 
et les détermina ainsi à effectuer ce qu'ils lui 
avaient promis. 

Juin 1702. Le 24 juin, une chaloupe espagnole, de 
Pensacole , sur laquelle était don José de Ro- 
bles, âgé de vingt ans, capitaine d'infanterie 
ec fils de la nourrice du comte de Montezuma, 
vice-roi du Mexique , apporta une lettre de 
don Francisco Martin , gouverneur de Pensa- 
cole dans laquelle il demandait des vivres avec 
instance : M. de Bienville lui en envoya. 



-ii- 

Le 20 juillet, M. Becancoiirt, enseigne de iuiiict 170a 
vaisseau, commandant la marine de la colo- 
nie, arriva de la Vera-Cruz , sur un traver- 
sier chargé également de farines et de viandes. 

Le 10 août, M. deBienvilleapprit queM. de Août. 
Saint-Denis, de concert avec quelques Cana- 
diens et sauvages, avait fait une irruption sur 
une nation de nos alliés, pour se procurer des 
esclaves. Il donna des ordres pour les faire res- 
tituer; mais ces ordres furent mal exécutés. 

Le i^'' octobre, M. Davion, missionnaire, et o.îubre. 
le père Limoge, jésuite, arrivèrent du Missis- 
sipi, pour donner avis qu'un de leurs con- 
frères avait été tué avec trois Français, à qua- 
rante lieues au-dessus de la rivière des Yasojps, 
par deux jeunes Courois qui leur servaientde 
guides dans leur pirogue ; mécontens d'être 
maltraités , ils les avaient surpris dans le som- 
meil et les avaient tués à coups de flèches. 

Le même jour, on reçut d'autres sauvages 
. qui chantèrent le calumet^ et promirent de 



_ 74 - 

vivre en paix avec les Chicachas , les Pensa- 
coles et les Apalaches. 
Novembre 1702. Le II iiovembre, don Francisco Martin 
arriva de Pensacole , et apporta la nouvelle que 
la France et l'Espagne étaient en guerre avec 
l'Angleterre. Il demanda un secours d'armes 
et de poudre, qui lui fut accordé. 

Le 28, deux chaloupes avec deux officiers 
espagnols venant de Saint-Augustin de la Flo- 
ride s'arrêtèrent au fort; ils remirent une 
lettre de don Joseph de Souniga y Serda, gou- 
verneur de cette place, qui se disait assiégé 
dans son fort par quatorze vaisseaux anglais 
et par deux mille sauvages. Il demandait un 
secours d'hommes, et priait d'envoyer un tra- 
versier pour donner avis au vice-roi de ce qui 
se passait. M. de Bienville lui fit parvenir 
cent fusils , cinq cents livres de poudre et des 
balles. 
Décembre. Le 27 décembre, M. de Becancourt partit 
sur un traversier pour la Vera-Cruz , avec 



- 75- 

des lettres du gouverneur de la Foride pour 
le vice-roi. 

Le 1 janvier 1703, on apprit par des lettres Jauv,cr i;. 
de Pensacole que le fort de Saint- Augustin de 
la Floride se soutenait contre les efforts réunis 
des Anglais et des sauvages. 

Le 8 février, une pirogue venant d'Olia- Février 
bâche apporta la nouvelle que M. de Juche- 
raps, lieutenant-général de la juridiction de 
Mont-Réal, y était arrivé le 28 octobre avec 
trente-quatre Canadiens, pour y former un 
établissement à l'entrée de la rivière Oua- 
bache, au nom d'une compagnie, dans l'inten- 
tion d'y ramasser des peaux de bœufs ; il de- 
mandait un secours d'hommes et des vivres; 
mais quoiqu'il y eût un ordre du roi de le 
faire, on ne put lui envoyer qu'un baril de 
poudre. 

Le i4, un officier vint de Pensacole, 
avec une lettre du gouverneur qui donnait 
avis que le fort de Saint-Augustin de la Floride 



-76- 

avait été secouru de la Havane par quatorze 
vaisseaux; que les Anglais, après avoir levé le 
siège , avaient perdu à la côte un de leurs plus 
gros navires. 

Le 22, M. de Becancourt arriva de l'île Dau- 
phine, venant de la Yera-Gruz, avec de nou- 
veaux approvisionnemens. Il rapporta que 
M. d'Albukerque , vice-roi du Mexique, lui 
avait dit avoir reçu l'ordre du roi d'Espa- 
gne de permettre l'entrée des ports de son 
gouvernement aux Français de la Louisiane 
qui viendraient acheter des vivres. 
Mari 1703. Le 3 mars, les personnes que M. Le Sueur 
avait laissées au fort L'Huillier revinrent à la 
Mobile; les mauvais traitemens que les sau- 
vages leur faisaient souffrir les avaient forcées 
d'abandonner leur établissement. 
Mai Le 3 mai, des Anglais voyageant en Ca- 

roline , et qui étaient alors aux Alibamons , 
engagèrent cette nation à se déclarer contre 
les Français. Les sauvages, usant de ruse, 



— 77 — 

envoyèrent à la Mobile deux de leurs princi- 
paux chefs pour avertir que les Anglais s'é- 
taient retirés de leurs villages , de ceux des Con- 
chaques et des Antichiaty, autrement JChaoui- 
tas, et autres nations voisines de la Mobile; 
qu'il y avait beaucoup de maïs chçz eux : la 
garnison, manquant de ce blé, envoya un 
nommé Labrie avec quatre Canadiens pour, en 
acheter. 

Le 5, il se présenta au fort une chaloupe 
espagnole montée par don Hyacinthe Roque 
Pérès, officier de la garnison des Apalaches; 
envoyé par le gouverneur de Saint-Augustin 
de la Floride, il venait demander du secours 
pour la province des Apalaches qui était atta- 
quée par trois mille sauvages armés de fusils, 
des nations Charaqui , Cahouïta , Talapouche , 
Abicas et Alibamons, à la tète desquels mar- 
chaient cinq Anglais et deux nègres. Il rap- 
porta qu'à l'approche de ces deux nations les 
Apalaches avaient demandé aux Espagnols 



\7<>i 



-78- 

d'être armés de fusils, pour pouvoir Se défen- 
dre; mais que la politique n'avait point permis 
d'y consentir. Cette résolution avait forcé plus 
de deux raille personnes de cette nation à sui- 
vre la volonté de leurs ennemis, qui les for- 
cèrent d'a[ler s'établir du côté de la Caroline. 
Deux seuls villages apalaches, dont la plu- 
pavt des habitans étaient catholiques , avaient 
suivi la fortune des Espagnols; ils s'étaient 
défendus en braves gens , mais ils avaient 
perdu en différentes occasions près de deux 
cents hommes : le surplus s'était retiré dans 
le fort, d'où ils faisaient des sorties avanta- 
geuses. Il ajouta que toutes ces nations ras- 
semblées avaient fait un grand dégât dans la 
province ; et la perte la plus fâcheuse était 
celle de plus de deux mille bétes à cornes 
qu'ils avaient détruites. Cet officier demandait 
un détachement de Canadiens et des muni- 
tions de guerre. On ne put lui fournir que des 
fusils, de la poudre et des balles. 



— 79 — l/î»"^ 

Le .2 I , on lit partir M. de Becancourt pour 
aller à la Vera-Crnz chercher des vivres. 

Le 24, le nommé Charles, Canadien, l'un 
des quatre qu'on avait envoyés le 3 du mois, 
avec Labrie, pour aller trafiquer du blé chez 
les Alibamons, arriva ayant le bras cassé. Il 
rapporta qu'à deux journées de chemin de 
leur village , douze sauvages étaient venus 
au-devant de lui avec le calumet de paix; et 
que la même nuit ils avaient assassiné ses ca- 
marades; qu'il n'avait eu que le temps de se 
jeter dans la rivière, où il avait essuyé plu- 
sieurs coups de fusil, après avoir reçu un coup 
de hache sur le bras. 

Le 23 juin, trois Espagnols vinrent de Peu- Juin ijoJ. 
sacole , avec des lettres de don André de La 
Riole, gouverneur de cette place, qui don- 
nait avis de son arrivée de la Vera-Cruz avec 
trois vaisseaux chargés de vivres. Il disait 
qu'ayant appris la disette de la garnison de la 
Mobile, il offrait de fournir ce dont on aurait 



- 8o — 

besoin. Cette nouvelle fit d'autant plus de 
plaisir que tout le monde étant obligé de 
chercher sa subsistance chez les sauvages, ou 
de ne vivre que de coquillages et de poissons. 
On envoya M. de Boisbrillant à Pensacole où 
don André de La Riole lui fit donner avant 
son départ les vivres nécessaires. 
Juillet 1703. Le 23 juillet, M. de Becancourt revint de la 
Vera-Cruz, sur un traversier chargé de vi- 
vres. Il était porteur d'une lettre de M. le duc 
d'Albukerque , qui remerciait M. de Bienville 
du secours qu'il avait fourni au fort Saint-Au- 
gustin de la Floride. 

Dans le mois d'août, le chevalier de Perrot, 
enseigne de vaisseau, arriva au fort avec la 
chaloupe la Loiî^e , venue de France à l'île 
Dauphine, commandée p'ar M. Dugué, capi- 
taine de brûlot, et chargée de vivres et d'effets 
pour l'établissement, tl amena dix-sept pas- 
sagers, parmi lesquels était M. Paillon, sergent 
d'une compagnie de la marine levée par M. de 



- 8i - 170 '^ 

Châleaugué, garde deJa marine, frère de M. de 
Bienville , qui devait arriver dans ce pays par 
Ja première occasion avec un brevet d'enseigne 
de vaisseau; peu après on nomma aide-major 
de la colonie M. de Paillou, homme de ser- 
vice, qui avait été officier en France, et qui 
n'avait pris la hallebarde que sur l'assurance 
de son avancement. 

Le même jour, quatre Chicachas apportè- 
rent la nouvelle que cinq Français avaient été 
tués par les Taogarios, nation établie sur la 
rivière de Casquinambo qui afflue dans celle 
d'Ouabacho; que ce coup avait été exécuté à / 

la sollicitation des Anglais faisant la traite qui 
étaient établis chez cette nation. 

Le 16 octobre, M. Dugué partit de l'île Dau- octobre 1703 
phine pour La Havane, où il espérait trouver 
un fret pour la France. Le traversier comman- 
dé par M. deBecancourteut ordre de le suivre 
et d'apporter quatre bœufs pour les charrois ; 
il fut de retour de ce voyage le 3o novembre. Novembre. 



— 82 — 

Décembre 1703. j^e 22 décembre, M. de Bienville , voulant 
tirer vengeance du meurtre des quatre Français 
commis par les Alibamons, nation de quatre 
cents hommes , à cent quarante lieues du fort 
Louis de la Mobile , partit avec quarante sol- 
dats et Canadiens dans sept pirogues. Le 3 
janTieri704, jauvicr 1 704 , il découvrit un feu d'un parti 
ennemi. Peu après, ayant aperçu dix pirogues, 
il tint conseil avec MM. de Tonty et de Saint- 
Denis, qui furent d'avis, contre son opinion, 
d'attendre la nuit pour les attaquer. Ces Ali- 
bamons étaient campés sur une hauteur de 
difficile accès. La nuit était très obscure, et 
on prit un chemin rempli de ronces et de 
lianes , presque impraticable. Les ennemis, 
apostés en cet endroit au nombre de douze, 
entendant du bruit, firent une décharge de 
fusils à travers les broussailles; ils tuèrent 
deux Français et en blessèrent un autre ; mais 
ils prirent bientôt la fuite pour aller joindre 
leur parti, qui était en chasse aux environs de 



,À- /!.. liB^-j-. ,i ù\ jn 



— 83 — 

ce lieu. M. de Bienville fit couler leurs pirogues, 
chargées de viandes et de maïs. Il retourna 
ensuite au fort le i \ du même mois. 

Le lo mars, on envoya à la garnison de Mars 1704. 
Pensacole quatre mille livres de farine. Le i4^ 
un parti de vingt Cliicachas apporta cinq che- 
velures d'Alibamons. On leur donna pour cha- 
cune un fusil, cinq livres de balles et autant 
de poudre, suivant le traité passé avec eux. 

Le 6 avril , . don Joseph de Roble arriva de Avril. 
Pensacole pour engager M. de Bienville à en- 
voyer un traversier à la Vera-Cruz , afin de 
donner avis au roi de l'extrême disette que 
souffrait sa garnison , réduite alors à trois cents 
hommes. On y envoya M. de Becancourt le 18 
mai suivant. Le 20 , par des lettres de Pensa- 
cole, on apprit l'arrivée de don André de La 
RioUe , venant de La Havane avec un secours 
de vivres; on fit partir M. de Boisbrillant, 
qui en rapporta soixante-quinze paquets de 
farine. 



-84- 

jmiien7o4. Lc 23 juillet, clcux saiivages de Pensacole 
apportèrent une lettre de don Guzman, capi- 
taine d'infanterie, commandant par intérim : 
il disait que les Indiens, alliés des Anglais, 
étaient revenus aux Apalaches, et qu'ils lui 
avaient tué vingt-huit hommes de sa chaloupe. 
Il priait M. de Bienville de l'envoyer chercher 
dans la rivière des Apalaches , ce qui lui fut 
accordé et exécuté peu après. 

Le 24j M. Ducoudray-Guimont , capitaine 
de galiote, arriva à l'île Dauphine avec le 
vaisseau du roi h Pélican , de cinquante 
canons, venant de France, chargé de vivres et 
d'effets pour la colonie. Il amena soixante- 
quinze soldats , reste de deux compagnies 
complètes , levées par MM. de Vaulzard et de 
Châteaugué, capitaines de ces compagnies. Ce 
dernier était venu par cette occasion avec 
M. de La Vante, des Missions étrangères, en- 
voyé par M. l'évéque de Québec, et quatre 
prêtres qui étaient sous son obédience : on 



— 85 — 

reçut aussi deux sœurs grises avec vingt-trois 
pauvres filles et quatre familles d'artisans; ces 
filles furent mariées le même mois avec divers 
Canadiens. 

Le lo août, le traversier arriva de la Vera- Août 1704. 
Cruz chargé de vivres; il apporta la nouvelle 
de la mort de M. de Becancourt. 

Dans le mois de septembre les maladies septembre. 
furent considérables. M. Ducoudray-Guimont 
perdit la moitié de son équipage; on fut obligé 
de lui donner vingt soldats pour l'aider à re- 
conduire son vaisseau en France. MM. de 
Touty et Le Vasseur, le père Dongé, jésuite , 
et trente soldats des troupes nouvellement 
arrivées moururent pendant ce mois. 

Le 20 octobre, vingt Chicachas vinrent 
donner avis que les Anglais de Charlestown , 
port principal de la Caroline , leur avaient fait 
un présent pour les engager dans leurs inté- 
rêts; qu'ils leur avaient cédé douze esclaves de 
la nation^ainsa qu'ils avaient eus des Tonicas. ^ 



— 86 — 

Novembre 1704. Le 18 novembrc, vingt Chactas rapportè- 
rent trois chevelures d'Alibamons ; on les leur 
paya comme à l'ordinaire. Le 27 trois Espa- 
gnols donnèrent la nouvelle que le fort de 
Pensacole était entièrement consumé par le 
feu 5 que toutes les maisons, casernes et effets 
étaient détruits; ils demandaient du secours 
et priaient d'envoyer un traversier à la Vera- 
Cruz pour donner avis de leur désastre. 
Décembre. Lc 1 1 décembre, un brigantin français ar- 
riva de La Havane; il était dépéché par M. Du- 
coudray-Guimont, pour anoncer qu'on faisait 
à la Caroline un armement de plusieurs vais- 
seaux destinés à s'emparer de la Mobile et da 
Mississipi. 

Le 10, on envoya à la garnison de Pensa- 
cole un secours de cent barils de farine, de 
trente quintaux de lard , et quelques muni- 
tions de guerre. 

Le 21, les chefs de la nation Tonica vin- 
rent au fort solliciter M. Daviou , mission- 



- «7 - t7o4 

naire, de retourner à leur village, qu'il n'avait 
abandonné que depuis que M. Foucault, prê- 
tre, avait été tué par les Courois, de concert 
avec les Yasous, chez lesquels il y avait quel- 
ques Anglais faisant la traite à la Caroline. 
M. de Bienville leur dit qu'il ne pouvait pas 
leur accorder leur demande avant que le sang 
français fût vengé ; que , comme ils demeu- 
raient dans le même village, M. Daviou n'y 
serait point en sûreté; que s'ils voulaient l'a- 
voir, et rester alliés des Français, il fallait qu'ils 
frappassent sur les Courois et les Yasous, et 
qu'on lui amenât les Anglais qui se trouve- 
raient chez eux, après avoir pillé leur magasin ; 
que, pour leur faciliter cette entreprise, il en- 
verrait avec eux un détachement de ses guer- 
riers, et qu'il leur donnerait les armes et les 
marchandises dont ils auraient besoin. Les 
chefs furent ravis de cette proposition , et pro- 
mirent d'engager leurs alliés dans cette entre- 
prise. On convint d'y envoyer M. de Saint- 



— 88 — 

Denis avec douze Canadiens qui devaient se 
joindre à M. Lambert , enseigne de compa- 
gnie du Canada, frère de M. de MandeviMe, 
officier bleu, qui descendait à la mer, suivant 
les avis qu'on en avait reçus, avec quarante 
Canadiens venant d'Ouabach^ où il avait com- 
mandé depuis le décès de M. de Guchereau. 
Les chefs tonicas, après avoir reçu des pré- 
sens, se rendirent au bas du Mississipi, où ils 
convinrent avec M. de Saint-Denis du rendez- 
vous aux Natchès. 

Après leur départ, on travailla à l'arme- 
ment des pirogues ; le détachement se trouva 
renforcé de plus de trente Canadiens. Tout 
était prêt pour cette guerre, lorsque M. de 
Saint-Denis changea de résolution. 

Le 2 1 janvier lyoS, M. de Châteaugué 

Janvier 1705. partit daus un traversier, chargé de porter à 
la Vera-Cruz des lettres du gouvernement de 
Pensacole. 

Février 1705. Le 28, M. Lambert arriva à la Mobile avec 



— »9 — ' / " 

plusieurs CanadiensJ; ils avaient abandonné 
le poste d'Ouabach à [[cause]^ de la guerre 
des sauvages. Il avait laissé dans "ce poste 
plus de treize mille peaux de bœufs appar- 
tenant à la société de feu M. de Juchereau : 
ces peaux dans la suite, faute de soins, furent 
avariées. 

Le I" février on apprit que les Chicachas 
avaient vendu aux Anglais plusieurs familles 
dé Chactas qui étaient allés les voir de bonne 
foi à leur village; que cette perfidie avait 
causé une rupture entre les deux nations, et 
comme il se trouvait alors à la Mobile plus de 
soixante-dix Chicachas de l'un et de l'autre 
sexe, ils furent très embarrassés pour retoul:'- 
ner à leur village, parce qu'ils ne pouvaient 
se dispenser de passer par les terres des 
Chactas. Ils prièrent M. de Bienville de les 
faire escorter par un détachement de troupes; 
ce qui leur fut accordé. M. de Boisbrillant fut 
commandé avec vingt-cinq Canadiens pour 



— 9Ch — 

eette expédition. Il partit le 9 ; arrivé au vil- 
lage des Chactas sur la fin du même mois, les 
chefs de cette nation l'assurèrent qu'ils ne 
s'opposeraient point au retour des Chi cachas, 
mais qu'il était juste de leur reprocher leur 
trahison en présence des Français. Le grand 
chef chacta se mit au milieu d'une place 
avec un plumage et le calumet à la main; il 
invita les Chicachas à venir s'asseoir autour 
de lui pour écouter sa parole , ce qu'ils firent 
le fusil bandé et le couteau à la main. Quand 
le chef des Chactas eut fait placer plus de 
trois mille hommes de sa nation en cercle 
derrière les Chicacha s'il commença par leur 
reprocher leurs injustices et le peu de foi 
de leurs paroles : il dit que si les Français 
prenaient quelque intérêt à eux , c'est qu'ils 
ne connaissaient point toute leur infidé- 
lité; il en conclut qu'il convenait de les 
faire mourir. Il baissa alors le plumage de son 
calumet, qu'il avait touiours tenu élevé : c'é- 



- 9« - )'/«>r 

tait le signal de frapper, ce qui fut exécuté à 
l'instant : il ne resta en vie que les femmes et 
les enfans. Il y eut dans cette occasion plu- 
sieurs Chactas de tués. M. de Boisbrillant fut 
blessé par hasard d'une balle qu'il reçut en se 
retirant; il fut porté par les Chactas sur un 
brancard jusqu'à la Mobile , où il arriva le 
lo mars accompagné par plus de trois cents 
hommes de cette nation. 

Le 20 mars, M. de Ghâteaugué revint de la 
Vera - Cruz avec son traversier charsé de 
vivres. 

Le 10 avril, dix Chicachas arrivèrent sur 
une pirogue venant de ïonica par le jMissis- 
sipi ; ils étaient députés par leur nation pour 
prier M. de Bienville de les réconcilier avec 
les Chactas. 

Le 16 août, on sut qu'il y avait un corsaire 
français en relâche à Pensacole , et que trois 
vaisseaux espagnols venant de la Vera-Cruz 
chargés de vivres, y avaient relâché. On y en- 



#■ 

— 92 — 

voya M, de Châteaiigué, qui en rapporta une 
partie des farines qu'on avait prêtées. 
Septembre 1705. Le 6 Septembre, on apprit par des lettres 
de Pensacole que le Rosaire , vaisseau de 
quarante-six canons , commandé par M. Lan- 
dèche, vice-amiral de l'armadille^ avait péri 
dans le port, à la suite d'un coup de vent qui 
l'avait jeté sur la côte. Don Joseph Guzman, 
gouverneur de cette place, demandait un tra- 
versier pour conduire l'équipage de ce vaisseau 
à la Vera-Cruz. M. de Bien ville le lui accorda, 
sous la condition que M. de Châteaugué y res- 
terait avec son équipage. 

Le 1 8 , M. de Châteaugué revint de Pensa- 
cole sur une felouque. 11 trouva à la pointe 
de la Mobile un petit brigantin de la Marti- 
nique, flibustier qui cherchait à faii^ côte, 
ne pouvant plus tenir la mer. Il avait essuyé 
une tempête par le travers du cap Saint -An- 
toine à l'île de Cuba, et avait été démâté; il 
avait en même temps reçu un coup de mer qui 



lui avait emporté huit hommes avec son gail- 
lard, et enfoncé une partie de son pont. M. de 
Châteaugué lui fit mouiller une de ses ancres, 
et mit son équipage à terre, à la réserve de 
quelques hommes qui restèrent à bord ; il y 
avait dans ce bâtiment quatre-vingt-dix per- 
sonnes tant Français qu'Espagnols, et 72,000 
piastres , que M. de Châteaugué sauva dans sa 
chaloupe , et qu'il porta au fort de la IMobile, 
où l'on conduisit le capitaine de ce bâtiment. 
Le brigantin périt quelques jours après à l'an- 
cre , emporté par un coup de vent. 

Le 10 octobre, M. de Châteaugué partit octobre t: 05. 
dans une felouque avec l'équipage de son tra- 
versier pour se rendre à Pensacole , où son 
bâtiment était en carène aux frais des Espa- 
gnols. Il mit à la voile le 16; il avait pour 
passagers M. de Landèche avec ses officiers , 
et partie de l'équipage perdu. 

Le 16 novembre, deux canots de vovas^eurs Novembre. 
descendirent des Illinois. Parmi eux se trouvait 



— 94 — 

un nommé Laurain , qui avait été dans la ri- 
vière du Missouri. Il rapporta des nouvelles 
confuses de son cours , des nations qui l'ha- 
bitent et des établissemens des Espagnols, fron- 
tière du Nouveau-Mexique. 
Décembre 1705. j^q g décembre, six chefs chicachas vinrent 
soUiciter M. de Bienville de rétablir la paix 
entre eux et les Chactas ; il députa chez cette 
nation trois Canadiens et deux Thomés qui 
devaient ramener les chefs des Chactas. 

Le 18, M. de Bienville réconcilia la nation 
mobilienne avec celle des Thomés; ils étaient 
sur le point de se déclarer la guerre à l'occa- 
sion de la mort d'une femme mobilienne tuée 
par un Tliomé. 

Le 29, M. de Châteaugué arriva dans la fe- 
louque que l'on avait envoyée à la découverte; 
il avait perdu son traversier dans le port de 
l'ile Dauphine, en revenant de la Vera-Cruz, 
mais il avait sauvé les vivres de la cargaison. 
Janvier 1706. l^ ^ janvier 1706, M. Lambert amena 



- 95 - ' / 

un chef chacta; il apporta la nouvelle que 
cette nation avait été attaquée par quatre mille 
sauvages , à la tête desquels étaient plusieurs 
Anglais , et qui leur avaient enlevé plus de 
trois cents femmes et enfans. 

Le même jour, on apprit l'arrivée à Pensa- 
cole de deux vaisseaux espagnols, chargés de 
vivres. 

Le i6, le père Gracio, jésuite, revint des 
Illinois ; il assura que cette nation s'était dé- 
clarée contre les Français, et qu'il avait eu 
beaucoup de peine à s'échapper de leurs 
mains ; il avait été blessé d'une flèche et d'un 
coup de hache sur le bras : sa vie était encore 
en danger. 

Le 2T , plusieurs chefs de Chactas que 
M. Lambert avait laissés en arrière arrivèrent 
avec neuf chevelures d'Alibamons; ils ve- 
naient entendre M. de Bienville, qui les fit 
fumer dans le calumet de la paix avec six Chi- 
cachas qui étaient au fort depuis le 6 du mois. 



-96- 

ils convinrent entre eux de vivre en union et 
d'oublier le passé. 

Février 1706. Le 2 1 février, M. de Boisbrillant, qui était 
parti depuis un mois avec soixante Canadiens 
et douze sauvages alliés , pour entreprendre 
la guerre contre les Alibamons, revint au fort 
avec deux chevelures et un esclave. 

Le 27, il arriva une chaloupe de Pensacole 
montée par don Pedro Garcia Vuinoes, com- 
missaire de sa majesté catholique qui venait 
régler le compte de ce qu'on s'était fourni ré- 
ciproquement. Les Français se trouvèrent re- 
devables de 988 piastres 2 réaux. 
Mars. Le 5 mars, deux Chactas donnèrent avis 

que les Chicachas , malgré la parole de paix 
qu'ils avaient donnée, étaient venus en guerre 
chez eux, et qu'ils avaient enlevé de nuit, 
dans im de leurs villages, plus de cent cin- 
quante personnes; ils demandèrent un secours 
de poudre et de balles, qui leur fut accordé. 

Avril 1706. Le 4 avril , M. de Châteaugué partit pour La 



- 97 - \1(>^ 

Havane avec un traversier sur lequel s'em- 
barquèrent Ie« flibustiers du brigantin perdu 
à la côte. 

Le 28 mai, le gouverneur de Pensacole Mai. 
assista la garnison de la Mobile de quarante 
quintaux de maïs; elle était réduite sans ce se- 
cours à la dernière extrémité. 

Le i3 juin M. de Châteaugué revint de La Juia. 
Havane sur son traversier, de compagnie 
avec la felouque V Aigle , de trente-six canons, 
commandée par M. de Noyan , lieutenant de 
vaisseau, beau-frère de M. de Bien ville, qui 
avait servi de convoi à un brigantin chargé de 
vivres pour la colonie. 

Le 14 août, la frégate Vyiigle et le ^oùt. 
brigantin , dont M. de Châteaugué prit le 
commandement , repartirent pour La Ha- 
vane. 

Le ^5, on apprit que lesïainsas, après avoir 
été forcés par les Yasons et les Chicachas d'a- 
bandonner leurs villages, s'étaient retirés chez 



-98- 

les Bayagoulas^ qui les avaient bien reçus; mais 
que peu de temps après, les T^insas, voulant 
devenir seuls les maîtres du village, avaient 
surpris les Bayagoulas et massacré presque 
toute la nation; punition qu'ils méritaient jus- 
tement, pour avoir détruit , par une pareille 
perfidie, les Mongoulachas , leurs alliés; 

* qu'ensuite les Tainsas, craignant que les Colo- 

pissas , les Houmas et les autres nations amies 
des Bayagoulas, ne voulussent les venger, 
avaient pris le parti de retourner à leur an- 
cien village; mais qu'ils avaient invité aupa- 
ravant plusieurs familles des nations Chitima- 
chas et Yaguénéchitons , habitans des lacs , 
à venir manger le blé des Bayagoulas , et 
que par cette ruse ils avaient surpris plu- 
sieurs de ces sauvages qu'ils avaient emme- 
nés esclaves. 

Septembre i7nfi. Le 6 Septembre, on reçut de M. de Lan- 
dèche un secours de vingt quintaux de légu- 
mes. 11 était arrivé avec un vaisseau de cin- 



— 99 — fyu^ 

quante canons à Pensacole, cliargé de vivres, 
et s'en retourna le 14. 

Le 1" octobre, on apprit par une pirogue c)cioLrcx7o6. 
des Illinois que vingt-deux sauvages hurons 
du détroit, étant allés en guerre sur Arcansa, 
avaient été découverts et surpris : quatre 
avaient été brûlés et le reste massacré. 

Le 19, M. de Châteaugné arriva de La 
Havane avec son brigantin ; il rapporta que 
M. dlberville , avait fait un armement en 
France de dix vaisseaux, trois frégates et trois 
Ailles dans le dessein de prendre la Jamaïque; 
qu'il avait fortifié son escadre, à la Martini- 
que, de près de deux mille flibustiers; mais 
qu'ayant appris que les Anglais avaient été 
informés de son entreprise, et qu'ils avaient 
pris des mesures pour empêcher leurs nègres 
de se révolter , suivant le projet qui en avait 
été fait et concerté; qu'il avait pris les îles de 
Niève et de Saint-Christophe, sur lesquelles il 
avait tiré de grosses contributions; qu'ensuite 



lOO — 

' * il s'était rendu à La Havane, avec huit de ses 
navires, dans l'intention d'y prendre mille 
Espagnols pour s'emparer de la Caroline; que 
la peste qui régnait dans cette île lui avait en- 
levé plus de huit cents hommes, et que lui- 
même en était mort avec M. de Cabaret , ca- 
pitaine de vaisseau , ainsi que plusieurs offi- 
ciers de l'escadre. 

Le 20, on reçut la nouvelle qu'un Anglais, 
faisant la traite et qui avait été pris par les 
Tonicas, avait pour s'en venger assemblé les 
Chicachas, les Alibamons et autres nations 
alliées de la Caroline. Les Tonicas, ne se sen- 
tant point assez forts pour résister, avaient 
abandonné leurs villages et s'étaient réunis aux 
Houmas, qui les avaient reçus avec confiance. 
Dans le temps qu'ils se reposaient sur leur 
bonne foi, les Tonicas les avaient surpris et 
leur avaient tué plus de la moitié de leur 
nation ; ce qui en était réchappé était venu 
sVtablir sur les bords du Bayou Saint-Jean, 



loi — 



'7V. 

qui se jette dans le lac Pontclmrtrain , aux en- 
virons du lieu où l'on a bâti depuis la Nou- 
velle-Orléans. 

Le i"^ janvier 1707, M. Berguier, grand- JanT,c. 1707 
vicaire de monseigneur de Québec , arriva du 
pays des Illinois; il apporta la nouvelle que 
M. Saint-Cosure, missionnaire des Natchès , 
qui descendait à la mer, avait été tué avec 
trois Français par la nation Chitimacba. M. de 
Bienville envoya solliciter par des présens 
toutes les nations du Mississipi de leur décla- 
rer la guerre. 

Le 25, M. de Châteaugué partit dans sou Février, 
brigantin pour retourner à la Vera-Cruz cher- 
cher des vivres. Le 3o, un bateau de La Ha- 
vane chargé de vin des Canaries, et commandé 
par le capitaine Romero, vendit sa cargaison 
à !a colonie. 

Dans le mois de mars, les Parcagoules décla- Mars 
rèrent la guerre à la nation Touacha : M. de 
Bienville les réconcilia ensemble. Dans ce 



J01 



n^7 



même temps les sauvages du Mississipi, qu'on 
avait sollicités de faire la guerre aux Chitima- 
chas , se rassemblèrent. 

Ce parti était composé de vingt Bayagoules, 
quinze Bilanis, quarante Chaouachas, quatre 
Natchitoches et sept Français canadiens ; 
M. de Saint-Denis, qui avait alors quitté le 
service, les accompagnait. Ils battirent les 
Chitimachas et leur enlevèrent dix cabanes. 
Avril 1707. Le 10 avril, un brigantin chargé de vivres, 
arrivé de Pensacole, apporta des lettres de la 
Vera-Cruz, de M. de Châteaugué, qui don- 
nait la nouvelle que M. de Noyan , comman- 
dant la frégate V Aigle y y était mort depuis 
quelques jours. 
Juin. Le 26 juin , on envoya à la garnison de Pen- 
sacole quarante paquets de farine. 
Juillet. I^e 16 juillet, on sut l'arrivée de M. de La 
Riolle à Pensacole, avec un vaisseau chargé 
de vivres; on y envoya M. de Châteaugué, qui 
rapporta une grande quantité de lard en- 



voyé par ordre du vice-roi poui- In gainison 
de la Mobile. 

Le 25 août, on reçut la nouvelle que deux A..ùt i-.;. 
cents sauvages alliés des Anglais étaient allés à 
Pensacole, et qu'ils avaient brûlé les maisons 
qui étaient hors du fort; qu'ils avaient tué dix 
Espagnols et un Français, et fait douze esclaves 
des nations Apalaches et Chactas. 

Le 16 novembre, quelques Touachas arri- «oeuii..o. 
vèrent au fort avec quatre chevelures et un 
jeune esclave de la nation Albika; ils rappor»- 
tèrent que les Alibamons et les Albikas atten- 
daient des Anglais de la Caroline, pour aller 
attaquer le fort de Pensacole, 

Le 20, on vit arriver deux cents Chactas 
avec quatre esclaves et treize chevelures de 
Cahouitas et d'Hiltatamahans. 

Le i[\ , M. de Bienville ayant été informé 
par plusieurs sauvages que Pensacole était 
investi, prit avec lui cent vingt Canadiens 
pour aller secourir cette place \ il y arriva le 



— io4 — 

. 8 décembre ; il trouva que ces ennemis , au 

nombre de treize Anglais et trois cent cin- 
quante sauvages, s'étaient retirés. Ce parti était 
commandé par Jean Cliioux , Anglais qui avait 
commission du gouverneur de la Caroline 
pour cette entreprise. Il ne resta que trois 
jours devant le fort, parce qu'il manquait de 
toutes sortes de munitions. M. de Bienville s'en 
retourna à la Mobile, où il arriva le 19. 

Janvier 1708. Le 9 janvier 1 708 , une balandre française 
venant de La Havane, et chargée d'eau-de-vie, 
de lard et de tabac, prit terre à l'île Dauphine ; 
elle vendit sa cargaison à la colonie. On reçut 
par cette occasion des lettres de M. Jouché, di- 
recteur de la Penta de l'île de Cuba. 11 donnait 
avis de l'arrivée de M. Ducasse à Saint-Do- 
mingue, avec sept gros vaisseaux du roi, 
quelques frégates et flûtes de charge, desti- 
nées à servir de convoi aux gallions. Il annon- 
çait la naissance d'un prince des Asturies , né 
le 27 août 1707. 



Le 24, le gouverneur de Pensacole envoya 
l'avis que le 17 du mois un petit navire fran- 
çais, de quatre-vingts tonneaux, venant de la 
Vera-Cruz, avait relâché dans son port. Ce 
bâtiment avait rencontré par le travers des 
îles du Vent ^Indien et la Renommée , fré- 
gate de quarante canons; le premier chargé de 
familles de l'établissement de l'île à Vaches, 
sur lequel était embarqué M. le comte deChoi- 
seul, nommé par le roi gouverneur général de 
l'île de Saint-Domingue; et la Renommée avec 
une flûte chargée d'apporter du secours à la 
colonie. ; 

Le 28, le chevalier de Plaisance, cppitaine 
d'un vaisseau nantais de vingt-quatre canons, 
arriva de Pensacole dans sa chaloupe , où il 
avait laissé son navire. Il venait de la Vera- 
Cruz, et avait à son bord 5o,ooo piastres. 

Le 10 février, la Renommée j commandée Février 170S. 
par M. Chilez , capitaine de frégate , arriva à 
l'île Dauphine, chargée de vivres. Cet officier 



— io6 — 

' apporta la nouvelle de la mort de M. Demotiis, 

qui passait sur son vaisseau avec une com- 
mission du roi de gouverneur général de la 
province de la Louisiane. Le même vaisseau 
amena M. Diron d'Artaguette avec un de ses 
frères, pour remplir les fonctions de commis- 
saire ordonnateur, avec l'ordre secret de s'in- 
former de la conduite passée de tous les offi- 
ciers , et de les surveiller à l'avenir. Il devait 
s'assurer de Timportance du port, de l'utilité 
dont il pouvait être à l'état en le continuant , 
ou le terminer d'après les nouveaux plans qu'il 
aurait fait passer à la cour. Ce vaisseau em- 
mena aussi trente hommes de recrue pour les 
deux compagnies d'infanterie servant à la 
Louisiane ; et l'on congédia, par ordre du roi, 
tous les Canadiens aux gages de sa majesté. 
Avnii:o8. Dans le mois d'avril, la Renommée partit 
pour la France. 

Dans le reste de l'année 1708 et dans celle 
i;oy. de 1709, il ne se passa rien de nouveau, si 



ce n'est l'arrivée de quelques brigantins de 
la Martinique, de La Rochelle et de Saint-Do- 
mingue, qui apportèrent des vivres et des bois- 
sons dont ils trouvèrent aisément à se défaire. 

Au commencement de 17 10, M. de La ^'"'■ 
Salle, commissaire de la marine , mourut peu 
de tenips après sa seconde femme; c'était, 
comme la première , une fille élevée dans les 
hôpitaux. 

Au mois de septembre de la même année, 
un flibustier anglais, venant de la Jamaïque, 
fit une descente à la tête de soixante hommes 
sur l'île Dauphine, et commit un dégât évalué 
à plus de 5o,ooo livres. 

Dans le mois de décembre, on envoya un 
brisa ntin à la Vera-Cruz chercher des vivres; 
il appartenait à Gâcher, de la Martinique; il 
était commandé par un nommé Bérenger. 

Au mois de mars 1 71 1 , le débordement des Mar, 171; 
eaux inonda l'établissement de la Mobile. 
M. d'Artaguette proposa à M. de Bien ville de se 



»7// 



ro8 — 



transporter à huit lieues au-dessus, à l'entrée 
de la rivière, ce qui fut exécuté. 

Dans le mois de mai, MM. de Paillou et 
Dirou furent chargés d'aller chercher les ap- 
provisionnemens à la Vera-Cruz. 

Mai I7ÏI. Dans le même temps, les Chicachas décla- 
rèrent de nouveau la guerre aux Chaclas, à 
l'instigation des Anglais. Il y avait alors au fort 
de la Mobile trente Chicachas qui furent très 
embarrassés pour retourner chez eux : M. de 
Châteaugué reçut l'ordre de les escorter avec 
trente soldats; il y réussit , malgré les efforts 
des Chactas pour les surprendre. 

sq.te.nbrc. \^^ ^0^5 ^\q septembre, /a Renommée, de 
cinquante-six canons, commandée par M. de 
Remon ville, arriva à l'île Dauphine avec des. 
effets et des vivres pour la colonie.C'était un ar- 
mementdeparticuliers pour lequel le roin'avait 
fourni que le vaisseau. M. de Sainte-Hélène, 
garde de la marine, arriva par !a même occa- 
sion pour servir d'aide-de-camp à son oncle; et 



M. d'Artagiiettc repassa en France sur ce navire, 
au mois de novembre, après avoir pris con- 
naissance du pays et s'être donné bien des 
peines et des fatigues. 11 fut regretté généra- 
lement de tout le monde; c'était un homme 
accompli, entendant bien les affaires et plus 
propre que qui que ce fût à faire réussir l'éta- 
blissement de la colonie. 

Au mois de janvier 17 12, on envoya un tra- Linvicr 171g 
versier chercher des vivres à la Vera-Cruz. Il 
était commandé par M. de Sainte-Hélène. Ce 
bâtiment coula à fond dans la rade de la Vera- 
Cruz. Le duc de Lignarès, vice-roi, qui avait 
remplacé le duc d'Albukerque, était extrême- 
ment porté à obliger les Français ; il fit donner 
à M. de Sainte-Hélène un brigantin avec des 
vivres, disant que le retard apporté à son ex- 
pédition avait été cause de son accident. 

Au mois de mars de la même année , une Mars. 
frégate de Saint-Malo, de vingt-six canons, 
la Sainte-Avoie , commandée par M. de La 



i7>t -..o- 

Vigne-Voisin , relâcha à l'ile Dauphine , après 
avoir tenté de commercer à Touspe. Il avait 
des lettres de recommandation de M. Ducasse 
pour le vice-roi; mais il s'y prit mal, en sorte 
qu'il ne convint avec les marchands que du 
prix et du montant de son emplette, qu'ils de- 
vaient envoyer chercher à l'île Dauphine; mais 
M. de La Vigne-Voisin , impatient de ne la 
point voir arriver , prit le parti d'aller croiser 
pendant quelque temps sur le cap Saint-An- 
toine; pendant ce temps-là, la balandre espa- 
gnole arriva avec l'argent; mais ne le trouvant 
point au rendez-vous, elle s'en retourna à la 
Vera-Cruz. 

Sur la fin du même mois, M. de Bien ville 
apaisa les Alibamons, Alibikas et autres na- 
tions de la Caroline, et les réconcilia avec 
celles qui nous étaient alliées; la paix fat gé- 
nérale parmi les sauvages. 
M.ii r7i3. Au mois de mai lyiS, le vaisseau, le Baron 

de Lafosse, de quarante canons, commandé 



1 1 1 



>ro 



par M. de La Jonquièrc, officier de marine, 
arriva de France avec des vivres pour la co- 
lonie et quatre cent mille livres de marclian- 
dises. Il apporta la nouvelle de la paix con- 
clue à Rastadt. 

Au nombre des passagers était M. de La 
Motte-Cadillac, nommé au gouvernement de 
la Louisiane; M. Duclos, commissaire ordon- 
nateur; M. de Richebourg, capitaine réformé; 
MM. Le Rar et Dirigouin, contrôleur et direc- 
teur de M. Croissat, à qui le roi avait accordé 
le commerce de la Louisiane pour dix années, 
par lettres-patentes du \f\ septembre. Jus- 
qu'alors les fonds pour les dépenses de la co- 
lonie n'avaient pas excédé 5^,475 livres , qui 
se pay.iient en ordonnances sur le trésorier de 
la marine; mais la plupart n'ont pas été ac- 
quittées, et il y en a encore actuellement dans 
la colonie entre les mains des particuliers pour 
plus de 60,000 livres. 



I 12 



Etat des paiemens ordonnés pour V année 17 



1 1. 



Pour les fortifications, à douze ouvriers 

ci 4^480 liv. 

A vingt-trois officiers de marine, 

matelots et mousses 45^72 

Pour la dépense des officiers 

majors 19^988 

Pour le coffre des médicamens. 5oo 

Pour la bougie de la chapelle. . 270 

Pour les présens aux sauvages. 4^000 

Pour l'entretien des compagnies. 27,668 

Total 52,478 

Les fonds de cette dépense se remettaient 
en France à M. Croisât, et M. Duclos, com- 
missaire, avait ordre de tirer sur ses magasins 
à la Louisiane cette somme en marchandises 
et vivres pour l'entretien des troupes; le traité 
portait que les appointemens des officiers se 



paieraient en argent, vivres ou effets, à leur 
choix; les marchandises à cinquante pour cent 
de bénéfice et cent pour cent aux habitans. 

Lors de cette concession , il y avait dans la 
colonie quatre cents personnes, y compris 
vingt noirs ; elle possédait environ trois cents 
bétes à cornes. 

L'objet de M. Croisât était le commerce qu'il ProjetdeCr 

sat sur le ce 

comptait faire avec les Espagnols du Mexique. '"'■'^'^*' 
Son dessein était d'avoir à l'île Dauphine un 
magasin fourni de marchandises avec des bri- 
gantins entretenus pour les envoyer à Pensa- 
cole, Tauspie, Touspe, la Vera-Cruz et la côte 
de Campéche; projet dans lequel il aurait 
réussi, s'il l'avait mis à exécution, et si les 
Espagnols n'avaient pas, depuis la paix, re- 
fusé l'entrée de leurs ports aux Français pour 
satisfaire les Anglais , auxquels ils avaient ac- 
cordé la compagnie de la Sieute par traité du 
16 mars i^iS. 

L'arrivée de M. de La Motte-Gadillac ne pou- 



vait produire qu'un bon effet pour l'établisse- 
ment de la Louisiane , s'il eût voulu agir de 
concert avec M. de Bien ville; mais jaloux de 
l'affection que lui portaient les troupes et les 
nations sauvages, il chercha à le desservir dans 
toutes les occasions; il en résulta entre eux des 
altercations qui occasionèrent dès-lors deux 
partis différens dans la colonie et qui ont 
subsisté jusqu'à présent. 

Au mois d'août, le baron de La Fosse partit 
pour la France. Sur la fin de la même année, 
la frégate la Louisiane, de vingt canons, com- 
mandée par M. Bérenger, s'arrêta à l'île Dau- 
phine: elle appartenait à M. Croisât, qui l'avait 
chargée de vivres pour la colonie; elle partit 
pour la France, le 29 de novembre. 

Le 10 décembre, la plus grande partie des 
chefs chactas et autres nations voisines vinrent 
chanter le calumet à MM. de La Motte et d'Ar- 
taguette. La bonne réception qu'ils leur firent 
porta piusieurs de ces principaux Indiens à refu- 



-,.5- ;/^ 

séries propositions des Anglais de la Caroline. 

Au mois dejanvieri7i4,/a»^W5^*'ce, vaisseau 1714- 
de deux cents tonneaux, périt avec son équi- 
page dans le vieux canal. Il apportait à la colonie 
quatre-vingt mille livres de vivres et de mar- 
chandises. Ce malheur obligea d'envoyer M. de 
Châteaugué, dans un brigantin, à laVera-Cruz, 
où le vice-roi lui permit d'acheter des vivres. 

Au mois d'avril un parti de douze Anglais Avril. 
étant arrivé aux Ghactas, avec deux mille 
-sauvages Alibamons , Albikas , Talapouches et 
Chicachas, ils furent parfaitement bien reçus. Il 
n'y eut de trente villages chactas que ceux de 
Loucha et Echicachae qui s'y opposèrent , et 
sur ce qu^on voulut les forcer d'y consentir, 
ils firent un fort dans lequel ils soutinrent 
plusieurs jours de siège; mais ne pouvant plus 
résister, ils sortirent la nuit de leurs retran- 
chemens, avec un Français qui était avec eux, 
et vinrent se retirer aux environs du fort, où 
ils furent très bien reçus par M. de La Motte. 



— u6 — 

Le 23 août, M. de Saint-Denis partit avec 
trente Canadiens, pour aller prendre connais- 
sance des établissemens des Espagnols, qui 
devaient, suivant les nouvelles qu'on en avait 
reçues, allerétablir des missions dans la pro- 
vince des Lastckas, aux environs de la rivière 
Rouge. 

Sur la fin de l'année 17145 M. Dutisné, en- 
seigne de compagnie au Canada , arriva à la 
Mobile pour le service de M. Croisât. Il ap- 
porta deux échantillons de mines qui lui 
avaient été donnés aux Illinois par des Cana- 
diens qui l'assuraient les avoir tirés aux envi- 
Voyage de La rous dcs Cascachias. M. de La Motte en avant 

Motte - Cadillac "^ 

auxiihnois. £^|^ fairc l'épreuve, et ayant trouvé qu'ils ren- 
daient beaucoup d'argent, prit le parti d'aller 
les visiter , et sans ébruiter son voyage il se 
mit en route pour les Illinois , au commence- 
ment de 1716. A son arrivée, il s'informa des 
Canadiens qui avaient donné à M. Dutisné les 
échantillons , du lieu d'où ils les avaient ex- 



I 

i 



— 117 — 

traits; il fut bien étonné d'apprendre qu'ils 
venaient des Espagnols du Mexique, et que 
c'était par badinage qu'ils avaient dit les avoir 
prises aux Cascachias* 

M. de La Motte ne laissa pas de se faire con- | 

duire aux endroits où on lui indiqua les mines Mines de pion 
de plomb , à quatorze lieues dans les terres de 
la partie à l'ouest du fleuve. 

M. de Bienville, après le départ de M. de La i:i5 
Motte (auquel plusieurs ont cru qu'il avait 
contribué), ayant appris que les Anglais con- 
tinuaient leurs établissemens aux Chactas , 
auxNatchès, Yasous et autres postes du Missis- 
sipi , sentit bien que sans un prompt re- 
mède la colonie allait tomber au pouvoir des 
Anglais. Il envoya chercher les chefs des Chac- 
tas, qui ne vinrent que sur les assurances que 
M. de La Motte était .absent. M. de Bienville 
leur fit des reproches sur leur conduite, en 
leur représentant qu'ils avaient reçu des 
Français leurs principales denrées , et que ce- 



— ii8 — 

pendant ils les trahissaient, en recevant chez 
eux les Anglais, leurs ennemis qu'ils n'a- 
vaient pas réfléchi que les Anglais étaient 
extrêmement éloignés de leurs villages, et 
qu'ils ne pouvaient tirer d'eux que difficile- 
ment les marchandises dont ils avaient besoin, 
et encore qu'il fallait qu'elles eussent passé 
chez des nations sur la foi desquelles ils ne 
pouvaient compter; au lieu que la proximité 
des Français les mettait en état de pourvoir 
avec facilité à leurs besoins. Ces chefs promi- 
rent d'être à l'avenir fidèles et de chasser les 
Anglais; en effet, peu de temps après ils pil- 
lèrent leurs effets et en menèrent trois à la 
Mobile. 

A cette époque, M. Youx {Huchi), officier 
anglais de la Caroline, qui avait passé par 
tous les villages sauvages où il y avait des 
Anglais, se rendit par les terres aux Natchès. 
De là il descendit le fleuve , pour faire alliance 
avec les nations Homma, Bayagoula , Chaoua- 



— if9 — ly/j 

cha et Colaprissa, et poui- sonder l'entrée du ' 
Mississipi. M. de Laloire des Ursins, commis 
de M. Croisât, ayant appris cette nouvelle, 
arma une pirogue de dix Canadiens, avec la- 
quelle il vint rejoindre M. Youx, aux environs 
de Manchac, et l'envoya ensuite à la Mobile; 
peu après son arrivée, M. de Bien ville le fit 
passer àPensacole ; mais ayant voulu se rendre 
seul par terre à la Caroline, il fut tué sur cette 
route par un Thomé qui était en chasse. 

Au mois de juillet, il arriva une pirogue des JuiUei 1715. 
Alibamons , qui amenait un nommé Boutin, 
Canadien, et un Anglais. Ils rapportèrent qu'à 
l'imitation des Chactas toutes les nations sau- Massacre d 

Anglais. 

vages de la Caroline s'étaient soulevées contre 
eux, et avaient non -seulement tué tous ceux 
qui faisaient la traite dans leurs villages, mais 
même ceux du Port-Royal et de plusieurs au- 
tres villages et bourgs qu'ils avaient détruits , 
ainsi qu'une grande quantité de bestiaux; que 
cette révolution avait coûté aux Anglais plus 



I20 



MortdeM.de dc huit ccuts personncs. M. de Sainte-Hélène, 

Sainte-Hélène. 

qui se trouvait alors chez les Chicachas, dans 
la même cabane que quinze Anglais, fut té- 
moin du massacre. Un chef de ces sauvages 
lui avait dit de se mettre à côté et de ne rien 
craindre; mais au moment où il prenait du 
feu pour allumer sa pipe, deux jeunes sauva- 
ges qui s'étaient glissés dans la cabane, le 
croyant Anglais , le tuèrent , au grand regret 
de toute la nation. M. de Bienville , pour pro- 
fiter de cette révolution , envoya des députés 
aux Alibamons , Albikas , Talapouchas et Ca^ 
hoiiitas, pour renouveler l'alliance avec eux, 
et les engager à venir commercer avec les 
Français. 

Les deux villages Conchaques et Tchicachaé 
de la nation Chacta, qui nous avaient été fi- 
dèles, étaient toujours restés aux environs de 
la Mobile, depuis que les vingt-huit villages 
de leur nation les avaient chassés de leur pays, 
pour n'avoir pas voulu recevoir les Anglais 



121 \/l9 

chez eux. M. de Bienville envoya les chefs des 
autres villages , pour leur faire savoir qu'il ne 
voulait point de commerce avec eux, à moins 
qu'ils ne reçussent en paix les deux villages 
Conchaques et Tchicachaé, et qu'on lui en- 
voyât la tête d'Outactachiton, frère du chef 
principal de leurnation, commeayant le plus 
contribué à faire recevoir les Anglais et à 
fomenter la guerre civile. 

L'interprète étant arrivé chez cette nation 
leur exposa sa commission; elle excita un 
grand murmure. Cependant tous les chefs 
convinrent qu'il fallait écouter la parole de 
l'esprit de leur père, et dans l'instant ils firent 
couper la tête du frère du grand chef, et l'on 
donna ainsi une satisfaction entière aux deux 
villages fidèles , qui retournèrent dans leur 
patrie, où ils reçurent les semences et vivres 
dont ils avaient besoin. 

Le 1 5 août, la ûixtQ la Dawphine , capitaine Août 171 
Berranger, amena deux compagnies d'infan- 



122 



lerie , commandées par MM. de Mandeville et 
Bajot, et augmenta les fonds de la dépense de 
la Louisiane de 3ia,ooo liv. par chaque année. 
M. Rogeon , un des passagers , venait relever 
M. Dirigouin , directeur de M. Croisât. 

Dans le même temps, une frégate de La 
Rochelle et un brigantin de la Martinique 
demandèrent à trafiquer de leurs denrées. On 
ne voulut pas les recevoir , M. Croisât ayant 
seul le commerce du pays. 

Au mois d'octobre , M. de La Motte-Cadillac 
revint avec son fils des Illinois; il apporta 
plusieurs pierres métalliques de peu de valeur. 
Au mois de novembre la Dauphine partit pour 
France. 
j^jg Au mois de janvier 17 16, les Charaquis, 
nation considérable dans le nord-est de la Mo- 
bile , tuèrent à dix lieues au-dessus d'Ouabache 
MM. de Ramesay et de Longueil Le père de ce 
dernier, lieutenant de roi en Canada, engagea 
quelque temps après les Iroquois à fondre sur 



cette nation. Ils saccagèrent deux de leurs 
villages, et obligèrent le reste à se retirer du 
côté de la Nouvelle- Angleterre. 

Le lo février, M. de Châteaugué fut en- 
voyé avec un traversier au cap Français cher- 
cher des vivres pour le compte de M. Croisât. 
M. de Boisbrillant s'embarqua avec un congé 
pour passer en France. 

La flûte la Dmiphine avait remis à M. de 
Bienville une commission du roi de comman- 
dant du Mississipi et rivières y affluentes, avec 
ordre de prendre deux des quatre compagnies, 
et d'aller établir les Natchès et Ouabaches; il 
devait faire sa résidence dans ce premier poste. 
M. de La Motte ne voulut lui donner que 
trente-cinq soldats, quoique dans le même 
tempsM.de Laloire des Ursins apportât la nou- 
velle que cinq Français avaient été tués aux 
Natchès, et qu'il n'avait échappé à ce massacre 
que par l'avis d'un chef son ami, qui lui avait 
donné les moyens de se sauver. 



— llli — 

M. de Bienville s'étant rendu avec son déta- 
chement au fort du Mississipi , avec MM. de 
Paillon et de Richebourg, y rencontra dix- 
grandes pirogues que le directeur de M. Croi- 
sât avait fait partir de la Mobile, le t5 du 
mois , chargées de vivres et ustensiles conve- 
nables pour former les établissemens des Nat- 
chès et Ouabaches , qui devaient se faire aux. 
dépens de M. Croisât. 

11 leur ordonna d'aller l'attendre auxTonicas,. 
nation qui était venu^ depuis peu s'établir à 
deux lieues dans le Mississipi, au-dessus de la 
rivière Rouge, à la droite en montant, sur les 
bords d'un lac par lequel le Mississipi avait 
autrefois son cours; il les rejoignit le 12 
mars. Il apprit que les Natchès avaient tué 
deux Français depuis le départ de M. de La- 
loire, et qu'ils avaient arrêté et pillé six Ca- 
nadiens qui descendaient le fleuve en pirogue; 
que ces Natchès venaient d'associer à leurs 
intérêts les Tonicas.Sur ce rapport M. de Bien- 



;// r 



125 

ville envoya son interprète aux Natchès, avec 
ordre de dissimuler la mort des Français et de 
solliciter ces sauvages d'apporter le calumet 
de paix et des vivres. 

Dans cette confiance, dix-neuf personnes, 
parmi lesquelles il y avait cinq chefs-soleils et 
sept chefs de villages vinrent pour se récon- 
lier. Ils amenèrent avec eux les six Français 
qu'ils avaient arrêtés. Conduits dans la tente 
de M. de Bienville, ils lui présentèrent le ca- 
lumet de paix, qu'il refusa, en leur disant 
qu'il voulait , avant de l'accepter , recevoir 
satisfaction des Français qu'ils avaient tués et 
pillés. Ils demeurèrent fort consternés : alors 
le grand-chef du temple baissa son calumet, 
et puis levant les yeux et les bras du côté du 
soleil , il lui fit une invocation afin qu'il portât 
M.deBienville à la clémence; après cette prière, 
qu'il crut efficace , il présenta de nouveau le 
calumet, qu'on refusa encore, en l'assurant 
qu'il n'y avait aucune réconciliation possible 



12.6 

jusqu'à ce qu'ils eussent livré le chef à la télé 
blanche et ses complices meurtriers des Fran- 
çais. A cette proposition , ils baissèrent la tête, 
disant que ce chef était un homme de valeur 
et un soleil comme eux. Sur cette réponse 
M. de Bienville les fit conduire dans une ba- 
raque , où ils furent tous mis aux fers et gar- 
dés très étroitement. 

Le lendemain 1 7 les chefs prisonniers pro- 
posèrent, d'envoyer deux des leurs parler au 
grand-chef leur frère, pour qu'il eût à envoyer 
les têtes des meurtriers; cette demande leur 
fut accordée. Ces députés étant chez eux, un 
de leur nation offrit sa tête , pour sauver celle 
du chef à la tête blanche, s'imaginant que 
les Français ne pourraient pas la reconnaître. 
Mais M. de Bienville, s étant douté de la super- 
cherie, la refusa. Ils lui en apportèrent une 
autre , qui fut pareillement inutile. Il reçut par 
la même occasion une lettre d'un nommé Bour- 
don , Canadien , qui avait été arrêté chez eux. 



— ll'J — 

II donnait avis que six pirogues de ses camara- 
des descendaient le fleuve, et qu'ils ne man- 
queraient pas de se faire arrêter , ignorant la 
rupture avec les Natchès. M. de Bienville en- 
voya une pirogue au-devant d'eux , qui passa 
devant le village sans être aperçue, et qui peu 
après, ayant rencontré les Canadiens, leur 
donna l'ordre de se rendre aux Tonicas. Pen- 
dant cet intervalle, plusieurs Natchès vinrent 
se rendre prisonniers et s'offrir à la mort, pour 
aller servir les soleils, leurs maîtres, en l'au- 
tre monde , si on les faisait mourir. 

M. de Bienville, voulant terminer ces pour- 
parlers, dit aux prisonniers qu'ils ne devaient 
pas douter que le grand chef de guerre, sur- 
nommé le Barbe, frère ou grand-chef, était un 
des meurtriers des Français et celui qui avaitfait 
recevoir les Anglais dans le village; que comme 
il le tenait en son pouvoir, il était le maître 
de le faire mourir; que cependant il n'en fe- 
rait rien, étant venu sur sa parole de paix, à 



'//«T 



— 128 — 

moins que sa nation n'y eût consenti. Sur cette 
proposition, tous les chefs dirent à M. de Bien- 
ville qu'il convenait de s'en défaire, parce que 
c'était un homme turbulent, de mauvaise foi, 
qui avait toujours troublé la tranquillité pu- 
blique. La mort de ce chef, à qui on fit cas- 
ser la tête , avec deux de ses loués ou domes- 
tiques, sans la participation de M. de La Motte, 
rétablit la paix; on y mit la condition qu'ils 
rendraient les effets qu'ils avaient pillés, et 
qu'ils contribueraient à leurs frais à un fort 
de pieux, chez eux, pour la sûreté des Fran- 
çais, ce qui fut exécuté, et l'établissement 
commença au mois de juin; on y laissa M. de 
Paillon pour y commander. 

Le 12 juin, la frégate /« P«î>^ de douze 
canons, commandée par M. Ghapy, arriva 
à l'île Dauphine, pour le compte de M. Croi- 
sât, avec vingt passagers. 

Sur la fin de juillet, le navire la Faix par- 
tit pour la France. 



— 129 — 

Le 25 août, M. de Saint-Denis revint de sa voyage de 

Saint-lJciii» ; 

découverte; il s'était rendu le i5 novembre *""'""''"«' 
1714 aux Assinays entre l'ouest et l'ouest- 
quart-sud-ouest des Natchitoches, sans avoir 
trouvé d'Espagnols, et était parvenu aux Nat- 
cliès, où il avait renforcé sa troupe de cinq Ca- 
nadiens ; il monta ensuite la rivière Rouge jus- 
qu'aux Natchitoches, d'où il se rendit par 
terreaux Assinays; y prit vingt-cinq sauvages, 
avec des chevaux pour les conduire à la mis- 
sion de Saint-Jean-Baptiste, à deux lieues de 
l'ouest de Rio-Bravo, ou rivière du Nord. Le 
capitaine Raimond , commandant de ce poste, 
donna avis au duc de Lignarès, vice-roi du 
Mexique, de l'arrivée de M. de Saint-Denis et 
de son prochain mariage avec sa nièce. Le vice- 
roi kii ordonna d'envoyer M. de Saint-Denis à 
la ville du Mexique, où il arriva le 2 5 juin 
171 5; il y futbién reçu par son excellence, qui 
lui proposa peu après d'accompagner neuf 
religieux qui devaient aller fonder des mis- 



— i3o ■ — 

sionsauxAdayes, Ayches, Nacodolchy, Ynay, 
Nadaco, Assinays et Natchitoches, nations éta- 
blies dans la province de Lastekas. Il partit 
dn Mexique pour cette expédition, le 26 oc- 
tobre de la mérne année, et après avoir sé- 
journé dans la ville et les bourgs deCretenon , 
Saint-Louis de Potosi, Saint-Louis de la Paz, 
Charcas, Sallilles, Boca de Léon , et à la mis- 
sion de Saint-Jean-Baptiste à la rivière du 
Nord, il effectua son mariage. Il se rendit le 
4iuiri 1716 aux Assinays, et le i5 août à la 
Mobile. Au mois d'octobre suivant, MM. de 
Canadirns as- Saint-Dcuis , Graveliue, de Le Ry , la Fren^ière 

sociés pour le 

commerce avec gj Bcaulieu frèrcs, Dcrbanne, tous Canadiens, 

les Lspagnols. 

formèrent une société de commerce. Ils pri- 
rent aux magasins de M. Croisât soixante mille 
livres de marchandises dans le dessein de les 
vendre aux Espagnols du nouveau royaume de 
Léon; ils partirent ensemble de la Mobile 
pour cette expédition le 10 octobre. 
1717. Au mois de janvier 17 ry, M de La Motte 



— i3i — 

envoya un sergent et six soldats jorendre pos- F.iaWisscmfr.t 
session de l'île des Natchitoches , dans la ri-*''" 
vière Rouge, où les Espagnols avaient dessein 
de s'établir. 

I.e 9 mars , deux vaisseaux du roi , h » Dw e hs .^! <AU-r^ 
et le Paon y l'un et l'autre de trente canons, 
commandés par MM. de Godovillo , capitaine ;^<T/>ev«-^ 
de brûlot, et Dusaut-Sentille, lieutenant de 
vaisseau, mouillèrent à l'ile Danphine ; ils 
avaient servi d'escorte à la Paix de douze ca- CTiiiincreieTé 

. par L'lî|>la:ii. 

nons commandée par le sieur ^happy. Ils ame- 
nèrent M. deL'Epinay, qui venait relever M. de 
La Motte dans son gouvernement, et M. Hu- 
bert à la place de M. Duclos, commissaire or- 
donnateur, que tout le monde regretta. Il ar- 
riva aussi trois compagnies d'infanterie , de 
quatre que le roi avait fait lever; il en était 
resté une à La Rochelle, qui devait venir par 
les premiers vaisseaux. Les capitaines étaient 
MM. Aruths de Bonil, de Loze et Gouris. Gin- Hnbitan^. 

M. Du!...nil, 

quante personnes au nombredesquelles,élaient <^''^- 



— iSî — 

MM. Roi , Dnbreuil , Guennot , Trefontaine et 
Massy , associés, vinrent pour se faire habi- 
tans. M. de Bienville reçut à cette occasion la 
croix de Saint-Louis. Ce vaisseau amena aussi 
^, un. jeune frère de M. d'Artaguette. 
Port de l'iie H est remarquable que /e Paon, qui était 

Dauphine bon- 

'''^' entré dans le port de l'île Dauphine , avait 

trouvé dans le chenal vingt-un pieds d'eau; 
que deux jours après, il s'y trouva enfermé de 
façon que la passe s'étant bouchée lout-à-fait, 
on fut obligé de le décharger, et de le faire 
sortir par le chenal de l'île au Grand-Gosier , 
où il n'y a que dix pieds d'eau. Cet événement 
fut d'autant plus singulier que depuis 1699 
que M. d'Iberville en avait fait la découverte, 
il n'y était arrivé aucun changement. Comme 
on manquait de vaches dans le pays, et qu'il 
était utile à l'établissement d'en faire venir, 
JLu<LUyi l'on envoya le Uu&k^, à La Havane , sous 
le prétexte de relâche , mais dans le dessein 
d'y prendre des bestiaux. Le gouverneur de 



'7 \f 
— i33 — 

cette île ne lui donna que trois jours pour ivemei» u 
se rafraîchir. Dans cet intervalle, on fit con- 
duire au vaisseau soixante vaches. Quelques 
Espagnols ayant dennandé ce qu'on voulait 
faire d'une si grande quantité, quelques-uns 
eurent l'imprudence de dire que c'était pour 
les portera la Louisiane; le gouverneur en fut 
informé , et les fit débarquer , à la réserve de 
quinze qui furent tout le secours qu'on tira 
de cette entreprise. 

Dans le mois de juin, les navires le Duales, .-Cf'^aUw 
le Paon et la Paix repartirent pour la France. 

L'arrivée de M. de L'Épinay ne laissa pas 
que de mortifier M. de Bienville et les officiers 
qui étaient de son parti ; le service n'en fut 
point altéré , mais chacim fit ses efforts pour 
renverser son compétiteur. M. de Bienville 
avait pour lui ses services , et sa conduite étant 
irréprochable, il espérait que la cour ne se 
laisserait pas prévenir à son désavantage. 

M. Hubert était un homme capable, propre 



— i34 — 

aux affaires; mais il eût été à souhaiter, 
pour l'avantage du pays, qu'il se fût entendu 
avec M. de Bien ville. Prévenu de l'autorité que 
la compagnie lui donnait , il lui était toujours 
contraire, et cette opposition causa, entre eux 
un dissentiment préjudiciable à l'établissement 
Tivision entre (lu oavs. M. dc Bicn ville, outré de ce que 

Hubert et Bien- i J 7 ^ 

M.Hubert avait poussé l'inimitié jusqu'à écrire 
en France qu'il était pensionné des Espagnols 
pour empêcher la colonie de réussir, ne put le 
lui pardonner. C'est la cause du ressentiment 
qu'il lui marqua dans les occasions qui se pré- 
sentèrent. 
RetourdesCa- Le iS octobrc, MM. Gravcline Derbanne, 

nadiens dans la ' 

rivière du Nord, j^^ Fresnièrc et Beaulieu arrivèrent de la rivière 

du Nord. On a dit qu'ils étaient partis avec 

M. de Saint-Denis, au mois d'octobre 1716, 

dans le dessein d'aller vendre leur emplette 

Relation de dans Ic nouvcau royaume de Léon. Ils arrivè- 

^cur voyage. 

rent aux Natchitoches le 2 5 novembre, et 
vendirent des chevaux; ils partirent le 21 



M\^ 



— i35 — 

décembre, et firent neuf lieuesjusqu'aii 26; ils 
séjournèrent à un des villages Adayes habité 
par trente sauvages. Du 29 décembre au 4 jan- 
vier l'y 17, ils marchèrent dix-huit lieues dans 
un pays abondant en gibier. 

Le 6, ils traversèrent à gué la rivière des 
Adayes, firent du 6 au 12 dix-huit lieues , 
et allèrent coucher au village des Ayèches, 
composé de dix cabanes. Ils y trouvèrent une 
mission espagnole composée de deux pères 
récollets, de trois soldats, et d'une femme. 

Le pays leur parut très beau, coupé de 
prairies arrosées par plusieurs ruisseaux. 

Du 12 au i3 ils firent dix-neuf lieues, et 
couchèrent à la mission de Natchidolchis, où 
ils trouvèrent quatre récollets avec un frère, 
deux soldats et une femme espagnole. 

Du 18 au 21, ils firent neuf lieues jusqu'aux 
Assinays ou Cenis; il y avait deux pères récol- 
lets, un soldat et une femme espagnole; ils y 
séjournèrent. Pendant ce temps-là, M. de 



-r l36 — 

Saint-Denis prit les devans avec quarante 
mille quintaux de marchandises. LePresidio, 
qui était à dix-sept lieues plus loin , vint se 
placer à sept lieues des Assenays. Il avait à bord 
un capitaine, un enseigne et vingt-cinq soldats. 

Le 2'^ niars, ils partirent et traversèrent à 
gué deux rivières qui se forment dans la sai- 
son où les eaux sont hautes; ils firent dix 
lieues , et passèrent la dernière mission des 
Assinays, composée de deux religieux et de 
quelques soldats qui leur fournirent des che- 
vaux de relais. 

Le 23 et le 24 ils firent dix-huit lieues jus- 
qu'à la rivière de la Trinité et s'y reposèrent. 

Du 26 au 28 ils avancèrent de vingt-quatre 
lieues, jusqu'à la rivière des Irrupiens, où ils 
virent quantité de boeufs sauvages. 
Trinité. Le 29, ils traversèrent la rivière, qui a deux 

branches, et allèrent coucher au village de ce 
nom ; il n'a que quinze cabanes de sauvages. 

Du 20 au 8 avril, ils firent trente-six lieues 



- ,37- 

et passèrent à sec la rivière Rouge ou Colorado. 

Ils furent attaqués par soixante sauva<»es à Samt - Déni. 

^ '■ attnqut; j>ar le> 

cheval cuirassés de peaux de bœufs , armés *^"*^8"- 
d'arcs et de lances; leur bonne contenance 
obligea les Indiens à se retirer; mais ceux-ci 
se jetèrent sur l'arrière-garde , enlevèrent 
vingt-trois mulets, dont un était chargé des 
hardes des voyageurs , et emmenèrent une 
mulâtresse espagnole. 

Le 9 , ils firent trois lieues et trouvèrent une 
nation de sauvages errans forte de trente ca- 
banes. Ils y furent très bien reçus. Le 1 1 , ils 
firent six lieues , et passèrent à gué la rivière 
Saint-Marc. 

Le 12, ils traversèrent deux branches de la 
rivière de la Guadeloupe et firent trois lieues. 

Le i3 et le i4, ils avancèrent de treize 
lieues et passèrent à gué la rivière de Saint- 
Antoine, ensuite celle de la Médienne. 

Du i5 au 19 ils firent vingt-sept lieues, jus- 
qu'à la rivière aux Noix. 



— i38 — 

Du 20 au 2 1 ils marchèrent sept lieues, jus- 
qu'à la rivière du Nord à deux lieues à l'ouest 
de laquelle ils arrivèrent au Presidio y ils y 
tiouvèrent un capitaine , un lieutenant et 
trente soldats espagnols. 11 y a dans ce lieu 
deux missions : celle de Saint-Jean-Baptiste et 
celle de Saint-Bernard ; elles sont de récollets; 
leurs maisons, bâties en terre, forment un 
carré qui renferme une place ; c'est là toute 
leur forteresse. Ces missions sont situées à 
deux cent quatorze lieues des Natchitoches 
dans l'ouest-quart-sud-ouest , et par les 29'' 
1 o', ce qui s'entend avec toutes les circonval- 
lations des différentes routes qu'ils ont faites , 
n'y ayant en ligne directe que cent quatre- 
vnigt-deux lieues de chemin. 

Les sieurs Graveline et Derbanne apprirent 
à ce Presidio que les marchandises que M. de 
Saint-Denis y avait conduites avaient été ar- 
rêtées parle capitaine Raimond, commandant 
du poste, et que M. de Saint-Denis était parti 



7 7 



— i39 — 

pour le Mexique le i5 avril, afin d'en deinan- 
der la main-levée. Cette nouvelle leur fit con- 
fier leui's marchandises aux pères récollets ; 
peu-à-peu ils les vendirent à des marchands 
de la Boca de Léon pour un bon prix; l'ar- 
gent allait leur être remis, lorsqu'ils apprirent 
le i^*" septembre l'emprisonnement de M. de 
Saint-Denis au Mexique: ce qui les obligea de S:"nt - Ucm* 

•'■•'• prisonnier. 

partir pour la Mobile, où ils arrivèrent le aS 
octobre 171 7. 

Ils virent sur leur route une mission es- 
pagnole établie aux Adayes sous le nom de 
Saint-Michel-Archange de Lignarès , et fondée 
le 29 janvier 1717 par le révérend père Au- 
gustin Patron de Gusman, religieux-prétre , 
prédicateur de l'ordre des récollets. 

Dans le mois d'août de la même année, il compagnie 

d'Occident. 

se fornoa en France une compagnie de com- 
merce, sous le nom de Compagnie d'Occident, 
dont l'édit fut enregistré le 6 septembre. 
Il y avait alors dans la colonie sept cents 



— i4o — 

personnes et quatre cents bétes à cornes; 
mais on avait toujours négligé la culture des 
terres. La garnison et les habitans ne s'atta- 
chaient qu'à la traite des vivres, des sauvages, 
et au commerce avec les Espagnols de Pensa- 
cole, qui rapportait tous les ans 12,000 pias- 
tres; ce qui avait été très préjudiciable à l'éta- 
blissement du pays et au but que l'on s'était 
proposé, savoir de former des habitations sur 
les bords du Mississipi, de se mettre en état 
de subsister par soi-même, de travailler dans 
la suite aux cultures du labac, de l'indigo, de 
la soie, du riz et d'autres graines, et de fournir 
des mâtures et du goudron pour la consomma- 
tion de la France et de nos îles de l'Amérique. 
Les choses étaient en cet état lorsque cette 
Pays cédé à la compagnie envoya à la Louisiane le Neptune, 

compagnie d'Oc- i o j j- 

la Dauphine et la Vigilante, commandés par 

MM. Arnaudin, Berranger et'Dupuis. Ils arri- 

1718. vèrent à l'île Dauphine le 9 février 1718, et 

amenèrent la compagnie de Bonil, qui était 



cident. 



- i4i — 

restée àl.n Rochelle et dont le capitaine état 
mort dans la traversée. M. de Boisbrillant 
vint par cette occasion avec la commission de 
lieutenant de roi de la province avec 3,ooo 
livres d'appointemens. M. de L'Epinay fut 
rappelé, et M. de Bienville reçut la commis- 
sion de commandant-général avec 6,000 livre?, 
de traitement. M. Hubert fut fait directeur | 

général et reçut 5, 000 livres par an. Ces vais- j 

i 
seaux amenèrent soixante Français avec quel- 
ques effets, mais peu de vivres. Suivant les 
ordres de la compagnie, M. de Bienville en- 
voya prendre possession de la baie de Saint- Etahiissemeni 

de Siiiiit-Josepli 

Joseph avec un détachement de cinquante 
soldats, sous le commandement de M. deChâ- 
teaugué, qui y fit construire un fort dans le- 
quel il laissa M. de Gousy, capitaine de com- 
pagnie. Peu après, le capitaine Roke , Espa- 
gnol , s'y rendit et fit déserter vingt-cinq sol- 
dats, qui se retirèrent à Saint-Augustin de la 
Floride. 



— l/p — 

A cette époque M. de Bienville chercha un 

endroit convenable sur les bords du Missis- 

sipi, pour y placer le comptoir principal. Il 

choisit celui auquel on a donné depuis le 

Choix de la nom de la Nouvelle -Orléans, à trente lieues 

Nouv.-Orleans. 

de la mer, dans le fleuve, par rapport à la 
communication du lac Pontchartrain , par le 
Février 17 18. rujsseau Saint- Jcau. Il y laissa cinquante per- 
sonnes, tant charpentiers que forçats, pour 
défricher le terrein et y construire quelques 
logemens. 

Dans le mois de mars, la Dauphine, le 
Neptune et la Vigilante repartirent pour la 
France. 

Le 28 avril, le vaisseau la Paix arriva avec 

Concession, (jes vivrcs ct soixautc hommes de la conces- 
sion de M. Paris Duvernet, sous la direction 
de M. Dubuisson , qui se plaça à l'ancien vil- 
lage des Bayagoulas et des Moutachas. 

Abandon de Au luois dc mai , OU cuvova relever la gar- 

Saint- Joseph. *^ "^ 

nison de Saint-Joseph, et on abandonna en- 



7'^ 

— i/|3 — 
tièrement ce poste faute de vivres. Peu après Les F.»pagDou 

»'y ('-taljlisseDt. 

les Espagnols y formèrent un établissement. 

Le lo août, la Paix partit pour la France; 
le 2 5, les vaisseaux la Duchesse^ la Victoire 
et la MariCy commandés par MM. de Roussel, 
enseigne de vaisseau, de La Salle, et Chapi 
arrivèrent à l'île Dauphine : ils amenaient 
MM. de Richebourg, chevalier de Saint- 
Louis, Grandval, major de la Mobile, de 
Noyan et de Melèque, lieutenans de compa- 
gnie, de L'Isle-Dumesnil et de La Pattue, en- 
seignes, et Dauril , major de 'la Nouvelle-Or- Août. 

Nouvelles con- 

léans. Il arriva pareillement une quarantaine cf^"'""- 

■* Affliicnce da 

de commissaires avec M. Le Gac, sous-direc- 
teur, aux appointemens de 4,ooo livres, et les 
concessions de M. de LaHoussaye de soixante- 
dix personnes, et de M. de La Harpe, de soixante, 
avec six petites concessions de douze à quinze 
hommes chacune; tous ces passagers avec les 
soldats et les gens de force se montaient à 
plus de huit cents personnes. 



monde d:iDs la 
coîouic. 



- i44 — 

Sur la fin de ce mois, MM. de Grandval et 
de La Paliise se noyèrent à l'île Dauphine. 

Au commencement du mois d'octobre, M. de 

Boisbrillant partit pour aller commander les 

Illinois. Dans le même temps, M. Bernard de 

Départ de La La Harpc s'embarqua avec cinquante eno;a£és 

Harpe po,.r les * ^ ^ ^ ^ 

cado.iK. ^^ g^ concession sur une chaloupe qu'il avait 

fait construire pour aller s'établir au Cododa- 
quiou , sur la rivière Rouge, avec ordre d'y 
établir un poste, et de découvrir les nations 
de ces contrées, qui n'étaient que très impar- 
faitement connues. 

Sur la fin du même mois, les vaisseaux la 
P^icfoire, la Duchesse et la Marie partirent 
pour la France. 

Dans le mois de novembre, plusieurs sol- 
dats de la garnison désertèrent chez les An- 
glais de la Caroline. 
i,,q. Le 17 mars 1719, le comte de Toulouse 

arriva avec cent passagers, au nombre 
desquels était M. de Larchebault, directeur, 



— i45 — 

général aux appointemcns de 5,ooo livres. 

Le 9.4, M. de Saint-Denis arriva du Mexi- RctonrdcSi.- 

Dcnis du Mexi> 

que. On a déjà dit qu'il était parti du Pre-'^"*^' 
sidio du nord le i5 avril 1717 , pour aller ré- 
clamer les effets qui avaient été arrêtés par 
le capitaine Raimond. Il arriva le 3 mai; le 
marquis de Vallero , vice-roi de la Nouvelle- 
Espagne, qui avait relevé le duc de Lignarès, 
le reçut bien et lui fit espérer la main-levée 
de ses marchandises. Peu après , don Martin 
d'Alacorne, capitaine-général de la province 
d'Altekas, apprit au Saltille que M. de Saint- 
Denis avait traversé son gouvernement ; 
fâché de ne l'avoir point vu, il écrivit au 
vice-roi contre lui , le faisant passer pour 
une personne suspecte, et assurant que les 
effets qu'il réclamait ne lui appartenaient pas, 
ce qui engagea le vice-roi à le faire arrêter le 
25 octobre. Il resta en prison jusqu'au mois 
de novembre qu'on rendit un décret à l'au- 
dience royale pour son élargissement sous 



_ ]46 — 

condition qu'il garderait la ville pour prison. 
Il poursuivit ensuite la main-levée de ses ef- 
fets , qui lui fut accordée par un autre décret 
du mois de décembre. Il les fit vendre ensuite 
à de bons prix; mais l'ami auquel il les confia 
en dissipa le produit. Peu après M. de Saint- 
Denis ayant parlé avec beaucoup d'emporte- 
ment contre les Espagnols, et fait parade de 
son crédit sur,q^uelques nations sauvages des 
frontières, le vice-roi, qui en fut averti, prit 
la résolution de le faire arrêter ; mais quelques 
parens de sa femme lui en donnèrent avis, et 
il prit la fuite le 26 septembre j-yiS : il arriva 
aux Natchitoches le a4 février 1719, et à l'île 
Dauphine le 24 mars. 

Le 19 avril, le Maréchal de Fillars et le 
Philippe, commandés par MM. Méchin , en- 
seigne de vaisseau, et Diours, arrivèrent à 
l'île Dauphine avec cent trente passagers , au 
nombre desquels était M. de Sérigny, cheva- 
lier de Saint-Louis, lieutenant de vaisseau. 



— i47 — 

avec commission du roi pour visiter et sonder 

la côte de la Louisiane, et agir pendant son 

séjour daiiis la colonie de concert avec M. de 

Bienville, son frère. Il amena avec lui M. de 

Loire, son fils, garde de la marine. Il apporta 

la nouvelle de la guerre avec l'Espagne, qui 

avait été déclarée en France le 9 janvier x^^ 7 M'^ t? 

sur le refus de sa majesté catholique de signer 

le traité de la triple alliance. Son premier soin 

fut d'assembler un conseil composé de MM. de 

Bienville, Hubert, Larchebault et LeGac , qui 

venait de recevoir sa commission de directeur 

général avec 5, 000 livres d'appointemens. Il y 

fut arrêté qu'on irait attaquer Pensacole, port 

considérable dans Test de l'île Dauphine. On 

fut surpris devoir tenir un pareil conseil sans 

y appeler les principaux officiers de troupes 

plus capables de décider dans un pareil cas 

que les directeurs, peu au fait de la guerre. 

Après cette délibération M. de Bienville se on attaque 

Pensacole. 

rendit à la Mobile, où il assembla quatre cents 



— ,48 — 

sauvages et quelques Canadiens avec lesquels 
Avril, il marcha par terre à Pensacole. M. de Séri- 
gny s'embarqua sur le Maréchal de Villars , 
suivi de deux autres vaisseaux de la compa- 
gnie, et le i4 de mai Pensacole fut investi par 
terre et par mer. 

Les Espagnols ne se virent pas plus tôt atta- 
qués que craignant l'assaut que M. de Bien- 
ville était prêt à donner, Matamoro, gouver- 
neur , rendit la place sans faire de résistance, 
aux conditions que sa garnison serait conduite 
re^d°*'"'°'^ ^^ ^ ^"^ Havane, et que le fort serait exempt du 
pillage; ce qui fut accordé. On envoya à La 
Havane les prisonniers, qui furent embarqués 
sur le Comte de Toulouse et le Maréchal de 
Villars y commandés par MM. de Grieux et 
Méchin , officiers du roi. 

Le 6 juin , le Grand-Duc du Maine et V au- 
rore arrivèrent de la côte de Guinée avec cinq 
cents têtes de nègres; les capitaines étaient 
MM. Laudoin et Herpin. 



— i49 — 

Le 28 du même mois les navires le Saint- 
Louis et la Dauphine, capitaines MM. Colom- 
bier et La Feuille-Brillant, arrivèrent à Pensa- 
cole. Ils étaient chargés de vivres et de mar- 
chandises. M. de La Marque arriva par cette 
occasion, avec une commission de capitaine 
d'infanterie. Il vint aussi trente soldats de re- 
crue avec douze engagés. On fit la faute de 
décharger les deux vaisseaux dans ce lieu , 
quoiqu'on eût dû s'attendre à être attaqué in- 
cessamment par l'ennemi. 

Au mois de juillet, M. Vauchez de La Tar- 
dière, enseigne de compagnie, fut envoyé à la 
Caroline afin d'y réclamer les déserteurs , et 
de tâcher de faire un traité avec le gouver- 
neur de cette province pour nous fournir deux 
mille vaches; mais bien loin d'écouter cette 
proposition, on le fit embarquer sur un brigan- 
tin et passer en Angleterre, d'où il se rendit 
en France. 

Le 5 août, une petite flotte espagnole corn- Août. 



i5o 



posée du Comte de Toulouse et du Maréchal 
de Villars avec quelques balandres et brigan- 
tins, parut devant Pensacole; MM. de Château- 
gué, commandant du fort, de Richebourg, de 
La Marque, et autres officiers qui s'y trouvè- 
rent avec M. de Larchebault', directeur, se 
mirent en état de défer.se; mais la plupart 
des soldats étaient des déserteurs et des faux- 
sauniers qui s'étaient laissé gagner par les con- 
seils du capitaine Rock et de Silvacane , ser- 
gent espagnol , qu'on avait imprudemment 
laissés libres dans le fort après la prise de 
Reprise de Pcnsacolc. Ccttc circoustancc , jointe à une 

Pensacole. 

grande confusion, força M. de Châteaugué de 
rendre cette place le 6, aux conditions les plus 
honorables, après avoir tenté par toutes sortes 
de voies de ramener les soldats à leur devoir, 
et couru risque d'être tué par les plus mutins. 
Le vaisseau la Dauphiiie , qui se trouva dans 
le port, fut brûlé; quelques matelots y péri- 
rent. Cette flottille était commandée par don 



— i5r — 

Alphonse, beau-frère de don Gregorio Giiasso 
(laideron, gouverneur de La Havane, qui, 
sans respect pour les lois de la guerre, s'était 
saisi des deux vaisseaux qui portaient leurs 
prisonniers, et que treize vaisseaux et balan- 
dres, destinés pour une entreprise sur la Ca- 
roline, avaient rencontrés à la hauteur de La 
Havane , et forcés d'entrer dans le port. 

MM. de Châteaugué, de Richebourg, de La 
Marque, avec quelques autres officiers et 
M. de Larchebault furent menés prisonniers à 
La Havane, et Matamoro fut rétabli gouver- 
neur de Pensacole, 

Sur la nouvelle que M. de Sérigny reçut de 
l'arrivée des Espagnols à Pensacole , il marcha 
à son secours avec des troupes et des sauvages , 
mais ayant appris en chemin par des esclaves 
fugitifs la reddition du fort, il s'en retourna, 
prévoyant bien que les ennemis ne borne- 
raient pas là leurs entreprises. En effet, il ne 
lut pas plus lot arrivé à l'île Dauphine, qu'on 



' — iSa — 

eut connaissance d'une flottille de briaantins , 
de balandres et de bateaux. Celui qui la com- 
mandait envoya un officier dans sa pirogue , à 
bord du Philippe, vaisseau delà compagnie, 
commandé par M. Diourse, qui s'était rangé 
tout à terre; il lui apporta la lettre suivante» 

A bord de Notre-Dame de Vigogne, le i^ août 1719, 
à dix heures du matin. 

« Monsieur , je vous envoie mon canot pour 
a vous sommer de vous rendre et de ne faire 
ce aucun tort à votre navire, sans quoi je vous 
a traiterai comme un incendiaire , et ne ferai 
'( quartier à qui que ce soit, pas même à 
« M. de Châteaugué efcà sa garnison qui sont 
a en mon pouvoir, la volonté de mon roi, 
« Filippo Quinto , élant de traiter avec ri- 
if gueur ceux qui seront pris les armes à la 
« main, et avec cordialité ceux qui se ren- 
« dront de bonne grâce, mon intention n'é- 



— i53 — 

« tant autre que de vous assurer que je suis 
« sincèrement , 

« Monsieur, etc. 

« Antonio de Mandita. » 

V 

M. Diourse envoya sur-le-champ l'officier 
espagnol à terre avec son canot; il fut conduit 
chez M. de Sérigny qui se trouva fort offensé 
des termes de cette lettre; il fit connaître à cet 
officier le mépris qu'il faisait de sa rodomon- 
tade. Il y avait pour lors plus de deux cents 
hommes rangés autour de M. de Sérigny , 
bien armés , avec plusieurs savivages parés 
d'ornemens de guerre de différentes cou- 
leurs, qui faisaient paraître par leur conte- 
nance qu'ils n'attendaient que la permission 
d'enlever la chevelure de cet officier; celui-ci, 
s'apercevant de leur bonne volonté , aurait 
souhaité ne s'èlre pas chargé de cette com- 
mission. Pendant ce temps-là on fit passer cin- 
quante soldats à bord du Philippe. 



— i54 — 

Après le départ de cet officier, on se prépara 
à soutenir l'attaque, et à empêcher leur des- 
cente : sur le soir on vit paraître une autre 
balandre qui entra dans la baie de la Mobile ; 
elle nous prit pendant la nuit une chaloupe 
chargée de dix-huit quarts de farine et de treize 
quarts de lard avec son équipage au nombre 
de cinq hommes, parmi lesquels il y avait 
quatre faux-sauniers qui obligèrent le patron 
d'amener ses voiles. Cette balandre nous prit 
encore un bateau plat chargé de trente quarts 
de farine que M. de Sérigny envoyait à 
M. de Bienville , resté seul à la Mobile avec 
cent sauvages , sans vivres et sans boisson ; 
cette balandre alla piller Miragoène , qui est à 
deux lieues de l'île Dauphine, du côté de la 
Mobile , d'où elle emporta pour plus de 
20,000 livres d'effets appartenant à plusieurs 
particuliers qui les y avaient envoyés pour les 
mettre en sûreté. Cette même balandre ayant 
voulu faire une seconde descente poiu- empor- 



— ibb — 

ter le reste de son pillage, M. de Bienville, qui 
y était arrivé avec quinze sauvages, s'y opposa. 
Neuf soldats furent noyés, sept tués, et dix- 
huit déserteurs français faits prisonniers; les 
sauvages les gaiTOttèrent , et les menèrent à 
la Mobile, où M. de Bienville fit casser la tête 
à dix -sept; le dernier fut pendu peu après à 
l'île Dauphine. 

Gomme on était hors d'état d'empêcher l'en- 
trée de la rivière de la Mobile aux ennemis, on 
cessa les envois de vivres , et on ne songea 
plus qu'à défendre l'île : on décliargea les vi- 
vres qui étaient dans le Philippe ; les ennemis 
ne firent aucune démarche jusqu'au iG qu'on 
découvrit deux vaisseaux venant de Pensacole. 
Ils mouillèrent au sud-est de l'île aux Espa- 
gnols. Le 17, ils appareillèrent et vinrent 
mouiller dans la rade. On reconnut le Maré- 
chal de T^illars; l'autre était une frégate an- 
glaise de quatorze canons, appelée /e Santu- 
Chn'stopnse sur les C45tes de file de Cuba. Les 



— i56 — 

balandres s'approchèrent fort près de terre; 
M. de Sérigny fit monter trois pièces de canon 
de douze livres de balles près de l'ancien 
chenal, et plusieurs autres pièces aux endroits 
où les ennemis pouvaient fkire une descente. 
Attaque des Lc iQ, Ics dcux vaisscaux s'approchèrent 

Espngnols sur 

rne i3auphine. ^j^ ]^ pointe ouest de l'île Dauphine et tirè- 
rent plusieurs coups de canon sur le Philippe, 
qui leur répondit de même. Il était secondé 
par la batterie de terre; les ennemis furent 
contraints de se mettre au large; 

M. de Sérigny, avec bien peu de monde 
pour la garde de l'ile , qui a plus de six lieues 
de long, fut obligé, pour ainsi dire, de se 
multiplier partout. On remarqua que les Es- 
pagnols projetaient une descente générale à 
la faveur de leurs vaisseaux, et en effet, ayant 
embarqué dans leurs chaloupes et, profitant 
d'un vent favorable, ils se rendirent à la pointe 
de Guillory, à l'est de l'établissement. M. de 
Sérigny y envoya Trudeau, Canadien, avec 



— i57 — 

ordre d'amener le plus de sauvages qu'il pour- 
rait trouver dispersés dans l'île , pour avertir 
des tentatives des ennemis. Il ne put rallier 
que douze sauvages avec lesquels il attaqua 
les ennemis déjà débarqués au nombre de plus 
de cent. Les cris des sauvages les effrayèrent 
au point que se croyant enveloppés par une 
multitude de ces Indiens, ils s'embarquèrent 
avec confusion, et perdirent dans cette occa- 
sion dix hommes , tant tués que blessés et noyés. 

Le 20 les ennemis firent raine de vouloir 
tenter une nouvelle descente ; mais la crainte 
des sauvages les arrêta , et ils se contentèrent 
d'envoyer à la pointe de Guillory pour faire 
de l'eau; ils y réussirent avant qu'on eût le 
temps de s'y opposer. 

Le même jour il arriva soixante sauvages de 
la Mobile , qui réunis aux soixante de i\L Vi- 
lainville et cinquante Pascagoulas, quinze 
Illinois et Missouris , faisaient ensemble deux 
cent cinq hommes. Il y avait aussi cent qua- 



— i58 — 

torze soldats, neuf officiers, et soixante-dix 
hommes, tant de la troupe des mineurs que 
de celle des cléracs, et environ soixante Cana- 
diens concessionnaires et volontaires; le même 
jour le feu prit aux baraques des soldats dans 
le fort, qui n'était enfermé que de mauvais 
pieux. 

Le 2 1 au matin, les deux navires qui étaient 
mouillés à l'ouest de l'île Dauphine tirèrent 
quelques coups de canon sur le Philippe^ qui 
leur répondit de même soutenu par la batterie 
de terre : sur les huit heures du matin, le vais- 
seau le Maréchal de Villars appareilla après 
avoir tiré quelques volées de canon sur les 
maisons. 
Les ennemis Le 2 2 OU rccounut que Ics ennemis n'avaient 

appareillent et se 

retirent. fait aucunc manœuvre pendant la nuit, et que 

trois balandres et la frégate anglaise avaient 
mis à la voile pour aller à la découverte. 

Le i[\ dans la nuit le Maréchal de Villars 
mit a la voile avec le Santo-Christo. 



— ï59 — 

Le 'iB les balandres en firent autant, et le 
26 on les perdit de vue; elles faisaient route 
du côté de Pensacole. 

Le 28 M. de Sérigny envoya vingt-six sau- 
vages à terre pour examiner le mouvement 
des ennemis, qui n'avaient laissé que deux 
grands bateaux pour croiser sur l'île Dau- 
phine , et donner avis des vaisseaux qui ve- 
naient de France. 

Les Espagnols, en restant si long-temps sur 
nos côtes , donnèrent lieu de croire qu'ils at- 
tendaient leur escadre de la Vera-Cruz. 

Le i^'" septembre l'escadre du roi parut à la Arrivée de m. 

de Cliampmes- 

vue de l'île Dauphine ; elle était composée des ^^^^ '^'"^^ '^'"*^*' 
vaisseaux V Hercule , de soixante canons, sur 
lequel était M. de Champmeslin , et qui avait 
pour capitaine M. de Gouyon; le Mars, de 
cinquante-six canons, commandé par M. de 
Roquefeuille; le Triton, de cinquanterquatre 
canons, par M. de Vienne. Il y avait avec eux 
deux vaisseaux de la compagnie, V Union, de 



— i6o — 

quarante-huit canons , commandé par M. de 
La Mancillière-Gravé , sur lequel étaient em- 
barqués cent quatre-vingt-dix-neuf passagers, 
parmi lesquels étaient MM. de Villardo, di- 
recteur général, aux appointemens de 5,ooo 
livres, et de Constillas, sous-lieutenant d'in- 
fanterie ; et la Marie, flûte, capitaine Cliappy ; 
l'un et l'autre étaient chargés de vivres et d'ef- 
fets pour la colonie. Comme on ignorait qu'il 
dût arriver une escadre, on craignit d'abord 
que ce ne fût la flotte de la Vera-Cruz. Le 
vaisseau VUnion apporta au Cap français 
les ordres du roi à M. de Ghampmeslin , pour 
se rendre à la Louisiane. Le même jour une 
pirogue espagnole vint ranger l'amiral ; on la 
héla et on l'obligea de venir à bord. 11 y avait 
douze hommes qui devaient être envoyés 
de la part du commandant des deux balan- 
dres mouillées alors du côté de l'île au 
Grand-Gosier. M. de Champmeslin avait envie 
de les envoyer prendre par ses chaloupes, 



■'*' 



-^ i6i — 

sur ce qu'on lui l'emontra que ce serait expo- 
ser du monde, ces balandres ayant du canon 
et de forts équipages , il changea d'avis. 

Le 2 MM. de Sérigny, de VillardoetLe Gac, 
directeur, se rendirent à bord de l'amiral, où 
après plusieurs conférences il fut résolu qu'on 
ferait toutes les diligences possibles pour aller 
reprendre Pensacole avant l'arrivée de l'es- 
cadre delaVera-Cruz. En conséquence M. de 
Champmeslin donna ordre que les vaisseaux 
l^ Union et le Philippe seraient mis en état de 
le suivre. Il demanda un renfort de soldats, ses 
équipages étant affaiblis par les maladies. On 
lui donna deux cents hommes , et l'on ne re- 
tint à l'île Dauphine que deux compagnies de 
troupes. 

Le i5 l'escadre du roi mit à la voile et fit on attaque 

Pensacole. 

route pour Pensacole suivie de l^ Union, du 
Philippe et d'un bateau nommé la Marie, qui 
portait des vivres pour les sauvages. 

M. de Bienville partit le même jour dans BienviUe mar 



— 162 — 

cbe par terre unc chaloupe , poiir aller joindre quatre cents 

avec les sauva- 

s^^- sauvages qui l'attendaient à la rivière Per- 

dide. 
^ Il y arriva le 16 au soir , et le 1 7 au matin 

il reconnut l'escadre, et arbora un pavillon 
blanc, qui était le signal que sa troupe était 
bien intentionnée. Il investit peu-à-peu le 
grand fort avec ses sauvages , quelques Ca- 
nadiens et volontaires qui faisaient en tout 
cinq cents hommes. M. de Champmeslin ayant 
vu le signal de terre entra dans le port , après 
avoit fait sonder l'entrée par ses chaloupes. 
Le Mars fut le premier, ensuite V Hercule , 
le Triton, l'Union et le Philippe ; le grand 
fort ne tira point , il n'y eut que le petit et 
les navires qui se défendirent pendant deux 
heures. On accorda le pillage aux sauvages , 
qui s'en acquittèrent en gens qui savent leur 
métier; il n'y eut point de chevelure levée; 
M. de Bien ville avait donné des ordres à ce 
sujet. Il est à remarquer que pendant le combat 



— i63 — 

il avait fait arracher les pieux du fort pour on prend les 
s'en emparer ; mais il sut contenir leur ardeur, 
voulant donner à M. de Champmeslin l'hon- 
neur de cette action. Le pillage fini , M. de 
Champmeslin en prit possession au nom du 
roi, ainsi que des vaisseaux au nombi-e de 
douze, y compris les balandres et les bateaux. 
Il donna le commandement du grand fort à 
M. de L'Isle, lieutenant de vaisseau; il en- 
voya des troupes et deux gardes de la marine 
pour avoir soin de l'artillerie et des-vivrefs, et 
fit passer sur les vaisseaux les prisonniers. 
Don Alphonse , commandant l'escadre espa- 
gnole, présenta son épée à M. de Champmes- 
lin, qui la reçut, mais en même temps il la 
lui rendit, en lui disant qu'il était digne de la 
porter. Matamoro, gouverneur de la place, Réception de 

Matamoro. 

ne fut pas reçu de la même manière ; il fut 
désarmé par un matelot, et M. de Champ- 
meslin lui fit des reproches de son peu de 
courage , ajoutant qu'il ne méritait pas d'être 



— i64 — 

officier de sa majesté catholique. M. de Bien- 
ville vit bien qu'on lui faisait un passe-droit , 
son rang de commandant-général de la pro- 
vince de la Louisiane lui donnant le comman- 
dement de terre, et par conséquent le pou- 
voir de mettre des officiers des troupes de la 
colonie dans les places conquises. Cependant 
il n'en parla point à M. de Champmeslin, dans 
la crainte que cette contestation ne devînt 
préjudiciable au service du roi et de la com- 
pagnie. 

Nous ne perdîmes que six hommes à la prise 
de cette place; les Espagnols, qui étaient au 
nombre de dix-huit cents, les mulâtres et les 
nègres en perdirent davantage. 

On s'était flatté de saisir à Pensacole un 
magasin considérable de munitions de guerre 
et de bouche ; mais on fut bien surpris de n'y 
trouver que pour quinze jours de vivres : c'est 
ce qui détermina M. de Champmeslin à en- 
voyer à La Havane un des vaisseaux espagnols 



— i65 — 

nommé le Saint-Louis , qui devait conduire 
trois cent soixante prisonniers, afin de ména- 
ger les vivres qui y étaient en petite quan- 
tité; ce vaisseau devait demander nos prison- 
niers, et pour leur sûreté on retint les officiers- 
majors tant de terre que de mer. 

Le 18 un brigantin espagnol venant de La 
Havane entra dans le port ; il fut saisi par 
notre escadre qu'il prit pour celle de la Vera- 
Cruz. Il rapporta qu'on croyait déjà toute la 
Louisiane au pouvoir des Espagnols. Ce bâti- 
ment était chargé de maïs, de farine et d'eau- 
de-vie pour la garnison. 

On fit le même jour le procès aux déser- 
teurs français pris avec les Espagnols; de qua- 
rante-sept , il y en eut douze pendus au bout 
de la vergue du Comte de Toulouse , vaisseau 
amiral espagnol, et trente-cinq furent con- 
damnés à servir la compagnie comme forçats. 

Le 4 octobre le vaisseau la Duchesse-de- 
Noailles entra dans le port de Pensacole , 



— i66 — 

après avoir tiré deux coups de canon, signal 
que M. de Champmeslin lui avait laissé au Cap 
Français; ce navire était de la compagnie, 
commandé par M. de Malvan, officier de ma- 
rine venant de Rochefort; il était chargé de 
vivres pour l'escadre, avec un présent de vins 
et autres rafraîchissemens de la part de la 
compagnie pour messieurs les officiers du roi. 
Comme on n'en avait pas besoin , on trouva à 
s'en défaire avantageusement. 

Le i4 octobre on reçut dans le port une 
pinque venant de la Vera-Cruz et de la baie 
Sain t-Joseph, chargée de six cents sacs de farine. 
Ce navire était parti avec une frégate de vingt- 
six canons qui s'était perdue sur un banc aux 
environs de la baie des Apalaches, par un coup 
de vent de sud-est; il ne s'était sauvé qu'un 
seul homme. Il y avait dans cette pinque qua- 
tre-vingt-dix soldats qui ne furent point dé- 
pouillés quoique très bien revêtus d'habits 
uniformes. 



— 167 — 

Le 18, le navire les Deux-Frères ^ capitaine 
Ferret, arriva à l'île Dauphine, chargé de 
vivres. 

Le 20 M. de Champmeslin donna ordre aux 
vaisseaux de se tenir prêts à partir pour le 
lendemain. Le soir il parut une balandre à 
l'entrée du port: l'escadre ayant arboré paviV- 
lon espagnol , elle se laissa tromper par les 
apparences; elle venait delà Vera-Cruz, char- 
gée de vivres ; elle rapporta que la flotte de- 
vait arriver incessamment. 

Le ai l'escadre du roi mit à la mer, au 
nombre de douze navires , après avoir brûlé 
les forts et les maisons. On laissa seulement 
dans ce poste M. Terrisse, sous - lieutenant, 
avec quelques soldats et des sauvages , pour 
avertir en cas de besoin. 

Le 23 l'escadre mouilla au large de l'île 
Dauphine, etle 25 elle partit pour la France, 
suivie Aq V Union y Au. Mai^échal-de-VillarsaX. 
du Comte-de- Toulouse. 



— i68 — 

Le 29 décembre, M. de Bienville reçut 
une lettre de M. Dutisné, des Raskakias, du 
22 novembre 1719, avec la relation de ses 
voyages au village du Missouri, par la ri- 
vière , et par terre des Kaskakias aux Osages 
et Panionassas, l'un et l'autre en 1 719. Il di- 
sait dans sa lettre qu'il avait été obligé de 
relâcher dans son premier voyage chez les 
Missouris, parce qu'ils n'avaient pas voulu 
lui permettre d'aller chez les Paniouassas. Il 
avait observé qu'il y a des Raskakias aux 
Missouris trente-deux lieues; que les eaux 
de cette rivière sont fort troubles , et qu'elle 
est pleine d'embarras de bois, de battures , 
avec de forts courans; qu'elle court jusqu'au 
village des Missouris au nord-nord-ouest , 
après plusieurs détours ; qu'elle est boisée de 
différentes sortes d'arbres; qu'on y voit de 
très belles terres et des coteaux sur roches 
par intervalles ; que du côté de l'ouest du 
Missouri, il y a deux rivières, la rivière Bleue, 



— 169 — 

peu considérable, et celle des Osages, dont 
les villages sont à quatre-vingts lieues au-des- 
sus du coté du sud-ouest , et qui est naviga- 
ble, vingt lieues au-dessus de cette nation; 
que l'entrée de la rivière est éloignée de dix 
lieues de la Bleue et de quarante de celle des 
Missouris ; qu'aux environs des Osages il y a 
des mines de plomb très abondantes et d'au- 
tres de pierres métalliques, dont on n'a point 
encore fait d'épreuve; qu'il y a quatre-vingts 
lieues du village des Missouris à la rivière de 
ce nom : à une lieue de ce village dans le sud- 
ouest on en trouve un d'Osages, éloigné de 
l'autre grand village de la même nation de 
trente lieues. 

Dans la relation qu'il faisait de son voyage 
par terre aux Osages et Paniouassas , il disait 
avoir traversé le Mississi pi jusqu'au ruisseau de 
la Saline , éloigné de deux lieues des Kaskakias, 
et de trente du Missouri; qu'il avait com- 
mencé sa route à l'ouest, et trouvé beaucouj) 



— - 170 • — • 

de montagnes de roc bien boisées; qu'il avait 
passé plusieurs petits ruisseaux dont les eaux 
tombent dans le Mississipi , ainsi que celles de 
Moramet. Suivant son estime, il comptait plus 
de cent vingt lieues de la Saline aux Osages, 
dont le village est situé sur une hauteur à une 
lieue et demie de la rivière qui porte leur 
nom du côté du nord-ouest, et est composé 
de cent cabanes et de deux cents guerriers ; 
que cette nation ne reste à son village que 
comme les Missouris , passant l'hiver à la chasse 
du bœufy très commun dans ces quartiers ; 
qu'on peut y traiter des chevaux qu'ils volent 
aux Panis. Ces sauvages sont bien faits , rusés, 
traîtres et grands coureurs; ils ont plusieurs 
chefs de bande qui sont peu absolus ; il y a 
une mine de plomb abondante à douze lieues 
de leur habitation; ils n'en connaissent pas 
l'usage. Des Osages aux Paniouassas il y a 
quarante lieues dans le nord-ouest, tout che- 
min de prairies et de coteaux rempli de bœufs 



i7r 



— 17 

sauvages; il y a quatre rivières des Osages aux 
Panioussas ; il faut traverser la plus considé- 
rable, qui est une branche des Arkansas rem- 
plie de rapides : les autres rivières se perdent 
dans celle des Osages. Cette branche des Ar- 
cansas est à douze lieues à l'est du village Pa- 
niouassa, situé sur le bord d'an ruisseau sur 
un coteau enfermé de prairies, au sud-ouest 
duquel est un bois qui leur est d'une grande 
utilité. Le village est de cent trente cabanes 
et de deux cent cinquante guerriers ; à une 
lieue au nord-ouest, sur le bord du même ruis- 
seau, est un autre village de la même nation , 
aussi fort que le premier; ils peuvent avoir 
ensemble trois cents chevaux qu'ils estiment 
beaucoup, et dont ils ne veulent pas se dé- 
faire. Cette nation n'est pas civilisée , mais il 
serait facile de l'adoucir en lui faisant quel- 
ques présens. M. Dustiné ajoutait aussi qu'il y 
a plusieurs autres villages Panis du côté de 
l'ouest et du nord-ouest, mais qu'ils sont peu 



— ï^a — 

eonniis. Suivant le rapport des sauvages, il y 
a quinze journées de chemin pour aller au 
grand village des Padoucas ; ils se font une 
guerre à mort. A deux journées des Paniouas- 
sas dans l'ouest-quart-sud-ouest , ils ont une 
saline de sel de roche. M. Dutisné y planta 
les armes du roi 1627 septembre 1719; mais 
il courut risque de la vie ; car cette nation fut 
sur le point de lui casser la tête , à l'instigation 
des Osages qui leur avaient dife qu'il : n'allait 
chez eux que dans le dessein d'y porter la 
guerre et d'y faire des esclaves. Il leur pro- 
posa de les faire passer chez les Padoucas ; ils 
s'y opposèrent, parce que c'étaient leurs en- 
nemis; ils lui dirent que les villages des Mentos 
étaient à sept journées des Osages du côté du 
sud-ouest. 

Par le vaisseau les Deux-Frères, arrivé à 
l'île Dauphine, M. de Châteaugué reçut 
une commission de sa majesté de second 
lieutenant du roi à la Louisiane, M. d'Ar- 



taguette celle d'inspecteur général des trou- 
pes , et de Paillon celle de major-général. On 
eut enfin la nouvelle que les compagnies 
Orientale et de la Chine avaient été réunies à 
celle d'Occident , par édit du mois de mai 
17 19. Cette compagnie, dont un des membres, 
M. d'Artaguette, fut chargé de la régie de la 
Louisiane, donna ordre de transférer le monde 
qui était sur l'île Dauphine au Biloxi , et de là 
dans le Mississipi, aux endroits où on leur 
avait accordé leurs concessions , et de former 
le comptoir principal au Biloxi, ce qui était 
tomber dans le même inconvénient qu'à l'é- 
tablissement de l'île Dauphine, où la plupart 
des personnes arrivées de France étaient 
mortes de misère sur la côte, sans pouvoir 
travailler à la culture des terres, couvertes 
de sables arides. Il semblait à cette époque 
que la confusion et le bouleversement de 
toutes choses avaient fait oublier que l'inten- 
tion de son altesse royale était de cultiver les 



— Ï74 — 

terres dans le fleuve , seul moyen de réussir 
à l'établissement de la colonie. 

Ce vaisseau apporta des ordonnances, con- 
cernant le prix des marchandises à la Loui- 
siane ; ces ordonnances sont du 2 5 avril 
1719; la première règle par un tarif le prix 
auquel elles seront reçues dans la colonie, à 
l'endroit où les vaisseaux feront leur déchar- 
gement; et qu'à l'égard de celles qui seront 
délivrées à la Nouvelle-Orléans, à cinq pour 
cent de plus que les prix portés par les tarifs , 
aux Natchitoches vingt pour cent, aux Nat- 
cliès à dix pour cent , aux Yasons à treize pour 
cent, aux Illinois, aux Missouris à cinquante 
pour cent, et qu'à l'égard de celles qui pour- 
raient avoir été oubliées dans le tarif, elles 
seraient vendues à cinquante pour cent de 
profit. 



— 175 



Ordonnances de la Compagnie d^ Occident qui 
fixent le prix des marchandises qui seront 
reçues des Tiabitans de la Louisiane. 

A Paris, le aS avril 1719. 

Xies directeurs de la Compagnie d'Occident. 



La compagnie ayant, par son ordonnance 
de cejourd'hui, et le tarif y contenu , fixé le 
prix auquel elle entend que les marchandises 
de France soient fournies et délivrées de ses 
magasins aux habitans de la Louisiane, a jugé 
qu'il était en même temps nécessaire de ré- 
gler celui de toutes les marchandises et den- 
rées du criî et traite de cette colonie , qui se- 
ront reçues de ses commis et employés , des 
habitans et sauvages à la culture des terres et 
à l'accroissement du commerce, en fixant les- 
dites marchandises et denrées à un prix assez 
avantageux pour qu'ils puissent y trouver un 



— 176 — 

bénéfice considérable; elle a en conséquence 
ordonné et ordonne, veut et entend que toutes 
les marchandises et denrées provenant du crû 
et traite de la Louisiane, qui seront reçues par 
ses directeurs, commis et employés des habi- 
tans et sauvages dudit pays, leur seront par 
eux payées aux prix suivans : 

Savoir : 

La soie , depuis six jusqu'à dix livres la livre 
suivant sa qualité. 

Le tabac de la meilleure qualité vingt-cinq 
livres le quintal , et l'inférieur à proportion. 

La fleur de farine de froment à quinze li- 
vres Je cent pesant. 

Le froment à dix livres pour cent. 

Le seigle à sept livres pour cent. 

L'orge à quatre livres pour cent. 

L'avoine à quatre livres pour cent. 

Peaux de chevreuils en poils , les grandes 
vingt-cinq sous la pièce. 

Les moyennes, vingt sous la pièce. 



— '77 — 

Les petites à quinze sous la pièce en les li- 
vrant aux magasins de l'île au Vaisseau, du Bi- 
loxi, du fort Louis, delà Mobile et de la Nou- 
velle-Orléans. 

A l'égard de celles qui seront délivrées dans 
les autres postes plus reculés, le prix sera 
diminué en proportion de ce qu'il en coû- 
tera pour les faire descendre au lieu de l'em- 
barquement. 

Peaux de chevreuils repassées sans poils ni 
tête, ni queue, les grandes à vingt sous et 
les moyennes et petites à proportion. 

Peaux de bœufs entières avec tête et queue, 
quatre livres la pièce. 

Peaux de vaches et de bouillon , deux livres 
dix sous la pièce. 

Peaux de castors gras de première qualité, 
trois livres la livre. 

Peaux de castors de sec de bonne qualité, 
trente-quatre sous la livre. 

Le castor payable en lettres sur France à 



— 178 — 

deux mois de vue, à dix pour cent d'escompte, 
au bénéfice de la compagnie. 

Et à l'égard des autres menues pelleteries 
et marchandises du crû de la Louisiane mises 
dans le présent tarif, la compagnie laisse la 
liberté à ses directeurs généraux étant audit 
pays, d'en fixer le prix. 

Leur enjoint au surplus de tenir la main à 
l'exécution de la présente ordonnance , qui 
sera lue, publiée et affichée où besoin sera, 
à ce que personne n'en ignore, et ce pour au- 
tant de temps qu'il plaira à la compagnie, 
car telles sont ses intentions. 

1720. Le 26 janvier 1 720 , M. Benard de La Harpe 
arriva de la rivière Rouge , après avoir établi 
un poste aux Cadodaquious , et fait plusieurs 
découvertes dont voici la relation. 

Il a été dit ci-dessus que vers la fin du 
mois d'août 17^8 il était arrivé à l'île Dau- 
phine, et qu'il en était parti avec cinquante 



— 179 — 

engagés , pour aller sur le haut de la rivière 
Rouge. Il se rendit à la Nouvelle-Orléans, au 
commencement d'octobre, et le lo décembre 
il se mit en chemin avec un détachement de 
troupes, dans deux bateaux plats et trois 
piroffues. Il fit soixante lieues sur le Mississini voyage de La 

^ ^ r Harpe aux Cado- 

jusqu'à l'entrée de la rivière Rouge, située du '^^î""^'^^- 
côté de l'ouest par les trente-un degrés quinze 
minutes de latitude; il avança sur le fleuve de 
soixante-dix lieues dans le nord-ouest , v 
compris les détours de la rivière, qui n'a en 
droite ligne, depuis son entrée, qu'environ 
trente-six lieues jusqu'à la petite île des Nat- 
chitoches; celle-ci a six cents toises de long 
sur trois cents de large. Là est bâti le fort 
par trente-deux degrés trente minutes de 
latitude, à une portée de pistolet delà grande 
terre, et à trente pieds d'une autre île sur 
laquelle sont établies les nations sauvages 
Natchitoches, Dulchionis etYatassés, fortes 
ensemble d'environ deux cents personnes. Il 



— i8o — 

tfonva dans ce poste M. Blondel, lieutenant 
de compagnie , pour commandant, et le frère 
Manuel, récollet de la mission des Adayes , 
éloignée de neuf lieues de cet établissement. 
Il y apprit que don Martin de Larconne , 
commandant de la province de Lastekas, 
était retourné du côté de la rivière du nord, 
après avoir établi plusieurs missions , et un 
poste à une baie qu'il nomma de Spiritu 
SanctOy aux environs des rivières de la Gua- 
deloupe et de Saint-Marc, et qu'il devait se 
rendre incessamment aux Assinays pour en- 
voyer établir les Cadodaquious. Sur cette nou- 
velle M. de La Harpe, voulant prévenir les Es- 
pagnols sur cet établissement, partit des Nat- 
chitoches le 6 février, et après une naviga- 
tion très difficile et très pénible , il arriva aux 
Nassonitas le ai avril 17 19; il avait fait cent 
cinquante lieues dans le nord-ouest depuis les 
Natchitoches , et souffert extrêmement des 
embarras des bois, des hauts-fonds et de la 



— 1»! — 

force des courans. Les sauvages de ces can- 
tons, qui sont les Nassonitas, Cadodaquious, 
Natsoos, Natchitoches et Yatassés, informés 
de sa venue , lui avaient préparé un repas de 
viande et de poisson boucané, auquel ils 
l'invitèrent avec les officiers de sa troupe. On 
garda un profond silence, selon la coutume 
de ces sauvages de ne faire aucune question 
à leurs hôtes, jusqu'à ce qu'ils soient reposés 
ou qu'ils parlent les premiers. Instruit de cette 
politesse sauvage, il attendit que chacun eût 
mangé , après quoi il fit dire à ces nations que 
le grand chef français, pour lequel il portait 
la parole, ayant appris les guerres que leur 
faisaient les Chicahas, l'avait envové demeu- 
rer chez eux avec des guerriers dans le des- 
sein de les protéger contre les ennemis. Le 
chef des Cadodaquious , qui était un vieil- 
lard vénéré , et le plus éloquent harangueur 
de sa nation, prit la parole : il exposa au 
peuple que le temps était venu de changep 



— l82 — 

leurs pleurs en allégresse ; qu'il était vrai que 
la plupart de leurs compatriotes avaient été 
tués ou faits esclaves par leurs adversaires; 
qu'ils n'étaient plus qu'un petit nombre, mais 
que l'arrivée des Canouches (nom qu'ils don- 
nent aux Français) empêcherait leur entière 
destruction; que leurs ennemis devenant leurs 
alliés ne leur feraient plus la guerre; qu'il en 
fallait rendre grâces au grand esprit, dont la 
colère était apaisée, et assister de tout leur 
pouvoir ces nouveaux hôtes; qu'ils savaient 
par expérience que les Naouïdiches et autres 
nations errantes leur avaient donné la paix, 
depuis l'arrivée de quelques-uns de ces guer- 
riers (ils voulaient parler de M. de La Salle) 
venus du côté du midi, il y avait plusieurs 
années; il parla ensuite de ceux de leur na- 
tion qui avaient été tués , et dit à cette occa- 
sion des choses si touchantes que tous ces In- 
diens fondaient en larmes. Après que le chef 
eut cessé de parler, M. de La Harpe s'informa 



— i83 — 

des établissemens les plus proches des Espa- 
gnols et des nations sauvages qu'ils connais- 
saient. Ils l'assurèrent que dans la partie du 
sud, à cinquante lieues de distance, était la 
nation Madaco, éloignée de dix lieues de celle 
des Assinays qu'ils nomment Amédiche; que 
dans l'un et l'autre de ces villages , les Espa- 
gnols étaient établis ; mais qu'on ne pouvait y 
aller par terre que dans les eaux basses , parce 4i 

qu'il y avait une rivière à passer, laquelle 
inondait un fort grand terrein , et que c'était 
par-là même que les guides qu'il avait de van- j 

ces étaient arrivés à son village; que du côté 
de l'ouestrquart-nord-ouest, à soixante lieues 
sur les bords de la rivière Rouge à la droite 
en montant, il y avait plusieurs nations er- 
rantes en guerre contre celle des Panecy aux 
environs desquelles les Espagnols avaient des 
établissemens; que dans le nord de leurs vil- 
lages, à quatre-vingt-dix lieues de distance, 
il y avait une puissante nation sur le bord 



— i84 — 

d'une grande rivière qui leur était peu con- 
nue. 

Il est à remarquer que les sauvages ne se 
trompent jamais lorsqu'ils montrent la partie 
du monde où demeurent les nations qu'ils 
connaissent, et que, les relevant avec une 
boussole , on est certain de l'aire de vent où 
elles sont situées; mais à l'égard des distances, 
il est difficile de les savoir, parce qu'ils comp- 
tent par journées de chemin, qui sont sou- 
vent de dix lieues, et quelquefois plus ou 
moins, selon les.expéditions qu'ils ont à faire. 

Le 27 avril, M. de La Harpe alla visiter un 
terrein à dix lieues au-dessus de la cabane 
du chef des Nassonites sur les bords de la ri- 
vière où la nation Natsoos était autrefois éta- 
blie. Il trouva la situation magnifique, les 
terres exhaussées , les prairies belles et ferti- 
les ; il aurait fixé dans ce lieu son établisse- 
ment, et y aurait fait construire le fort, sans 
l'éloignement des sauvages qui devaient lui 



— i85 — 

fournir sa subsistance ; la direction de la Loui- 
siane ne pouvant lui donner un seul quart de 
farine, il fut forcé d'acheter du chef des Nas- 
sonites sa cabane et son terrein , situé à la gau- 
che de la rivière, à un demi-quart de lieue, 
dans les terres. 

Les Cadodaquious étaient à cette époque 
établis à deux lieues au-dessous des Nassoni- 
tes, et les Natsoos et les Natchitoches à trois 
lieues au-dessus à la droite de la rivière. Ces 
nations sont dispersées dans des déserts, snr 
des terreins défrichés, et ne forment entre 
elles aucun village ; étant éloignés les uns des 
autres, ils disent que leurs ennemis ne peu- 
vent pas les détruire tous à-la-fois ; cette mau- 
vaise politique a été cause de leur destruction. 
Dix ans auparavant ces quatre nations étaient 
nombreuses , mais elles ne comptaient plus 
alors que quatre cents personnes, y compris 
quelques familles des Yatassés, qui sont venues 
s'établir avec elles : leur village était aupara- 



— i86 — 

vant situé à cinquante-six lieues au-dessus des 
Natchiloches sur les bords de la rivière Rouge ; 
mais les Chiacas les ayant détruits presque 
tous, le reste se réfugia chez les Natchitoches 
et chez les Nassonites. 

Le terrein de ces contrées est plat; mais à 
une demi-lieue de la rivière il y a des coteaux 
avec de vastes prairies. Les terres sont noires , 
quoique sablonneuses; au bord de la rivière 
elles sont bonnes pour la culture du maïs et 
autres grains, du tabac, de l'indigo et du 
coton ; il est à croire que le froment et l'orge 
y viendraient parfaitement bien. On y sème 
du petit blé au mois de mars; la récolte s'en 
fait au mois de juin. Le gros maïs se sème en 
avril et se récolte en juillet. 

Les bois ordinaires sont des cyprès rouges , 
des pins et des copalmes, des bois blancs, des 
saules, des frênes, des ormes, des chênes, 
desfonteaux, des lauriers rouges et blancs, 
des noyers et des pacaniers, dont la noix est 



— 187 — 

très bonne, des mûriers et des plaqueminiers; 
ce dernier porte un fruit semblable à la nèfle, 
mais d'un meilleur goût; on s'en sert pour les 
djssenteries : les sauvages les font boucaner, 
afin de les conserver , et en forment des pains 
plats; il y a des pruniers dont les fruits ne sont 
pas mauvais; il y a trois espèces de vignes, 
qui, cultivées, donneraient de bons raisins. 
Les prairies sont remplies de fraises, de cham- 
pignons, de ciboules et de pourpiers sauva- 
ges. 11 est à remarquer que tous ces arbres et 
fruits se trouvent généralement à la Louisiane , 
et que l'on y voit partout plus ou moins des 
bœufs, des ours, des cerfs, des biches , des 
chevreuils, des lièvres, des lapins et autres 
bétes fauves, ainsi que des dindes, des oies, 
des canards, des cygnes, des perdrix des deux 
espèces, des vanneaux, des ramiers et tour- 
terelles, et une grande quantité d'étourneaux, 
d'oiseaux de proie et de cardinaux, dont le 
plumage est très estimé en Europe. Les Espa- 



_ — i88 — 

gnols sont les premiers qui en ont apporté du 
Mexique. Il est remarquable que ce n'est que 
l'hiver que la chasse y est abondante. 

M. de La Harpe, ayant fixé son étabhsse- 
ment sur le terrein du chef des Nassonites, 
situé, suivant son observation , à la latitude de 
33° 55', à quatre-vingts lieues de distance des 
Natchitoches en droite ligne , fit travailler soa 
monde à la construction d'un logement qu'on 
devait enfermer de pieux; les sauvages l'aidè- 
rent dans ce travail. 

Le i6 décembre 1718, M. de Bienville lui 
avait remis une lettre pour don Martin^ d'AU 
larconne , de la Nouvelle-Orléans; il prit le 
parti de la lui envoyer aux Assinays par Saint- 
François, caporal de la garnison, qui parlait 
plusieurs langues sauvages. Il se servit de la 
même occasion pour écrire à ce commandant 
la lettre suivante : 



- i89 — 

«Monsieur, 

« Je me suis chargé avec plaisir de la lettre 
«que j'ai l'honneur de vous envoyer de la part 
« de M. deBienville, commandant-général de 
« la province de la Louisiane. En me confiant 
(f ce poste des Nassonites, il m'a recommandé 
a de rendre lous les services qui dépendraient 
« de moi à la nation espagnole; je puis vous 
« assurer, monsieur, que j'exécuterai ses or- 
« dres avec joie, n'ayant rien plus à cœur que 
a de vous témoigner en toute occasion que 
« personne n'a l'honneur d'être plus parfaite- 
« ment que moi, monsieur, etc. » 

M. de La Harpe, ayant été chargé par la 
compagnie et la direction de la Louisiane, de 
travailler à l'ouverture du commerce , avec les 
Espagnols de ces cantons, il crut que pour y 
parvenir il fallait mettre dans ses intérêts le 
père Marsillo , supérieur des missions de Las- 
tekas; à cet effet il lui écrivit en ces termes : 



« Le récit que l'on m'a fait de votre révé- 
« rence,'et la vénération parfaite que j'ai pour 
a votre ordre, m'engage à vous écrire, pour 
« vous offrir mes services dans ces cantons, 
« où je commande pour le roi mon maître. 
« Notre proximité me fait désirer de vous 
« voir et de vous être utile; il ne dépendra pas 
« de moi que je n'aille dans peu aux Assinays 
« vous demander votre amitié , et vous pro- 
« poser une correspondance qui puisse être 
« avantageuse à vos missions, La conversion 
« des païens doit faire l'attention des bons 
« chrétiens; je sais que les secours sont néces- 
cc saires , pour se mettre en érat de leur prê- 
« cher l'évangile, et de les ranger sous l'éten- 
« dard de la croix. Votre ferveur est grande, 
« mais vous avez besoin d'assistance. Touché 
« de ces réflexions, je vous offre un moyen 
« d'y parvenir; écrivez à vos amis du Nouveau- 
« Mexique et de Boca de Léon, qu'ils trouve- 
«Vont aux Nassonites ou aux Natchit'oches les 



« marchandises d'Europe dont ils auront be- 
« soin ; je réglerai avec eux des prix , et l'on 
« vous donnera deux ou trois pour cent sur la 
« vente qui sera faite. Voilà, mon révérend 
« père, un juste moyen d'établir vos missions 
« avec solidité. Vous savez qu'il y a beaucoup 
« de personnes qui sont dans la nécessité des 
« marchandises, et que l'éloignement de l'Eu- 
« rope ne leur permet pas d'en avoir. Vous y 
« pouvez remédier charitablement. Recevez 
« donc , mon révérend père , les offres d'un 
K cœur véritablement dévoué à votre révé- 
« rence , dans lesquelles la charité a plus de 
« part que tout autre intérêt. » 

Le 12 mai , un chef des Nassonites assura à 
M. de La Harpe qu'il y avait des pierres mé- 
talHques dans les montagnes du côté du nord, 
à quarante lieues de distance, et s'enga^^ea à 
l'y conduire. Le trajet n'était pas sans diffi- 
cultés , car on craignait sur cette route la ren- 
contre des Hanachons. Il prit avec lui trois 



-^ 192 — 

soldais , et six de ses engagés, avec lesquels il 
se mit en chemin. Les deux premiers jours 
leur guide fut brave; mais le troisième quel- 
ques pas d'homme qu'il rencontra le décon- 
certèrent tout-à-fait ; il fallut user de menaces 
pour le faire avança' de quelques lieues. Arri- 
vés dans de vastes prairies , à la vue des mon- 
tagnes, ils aperçurent de la fumée; alors il ne 
fut plus possible de rassurer le conducteur; 
rien ne put l'engager à ks mener plus loin. 
Ils prirent le parti de s'en retourner la même 
nuit. Ils perdirent deux chevaux au piquet, 
et sans la bonne garde qu'ils firent, ils au- 
raient été surpris par un parti composé d'O- 
sages. 

Le 20, M. de La Harpe envoya un détache- 
ment faire du sel à une source d'eau salée , 
éloignée de l'établissement de dix lieues du 
côté du nord-nord-est. 

Le 4 juin, il fit partir à cheval MM. Mustel 
etDurinage, avec six soldats et quelques sau- 



vages chargés de présens pour les nations de 
la partie de l'ouest qu'ils pourraient décou- 
vrir ; il leur donna des instructions sur la ma- 
nière dont ils devaient se comporter s'ils ren- 
contraient des établissemens espagnols. 

Le 6 le caporal qu'il avait envoyé aux As- 
sinays arriva avec les chefs de la nation Na- 
daco. Il lui apporta une lettre de don Martin 
de AUarconne, et une autre du père Marcillo. 
La première était ainsi conçue : 

« Monsieur, 

« Je suis fort sensible aux honnêtetés que 
a vous et M. de Bienville me faites la grâce de 
« me témoigner. Les ordres que j'ai du roi 
« mon maître sont d'entretenir une bonne 
« union avec les Français de la Louisiane. Mon 
« intention me porte également à leur rendre 
« tous les services qui dépendront de moi; 
« mais je ne puis m'empécher de vous dire 

i3 



— 194 — 

« que votre arrivée aux Nassonites me sur- 
« prend très fort. Il faut que M. votre gouver- 
« neur ignore que le poste que vous occupez 
«appartient à mon gouvernement, et que 
« toutes les terres situées à l'ouest des Nasso- 
« nites sont de la dépendance du Nouveau- 
ce Mexique. Ainsi je vous conseille d'en donner 
« avis à M. de Bienville, ou vous m'obligerez 
« de vous forcer d'abandonner des terres sur 
« lesquelles les Français n'ont pas le droit de 
« s'établir. J'ai l'honneur d'être, etc. 

« De la rivière de la Trinité, ce ao mai 17 19. » 

La lettre du père Marcillo était datée des 
Assinays du i[\ mai; la voici : 

« J'avais appris , monsieur, par nos sauva- 
« ges, votre arrivée aux Nassonites; et, suivant 
« la relation que notre frère des Adays m'avait 
« faite de vous, je souhaiterais avoir l'honneur 
« de vous connaître ; soyez persuadé que je 
« rechercherai votre amitié ; la correspondance 



— ig5 — 

« que vous meproposez se trouvant fondée sur 

« des principes de charité et d'estime, je l'ac- 

« cepte avec joie. J'écrirai âmes amis, suivant 

« vos intentions. Mais , comme il ne convient 

« pas à un religieux de se mêler de commerce, 

« il est à propos que notre correspondance 

« soit secrète, d'autant plus que nous ne som- 

« mes pas fort en société avec don Martin de 

« Allarconne; mais je ne crois pas qu'il reste 

« long-temps dans cette province; il y a plu- 

f( sieurs plaintes contre lui; il n'a pas, dit-on, 

a exécuté les ordres du vice-roi, et on l'ac- 

« cuse d'avoir peu ménagé les sauvages. Soyez 

« sûr, monsieur, de la considération parfaite 

« que j'ai pour vous, etc. » 

Le 8, les chefs de la nation Nadaco, après 
avoir chanté le calumet , s'en retournèrent 
chez eux; M. de La Harpe donna la lettre sui- 
vante , pour faire tenir à don Martin d' Allar- 
conne. 



— 196 — 

a Monsieur, 

« Les ordres que vous avez reçus du roi 
« catholique d'entretenir l'union avec les Fran- 
« çais de la Louisiane, et l'inclination que 
« vous dites avoir pour eux, ne s'accordent 
« point avec votre procédé. Permettez-moi de 
« vous dire que M. de Bienville est parfaite- 
« ment instruit des limites de son gouverne- 
« ment , et sait très bien que le poste des Nas- 
« sonites n'est point de la dépendance de sa 
« majesté catholique. 11 sait même que la pro- 
« vince que vous nommez das Lastekas, et 
« dont vous vous dites gouverneur, fait partie 
« de la Louisiane. M. de La Salle en prit pos- 
«ï session au nom du roi très chrétien en l'an- 
* jiée 1684, et depuis ce temps elle a été re- 
c nouvelée en divers temps. A l'égard des terres 
« de l'ouest des Nassonites , je ne puis com- 
« prendre par quel droit vous prétendez qu'el- 
« les fassent partie du Nouveau-Mexique. Ce 



— '97 — 

« que j'ai à vous représenter à ce sujet est 
« que don Antoine de Miroir, qui a découvert 
a en i683 les provinces du nord, n'a jamais 
« pénétré dans les terres de l'est du Nouveau- 
« Mexique et de Rio Bravo. Ce sont les Fran- 
ce çais qui les premiers y ont fait alliance avec 
« les nations sauvages. Joint à cela qu'il est 
« naturel de croire que les rivières qui af- 
a fluent dans le Mississipi appartiennent au 
« roi mon maître, et par conséquent les ter- 
(( res qu'elles enferment entre elles. Si vous 
« me faites le plaisir de venir dans ces quar- 
« tiers, vous verrez que j'occupe un poste 
a que je sais conserver, 

« J'ai l'honneur d'être , etc. » 

Le 1 3 le chef des Canicons arriva avec six 
sauvagres : leur demeure est sur les bords de 
la rivière des Arcakas Arkansos, à une jour- 
née de Touacaro, et autres peuples qu'on croit 
être les Mentos. Les Nassonites et autres na- 
tions de ce canton témoignèrent beaucoup de 



— igS - 

joie de cette arrivée; c'était la première fois 
qu'ils venaient chez eux. Ils leur chantèrent 
le calumet, et leur firent plusieurs présens. 

Le 2/i , un sauvage Dulchionis venant des 
jXatchitoches donna avis aux Nassonites que 
les Français étaient en guerre avec les Espa- 
gnols , et que les chefs de son village l'avaient 
envoyé pour les solliciter à se déclarer pour 
les Français. Ils répondirent qu'ils ne vou- 
laient point se mêler de ces différends; que 
si l'on venait attaquer leurs hôtes, ils pren- 
draient leur parti. 

Le 29 juillet MM. Miistel et Darivage re- 
vinrent de leurs découvertes avec deux sau- 
vages de la nation Quidehaïô. Ils rapportèrent 
cju'à soixante lieues dans l'ouest-quart-nord- 
ouest des Nassonites aux environs de la ri- 
vière Rouge, ils avaient rencontré une partie 
errante des nations Quidehaïô, Nahouidiches, 
Joyan , Huanchané, Huané etTancayoié, qui 
les avaient reçus parfaitement bien. Les sau- 



— • '99 —• 

vages venaient de détruire un parti de la na- 
tion Cancey, composé de onze villages établis 
vers la source de la rivière Rouge, où les Es^ 
pagnols ont des établissemens et des mines 
en exploitation ; suivant leur rapport , dans 
les eaux hautes on peut aller chez eux par la 
rivière. Oa leur fit plusieurs présens , et on 
les engagea à venir s'établir auprès des Nasso- 
nites, où ils trouveraient, en formant village 
et en semant du maïs, plus de secours et de 
commodités qu'en restant errans , exposés à 
manquer de nourriture et à rencontrer leurs 
ennemis à la chasse des bœufs. Ces peuples 
n'ont point de demeures fixes; comme ils sont 
au nombre de deux mille personnes, ils se 
dispersent par cantons, et forment leurs 
cabanes de peaux de bœuf entrelacées comme 
du parchemin. La nation Touacaro leur est 
alliée , ainsi que celle des Quiohuan établie à 
deux lieues dans les terres à la gauche de la 
rivière Rouge, à soixante-huit lieues à l'ouest- 



200 



quart- sud ouest au-dessous desNassonites.Ces 
peuples sont braves, ils ont presque toujours 
l'avantage sur leurs ennemis, quoique infé- 
rieurs en nombre. Les Tancarsyes sont les plus 
renommés : ils ont une guerre cruelle avec 
les Cancey, et se mangent les uns les autres , 
sans épargner les femmes ni les enfans. Les 
Cancey, dont un des principaux villages est 
celui des Quirireches , ont de très beaux che- 
vaux; les Espagnols leur donnent des sabres ,. 
mais point d'armes à feu. Il est à croire que sans 
cette politique la conquête de l'Amérique leur 
eût été plus difficife; et il serait à souhaiter 
que les Anglais de la Caroline et les Français 
de la Louisiane eussent suivi cette maxime : 
ils ne se trouveraient pas dans la dure néces- 
sité d'armer des nations inconstantes, qui doi- 
vent toujours leur être suspectes. 

Le i^^ août le caporal qu'on avait envoyé 
aux Assinays arriva avec les chefs de cette na- 
tion , qui venait assurer de leur neutralité , 



aoi 



malgré la rupture avec les Espagnols. Ils don- 
nèrent la nouvelle que M. Blondel, comman- 
dant des Natchitoches , avait chassé et pillé les 
pères rccoliets de la mission des Adays , 
quoique ces religieux fissent les fonctions 
d'aumôniers aux Natchitoches. Ce caporal s'é- 
tait peint en sauvage, et était resté à la ca- 
bane du chef du village, jusqu'au départ des 
Espagnols , qui s'étaient retirés du côté du 
village de la Trinité. 

M. de La Harpe, n'ayant rien à craindre des 
Espagnols, crut qu'il était du bien de la com- 
pagnie d'aller découvrir les nations qu'on lui 
avait signalées du côté du nord-ouest , et de 
faciliter par ce moyen l'entrée du Nouveau- 
Mexique, en faisant alliance avec les sauvages 
voisins de cette province ; il se servit pour 
cette entreprise de deux Quidehais et Na- 
houidiches qu'on lui avait amenés , auxquels 
il joignit un Nassonite, deux officiers, trois 
soldats, dont un parlait la langue du pays. 



a02 



deux engagés et deux nègres ; et le 1 1 août, 
il se mit en chemin avec douze* chevaux char- 
gés en partie de vivres et de marchandises. Il 
fit jusqu'au 21 du même mois quarante-neuf 
lieues par de beaux pays , des coteaux et des 
prairies abondantes en gibier. Il trouva sur cette 
route trente sauvages natsoos en chasse depuis 
dix jours ; ils avaient tué quarante-six bœufs 
et vaches, et s'en retournaient dans la crainte 
d'un parti de guerre osage dont ils avaient 
aperçu le feu. Cette nouvelle alarma les gui- 
des , et l'on fut près de s'en retourner. 

Le 22 nos voyageurs passèrent plusieurs 
coteaux et prairies et une petite rivière qui 
serpente beaucoup, et qui va tomber au-des- 
sous des Cadodaquious dans la rivière Rouge. 
Ils entrèrent ensuite dans une belle prauie, 
enfermée de montagnes de la même chaîne 
qui conduit aux mines situées près de la saline 
des Illinois: elle peut avoir dans cet endroit 
trente lieues de largeur du nord au sud , et 



— ao3 — 

aux couleurs des terres et marcassites qu'ils y 
trouvèrent, ils jugèrent qu'il pourrait s'y ren- 
contrer des métaux. Ils firent dix-huit lieues 
jusqu'au 26, qu'ils rencontrèrent un parti de 
vingt-cinq Osages qui approchèrent d'eux à la 
demiportée de fusil. Leurs guides voulurent 
s'enfuir, mais on leur représenta que s'ils pre- 
naient la fuite ils s'en trouveraient mal, n'y 
ayant que les Français qui pussent les tirer 
d'affaire, ce qui les engagea à rester; ils firent 
pour lors bonne contenance, et les Osages 
parurent avoir dessein de les attaquer; ?.I. de 
La Harpe prit la résolution d'avancer à eux, 
avec trois soldats de sa troupe, dont l'un par- 
lait différentes langues; le parti ennemi, sur- 
pris de leur hardiesse , leur présenta à fumer, 
en signe de paix, et leur fit entendre qu'ils 
étaient leurs amis. On leur donna quelques 
présens, ce qui les engagea aies laisser passer, 
sans faire de mal à leurs guides. 

Le 37, ils firent six lieues, et traversèrent 



204 — - 

un beau pays où ils aperçurent quantité dé 
bœufs et de chevreuils. Ils entrèrent après 
dans une montagne aride à la descente de la- 
quelle ils trouvèrent plusieurs cabanes dont 
les feux étaient encore allumés. Les guides 
ayant remarqué de la fiente de chevaux , don- 
nèrent avis que ce pouvait être un parti de 
Cannecy. Comme cette nation ne leur aurait 
pas fait un meilleur parti qu'à leurs sauvages , 
et qu'il y avait à craindre de tomber entre leurs 
mains , ils se tinrent sur leurs gardes. Ayant 
avancé une lieue et demie, ils traversèrent un 
lac sur des radeaux où deux de leurs che- 
vaux se noyèrent. Le soir un sauvage naoui- 
diche qui était à la découverte, les ayant 
reconnus pour des alliéâ, vint dans leurs 
cabanes les avertir qu'il fallait se défier 
d'un parti de soixante Canecy qui rôdaient 
dans le pays ; qu'à six lieues plus loin le 
grand-chef de sa nation était campé sur les 
bords de la rivière des Ouatchitas, avec 



2o5 

quarante guerriers qui allaient au Tonacaro. 

Le 28, ils firent trois lieues, et passèrent 
une belle prairie coupée de collines et de bos- 
quets ; ils rencontrèrent une grande quantité 
de bœufs suivis d'une multitude de loups, 
qui ne sont pas à beaucoup près aussi grands 
et aussi méchans que ceux de France. 

Le 2g, ils firent encore trois lieues jusqu'à 
la rivière des Ouatchitas, qui n'avait que deux 
pieds d'eau; ils trouvèrent sur ses bords le 
parti Noaouidiche, qui était occupé à bou- 
caner des lions; c'est un animal de la gros- 
seur d'un cheval, mais moins long; il aie poil 
roux, les jambes minces et le pied fourché. 
Sa viande est blanche et délicate : cette dé- 
couverte se trouve conforme à ce que M. de 
Bienville avait entendu dire des sauvages. 

Le 3 1 , ils se mirent en route avec les Naoui- 
diches, et firent six lieues, jusqu'à une rivière 
qui n'est qu'une division de celle des Alkan- 
sas; ils y trouvèrent deux ou trois pièces 



— 2o6 

d'eau, et une grande quantité de rochers. 

Le i*^^ et le i septembre, ils avancèrent de 
quinze lieues par des prairies et coteaux où 
ils rencontrèrent plusieurs mines de plomb 
et des morceaux de cristal de roche. 

Le 3, ils firent six lieues, et trouvèrent le 
chef des Touacaros, accompagné de six autres 
chefs de nations qui venaient à leur rencon- 
tre j avertis de leur approche, ces chefs firent 
dire à M. de La Harpe par un Naouidiche qui 
parlait la langue nassonite , que la nouveauté 
de voir dans leur pays une nation inconnue 
ne laissait pas que de les surprendre, mais 
que la franchise avec laquelle on venait leur 
faisait croire que c'était dans le dessein d'être 
amis; que sur ce pied, ils voulaient bien les 
recevoir comme frères. M. de La Harpe leur fit 
répondre que le grand-chef de sa nation l'a- 
vait envoyé pour les assurer de sa protection 
contre leurs ennemis; qu'ils trouveraient dans 
cette alliance l'avantage de se rendre recom- 



mandables à toutes les nations dont la plus 
grande partie reconnaissait ce chef pour le 
leur; que son intention était qu'ils fussent tous 
en paix, étant leur père commun; que s'ils 
suivaient sa volonté, on leur donnerait les 
marchandises dont ils auraient besoin , et des 
armes à feu afin de pourvoir plus commodé- 
ment à leur subsistance. Ces chefs avaient ap- 
porté du pain de maïs et des viandes bouca- 
nées; ils régalèrent les voyageurs, et les fi- 
rent ensuite monter sur des chevaux qu'ils 
avaient amenés pour se rendre à leurs villa- 
ges : le pays qu'ils traversèrent était uni; à 
une portée de fusil de leurs habitations , ils 
virent un bois clair, et un beau ruisseau au- 
dessus duquel était le village sur des coteaux, 
le long des bords de la rivière des Alkansas , 
qu'ils nomment Imaham, à la latitude de 37° 
45', éloigné des Nassonites de quatre-vingt- 
neuf lieues en ligne droite dans le nord-nord- 
ouest. Les chefs qui avaient accompagné 31. de 



La Harpe lui firent mettre pied à terre à cent 
pas de la cabane du chef Tanacaro , où deux 
chefs le portèrent dans une attitude assez gê- 
nante, ayant le visage tourné contre terre; ils 
le posèrent ensuite sur une robe de peau de 
bœuf, où les principaux Indiens vinrent for- 
mer un cercle autour de lui, et chacun lui 
prit la main en signe d'amitié. Ces nations sont 
les Tanacaros, Toayas, Cannouches, Adecos, 
Onsitas, Ascanis,Quatalons,Quirasquiris, One- 
chas ; on croit que ce sont les Mentos. Ils peu- 
vent composer ensemble quatre mille person- 
nes, et ne font qu'un village, dont les cabanes 
se touchent en courant de l'est à l'ouest dans 
la plus belle situation qu'on puisse voir. Ils 
^ont alliés des Panionassa, cantonné au nord, 
à quarante lieues de distance. Quoiqu'ils soient 
en paix avec les Osages, ils s'en défient. Cette 
nation est située dans le nord-est à quarante 
lieues. Ils sont aussi alliés avec les nations er- 
rantes établies sur le haut de la rivière Rouge, 



— 209 — 

mais ils sont clans une guerre continuelle avec 
les Canecey , les Padoucas et quelques-uns des 
villages Panis ; ils connaissent les Aricaras éta- 
blis du côté des Cancés dans le Missouri. 

Suivant le rapport des anciens de la nation , 
il y a une nation blanche (Espagnols du Nou- 
veau-Mexique) qui fait commerce de métaux 
avec quelques villages padoucas, situés dans 
l'ouest-nord-ouest, à quinze journées de che- 
min; mais ils vont rarement de ce côté à cause 
de leurs ennemis : ils s'arrêtent à des monta- 
gnes qui fournissent du sel de roche. Ils assu- 
rèrent pareillement que dans les hautes eaux 
la rivière était navigable aux environs de Pa- 
niouassa , beaucoup au-dessus de leur village ; 
mais ce qu'il y a de particulier, c'est qu'au- 
cune de ces nations ne se servait de pirogue ; 
elles n'en connaissaient pas encore l'usage. 

Le 4 du même mois, ces peuples chan- 
tèrent le calumet de paix à M. de La Harpe. 
Il s'y trouva plus de cinq mille personnes, y 



2IO 



compris partie des nations errantes; les chefs 
Tayas et Ascanis, vieillards de soixante-dix 
ans , faisaient la cérémonie de celte fête ; ils 
maniaient le plumage avec une grande adresse. 
Dans une harangue, ils exposèrent l'avantage 
qu'ils trouveraient dans l'alliance avec les 
Français, relativement aux marchandises qu'on 
leur apporterait ; qu'ils avaient à faire à une 
nation généreuse et guerrière, qui n'appré- 
hendait point les ennemis sur la route, quoi- 
qu'en petit nombre ; ainsi que chacun s'em- 
pressât à les bien recevoir et à leur apporter 
beaucoup à manger , afin qu'ils ne s'en re- 
tournassent point le ventre vide. Après ce dis- 
cours tous les chefs et les habitans les plus 
considérés de ces nations racontèrent leurs 
prouesses, et firent le dénombrement des 
chevelures qu'ils avaient enlevées , ou pour 
mieux dire des assassinats qu'ils avaient com- 
mis. M. de La Harpe, fatigué d'une cérémonie 
qui ne devait finir que le lendemain, et pen- 



'21 I 



tlant laquelle ces sauvages ne discontinuaient 
ni leurs chants ni leurs danses, prit le parti 
d'aller se reposer et de laisser un de ses com- 
pagnons de voyage à sa place. 

Le 5 au matin , les chefs vinrent le repren- 
dre au lieu où il était couché j il est à remar- 
quer que quelques-uns d'entre eux l'avaient 
veillé toute la nuit , et avaient chassé avec un 
plumage d'aigle les mouches qui pouvaient 
l'incommoder, lis le portèrent de nouveau sur 
leurs épaules au calumet qui se chantait sous 
un appentis qu'on avait préparé et couvert de 
feuillages , à cause de l'ardeur du soleil. Ils lui 
lavèrent la tête , les pieds , les mains et l'esto- 
mac , lui peignirent le visage de bleu et de 
rouge , et lui mirent sur la tête un bonnet de 
plumes d'aigle ; après quoi ils continuèrent 
leurs harangues et leurs chants; ensuite ils 
jetèrent à ses pieds plusieurs robes de bœufs 
passées avec de la cervelle de ces animaux, et 
lui firent pareillement présent de plusieurs 



112 



morceaux de sel de roche, de panis, de tabac, 
et de pierres vertes et bleues; ils y ajoutèrent 
un jeune esclave canecy du village de Quiri- 
reoche , âgé de huit ans , auquel on avait 
mangé un doigt de chaque main ; le chef 
Toayas lui dit qu'il était fâché de n'avoir que 
cet enfant à lui présenter; que s'il était arrivé 
à son village une lune plus tôt, il lui aurait 
donné dix-sept esclaves de la même nation 
qu'ils avaient mangés dans une fête publique. 
M. de La Harpe lé remercia de sa bonne vo- 
lonté, regrettant de n'être pas venu assez à 
temps pour sauver la vie à ces infortunés. Il 
aufait pu , en les renvoyant chez eux, faire 
alliance avec leurs nations. 

Le dessein de M. de La Harpe était de lais- 
ser en ce lieu trois de ses gens, jusqu'à ce que 
le conseil de la Louisiane eût décidé sur l'éta- 
blissement qu'il convenait d'y faire ; mais il 
changea de sentiment , quand il sut que ces 
gens quittaient leur village au mois d'octobre 



— Cil 3 — 

pour aller à la chasse du bœuf, et qu'ils ne 
revenaient que dans le mois de mars pour 
semer le mais, les fèves et les giraumons, 
dont ils se nourrissent pendant l'été. Les terres 
de ces cantons sont noires, légères et très fer- 
tiles; le pays est découvert, les prairies sont 
élevées et propres à la culture du froment et 
de toutes sortes de graines; on y trouve du 
romarin , et c'est le seul endroit qui en pro- 
duise. Ces sauvages cultivent le tabac, qu'ils 
apprêtent en pains plats , après l'avoir pilé ou 
écrasé entre deux pierres. La chasse y est 
abondante non-seulement en bœufs, en ours, 
en chevreuils, mais encore en dindes, ca- 
nards et autres oiseaux; la rivière fournit 
de très bon poisson dans les hautes eaux. 
Elle n'avait alors que deux ou trois pieds 
de profondeur , mais la quantité de ro- 
chers dont elle est remplie rend la naviga- 
tion très difficile au-dessus de ces villages, 
en sorte qu'on ne peut l'entreprendre que 



2l4 — • 

depuis le mois de mars jusqu'au mois d'août. 

Ces nations élèvent de très beaux chevaux 
qu'ils estiment beaucoup; ils ne pourraient 
s'en passer à la chasse et à la guerre. Ils leur 
façonnent des selles et des brides à la ma- 
nière espagnole, et ils les caparaçonnent de 
la même peau , qui suffit pour les garantir des 
flèches ; ils se servent aussi de pare-flèches ^ 
espèce de bouclier , et de vestes de même 
cuir apprêté, qui leur sont d'une grande dé- 
fense. Leurs cabanes sont hautes, bâties de 
terre et de roseaux , formant un dôme ; cha- 
que chef de nation a ses armes peintes sur un 
morceau de cuir au-dessus de sa porte ; elles 
représentent la lime, le soleil, les étoiles et 
différens animaux; ce qu'il y a de particulier, 
c'est que toutes ces nations parlent diverses 
langues, quoiqu'elles ne fassent qu'un seul 
village. 

Le chef Tanaraco est le plus respecté; il a 
le privilège de prendre pour femmes celles 



• — 2l5 

des autres villages qui lui conviennent le 
mieux; il mange ordinairertient seul, et se 
fait servir par les plus considérés de sa na- 
tion ; les plats dont ils se servent sont faits de 
roseaux, mais si bien travaillés que l'eau n'y 
peut pénétrer. Ces sauvages en général sont 
mieux faits et plus spirituels que ceux du 
Mississipi ; mais la fertilité de leur pays les 
rend paresseux et libertins. Les femmes ont 
les traits du visage assez réguliers, et elles sont 
plus adonnées aux plaisirs que les bommes. 
Pendant le séjour des Français dans leur vil- 
lage , elles ne discontinuèrent pas de leur ap- 
porter des plats de fèves et de maïs, apprêtés 
avec de la moelle de bœuf et de la viande. 
Elles semblaient se disputer à qui donnerait 
le meilleur mets. Elles étaient charmées de 
voir les deux nègres de M. de La Harpe auxr 
quels elles faisaient des avances ; les hommes 
auraient souhaité qu'ils vinssent demeurer 
chez eux. 



2l6 

Le 18, M. de La Harpe futinvité par le chef 
des Canicons à un festin qu'il donnait dans 
son village , situé à deux lieues au sud-est 
des Tanaraco. Sur les bords de la rivière , il 
trouva plusieurs chefs conviés qui lui témoi- 
gnèrent beaucoup d'amitié. On leur servit plu- 
sieurs grands plats de maïs et de fèves , ac- 
commodés différemment avec des viandes; le 
chef de cette nation lui porta à la bouche trois 
petits morceaux de viande, après lui avoir 
lavé les mains et le visage. 11 fit la même céré- 
monie aux chefs des autres nations : après le 
repas, il partagea en plusieurs lots ce qu'il y 
avait de viande qu'il donna à chacun. 

La nation des Canicons est peu nombreuse ; 
elle se compose à peine de dix familles. Elle 
habite une plaine très fertile : à l'égard de leur 
croyance en général, il a paru qu'ils avaient 
de la vénération pour le serpent , et qu'ils re» 
connaissaient un grand esprit qu'ils adoraient 
sous différentes formes. 



— 217 — 

Le lo, M. de La llarpe fit planter dans leur 
village une croix , et plaça auprès un poteau 
sur lequel étaient gravées les armes du roi, 
sans inscription , et fit à ces nations un pré- 
sent de la valeur de mille livres en différentes 
marchandises. 

Le i5, il partit avec sa troupe, pour re- 
tourner aux Nassonites ; il arriva le i 7 à la ri- 
vière des Ouatchitas où il attendit jusqu'au qi 
ses guides qui étaient restés au village, ce qui 
l'obligea à faire partir trois de ses gens pour 
les aller chercher; ils revinrent avec un sau- 
vage naouidiche qu'ils avaient engagé par des 
présens à leur montrer le chemin jusqu'au- 
delà des montagnes; leur guide les avait quit- 
tés pour suivre des femmes avec lesquelles 
il était en débauche. 

Le i^'" octobre, ils furent surpris par un 
parti de cinquante Canecy ; ils n'eurent que le 
temps de se sauver avec leurs chevaux, aban- 
donnant tous leurs bagages, car ils n'étaient 



pas en état de leur résister , le peu de poudre 
qui leur restait étant mouillé; leur guide, 
alors à la chasse, ne put les rejoindre, en 
sorte qu'ils furent contraints de marcher à la 
faveur de leur boussole ; ils s'égarèrent dans 
les montagnes où ils souffrirent beaucoup, et 
furent obligés de vivre de leurs chevaux, et 
de revenir à pied à l'habitation : ils y arrivè- 
rent le i3 octobre. 

Le 27, M. de La Harpe partit pour se rendre 
à la Nouvelle-Orléans par la rivière. Il arriva 
le 21 novembre au portage des Natchitoches, 
éloigné de ce poste de vingt-cinq lieues par 
terre, et de quarante-cinq par les lacs; la ri- 
vière étant alors basse , il ne put faire de che- 
min par terre; son état de maladie l'en empê- 
cha. Il détacha quelques Français pour aller 
chercher des sauvages de la nation Adaye, car 
il manquait de vivres, et n'avait pour toutes 
provisions que deux livres de mais pour six 
personnes. Il resta dans cette situation jus- 



/72^ 



— 219 — 

qu'au 4 décembre qu'il reçut plusieurs de ces- 
Indiens , parmi lesquels se trouvaient les plus 
fameux jongleurs ou sorciers : ils firent leurs 
efforts pour lui donner du soulagement; ils 
l'avaient trouvé à la dernière extrémité , et 
sans connaissance. Comme il était extraordi- i 

nairement enflé, ils le sucèrent en plusieurs 
endroits du corps, et lui tirèrent par ce moyen 
une très grande quantité de sang; deux jours 
après, ils le transportèrent au lac sur un bran- 
card ou civière à bras, et s'embarquèrent sur 
une pirogue. Ils firent dix lieues de cette ma- 
nière, et ensuite ils le portèrent de nouveau 
avec des peines incroyables, jusqu'aux Nat- 
chitoclies , où il arriva le 10 du même mois.. 
Il s'y rétablit un peu , et en partit le 3 janvier 
suivant pour la Nouvelle-Orléans, où il arriva ! 

le 26. 

Dans le commencement de cette année 1 720, chicariiHs dé- 
clarent la guerre 

les Chicacbas , à la sollicitation des Anglais de à la sollicitation 

' '=' des Anglais. 

la Caroline, déclarèrent la g^uerre aux Fran- 



220 



çais. Ils la commencèrent par le massacre de 
M. de Sordeval, enseigne de compagnie, qui 
se trouva en traite chez eux. Plusieurs Fran- 
çais, au nombre desquels étaient MM. Paquer 
et Toutard , se sauvèrent de quelques-uns de 
leurs villages; ils furent aidés dans leur fuite 
par un chef de cette nation. 

Le a8 février, l'escadre du roi, commandée 

par M. de Saujon , arriva à l'île Dauphine: 

Arrivée de plu- elle était composée des vaisseaux l' Achille, 

sieurs Français '■ 

i.itai'r ^''^ '"" ^^ soixante-deux canons, commandeparM.de 
Laujon ; le Content y de soixante, par M. de 
Rocliambeau ; le Mercure , de cinquante-six 
canons , par M. de Gabaret. Ils étaient envoyés 
pour secourir la colonie, et favoriser son 
commerce ; ils amenèrent deux cent quatre- 
vingt-huit passagers, et servirent de convoi à 
la Mutine , commandée par M. de Martonne, 
enseigne de vaisseau , et au Duc de Noailles , 
par M. Coûtant, l'un et l'autre chargés de vi- 
vres et d'effets pour le compte de la compa- 



2'i I 



gnie ; ils amenèrent cleux cents passagers au 
nombre desquels étaient plusieurs filles de 
l'hôpital général de Paris. 

Le 29, par des lettres que M. de Boisbrillant 
envoya des Illinois , on apprit qu'il avait placé 
l'établissement à huit lieues au-dessous du 
village de Caskakias sur le bord du Mississipi. 

Le 2 5 avril, le conseil ôta leurs emplois à 
MM. d'Avril, major de la Nouvelle-Orléans, et 
du Val-de -Terre, capitaine de compagnie. A 
cette époque, les directeurs en avaient le 
pouvoir, et les nominations d'officiers se fai- 
saient par eux ; M. de Bienville n'avait que sa 
voix; mais la circonstance la plus singulière, 
c'est que ces messieurs assistaient au conseil de 
guerre. Le même jour M. deNoyan fut nom- 
mé pour commander à la Nouvelle-Orléans, 
à la place de M. d'Avril , en sorte qu'il se 
trouvait commander plusieurs capitaines de 
compagnie , qui y étaient en garnison , quoi- 
qu'il ne fût ilors nue lieutenant (.l'infanterie. 



111 



Le 4 lïîai, l'escadre du roi, commandée par 
M. de Saujon et la Mutine repartirent pour 
la France. M. de Villardo, directeur, s'em- 
barqua sur V Achille , pour aller rendre 
compte à la compagnie de l'état de la colonie. 
Ce directeur avait paru fort attaché à M. de 
Bienville. 

Le 4 juin? le vaisseau le Duc de Noailles , 
sur lequel s'embarquèrent MM. de Val-de Terre 
et de Bourmont , retourna en France. 

Le 8, les vaisseaux du roi l'Amazone , de 
quarante canons , et la Victoire , de trente , 
» commandés par MM. deVilliers et deLa Jaille, 

capitaine et lieutenant de vaisseau, arrivèrent 
à File Dauphine, avec ordre d'aller croiser 
sur la côte de La Havane , pour favoriser le 
passage des vaisseaux de la compagnie ; ils 
avaient servi de convoi à la Driade , chargée 
de vivres et d'effets , arrivée à l'île aux Vais- 
seaux , le 20 du même mois. 
Trêve avec (^5 uavircs apportèrent la nouvelle de la 

l'Espagne. *■ ' 



223 

trêve faite avec l'Espagne , notifiée par une 
lettre du conseil de la marine du i8 février. 

Le conseil de la Louisiane pria les officiers 
du roi de laisser une partie de leurs vivres à 
la colonie ; ils y consentirent, et au lieu d'aller 
croiser , ils partirent pour la France le 27 juin. 

Le i'"'' juillet, les vaisseaux du roi /e Comte 
de Toulouse, de soixante-quatre canons, com- 
mandé par M. de Vatet , après la mort de M. de 
Cafaro, qui était décédé le 11 juin, et /e 
Saint- Henri , de soixante -dix canons , par 
M. Domce, lieutenant de vaisseau, arrivèrent 
à l'île Daupliine , pour maintenir la compa- 
gnie dans la possession de ses terres. La ma- 
ladie contagieuse qu'ils avaient contractée dans 
l'île Saint-Domingue leur enlevait tous les 
jours beaucoup de monde , et après l'ouver- 
ture faite de plusieurs corps, on reconnut 
qu'elle venait d'une corruption qui engendrait 
quantité de vers dans l'estomac. Dans le même 
mois, abordèrent à l'ile Dauphine FHercule , 



— 11f\ — 

de seize canons, venant de Guinée, avec cent 
vingt nègres, et le Comte-de- Toulouse , de 
vingt canons, qui était parti de Dunkerque. Il 
amena la compagnie de Saint-Georges , formée 
en partie de déserteurs du régiment de La 
Motte. 

Le i5 , on reçut à la Mobile un brigantin de 
La Havane , qui amena M. de Châteaugué avec 
d'autres prisonniers faits à Pensacole , et 
M. Desforges , sous-brigadier des gardes de la 
marine, pris le 3i mai, dans le vaisseau VAu- 
rore , de vingt canons , par M. Alexandre 
Wauchop, capitaine de frégate de sa majesté 
catholique , commandant V Hercule y de trente 
canons , armé de deux cents hommes. Il l'avait 
rencontré par les 27" S'y' de latitude , aux en- 
virons de la baie des Apalaches, et quoique 
M. Desforges lui notifiât la trêve faite avec 
l'Espagne, il ne laissa pas de s'en emparer , de 
le piller, et de le mener à La Havane, où le 
feu mis par accident le 27 juin le consuma 



- — 29-5 

•entièremont. M. T.c IJlanc, capitaine de com- 
pagnie, et M. de Longueval , enseigne, qui 
étaient embarqués sur l'Aurore y arrivèrent à 
la Mobile, sur le même brigantin. 

Il est à observer qu'il était arrivé d'Espagne 
deux avis à La Havane, confirmant la trêve 
avec la France, et l'ordre de ne plus se mêler 
de Pensacole. 

Ces nouvelles causèrent une discussion en- 
tre les deux chefs d'escadre , arrivés depuis 
un mois , et l'intendant du lieu. Ces premiers 
voulaient qu'on restituât V Aurore en entier , 
€t l'autre s'y opposait. Don Gregorio Esso Cal- 
deron, gouverneur de cette place, ne voulut 
prendre aucune part à cette affaire. Il faut re- 
marquer aussi que dans le temps qu'on pro- 
posait à sa majesté catholique la trêve comme 
une chose qui convenait à ses intérêts, son 
conseil ne laissait pas de faire partir de Cadix 
le vaisseau le Gamhis , de soixante-quatre 
canons, le Catalan, de soixante-huit, et 



Juillet. 



226 

une frégate de vingt-quatre , commandés par 
les chefs d'escadre don Baltazar de Guevaro 
et M. Servanne, avec ordre de se joindre aux 
forces de La Havane et d'aller prendre Pensa- 
cole, avant la publication de la trêve. Ils 
avaient embarqué trois bataillons complets 
de troupes destinées à rester à La Havane, 
et sur les frontières du nord du Mexique. Les 
forces maritimes de La Havane consistaient 
dans le vaisseau le Campanelle , de cinquante- 
six canons, commandé par Cornejo, amiral 
de Fescadre Barlovento; V Hercule, de qua- 
rante canons; /e Saint- Joseph, de vingt-six; 
le Vrince-des-Asturies y de quarante , avec 
plusieurs balandres et brigantins; le Saint- 
Louis et le Saint-Jean étaient partis de la 
Vera-Cruz pour se rendre à La Havane , et se 
joindre à l'escadre. On avait embarqué dessus 
plus de mille hommes et 800,000 piastres. 
Naufrage des Une tourmcntc les fit périr corps et biens , 

Espagnols. ' ^ 

le Saint - Louis à la côte de Campêche , 



227 

et le Saint-Jean clans le golfe du Mexique. 
On apprit aussi que le vaisseau le Mare- 
chal-d'Estrées , de [trente-six canons, appar- 
tenant à la compagnie des Indes, commandé 
par M. de La Godelle, chargé de vivres pour 
la colonie ,^et amenant cinq officiers de trou- 
pes, et cent cinquante forçats, avait pris l'île 
de Cuba pour l'île Saint-Domingue , en sorte 
qu'il fut forcé de passer par le vieux canal 
pour entrer dans le golfe du Mexique , où 
après avoir cinglé trop à l'ouest , il avait pris 
terre à une baie située par les 29» de latitudfe. 
Il s'était égaré plusieurs mois aux environs 
de cette baie, et avait touché sur des hauts - 
fonds , d'où il s'était retiré avec difficulté. Pour 
surcroît de malheurs , la maladie lui avait en- 
levé vingt-huit forçats : les officiers de troupes 
pour éviter cette contagion , et pour retrou- 
ver leur route perdue par l'ignorance des pi- 
lotes , avaient pris la résolution de descendre 
à terre avec leurs armes et des vivres pour 



12i 



huit jours, comptant y trouver des sauvages 
qui les auraient conduits aux habitations des 
Français que l'on croyait peu éloignées. Les 
officiers qui prirent ce parti étaient MM. de 
Belleisle , Habain , Le Gendre, Duclos et Cour- 
bet. Ensuite le vaisseau avait fait route pour 
retourner à Saint-Domingue par le sud de l'île 
de Cuba , où il y avait trouvé , contre l'ordi- 
naire , des vents favorables. Arrivé à Léogane , 
parle secours d'un vaisseau anglais, M. Morin, 
directeur de la compagnie , avait démonté ce 
capitaine et ses officiers, et avait mis à sa 
place M. Debourge , enseigne de vaisseau. 

Dans le même temps, M. de Bien ville agis- 
sait à la Mobile , pour faire déclarer la guerre 
aux Chicachas par nos sauvages alliés. Il y 
trouvait de la difficulté ; ime partie de la na- 
tion Chacta avait été gagnée par les Chicachas ; 
d'un autre côté , les Alibamons se plaignaient 
qu'on ne prenait pas leurs peaux jde chevreuils 
à un aussi haut prix que les Anglais de la Ca- 



— 2^9 — 
roline, et que les marchandises qu'on leur 
fournissait étaient plus chères. Cependant par 
son crédit, M. deBienvillè engagea les Chactas 
à se déclarer contre les Chicachas; mais il ne 
put obtenir des AUbamons qu'une promesse 
de neutrahté ; cependant ils convinrent avec 
les Chicachas qu'ils n'attaqueraient point les 
Français qui monteraient ou descendraient 
leurs rivières : ce qu'ils exécutèrent ponctuel- 
lement. 

Le i6, le navire lé Duc-d' Orléans , com- 
mandé par M. Stap, et le Ruhis , par M. Gar- 
nier , arrivèrent à l'île aux Vaisseaux, chargés 
de vivres et d'effets pour la compagnie. 

Sur la fin du même mois, on envoya M. de 
Paillon aux Natchès et aux Yasons pour enga- 
ger les sauvages à déclarer la guerre aux Chi- 
cachas. 

Le 3 août, les vaisseaux du roi le Comte- 
de-Toulouse et le Henri partirent pour re- 
tourner à Toulon , après avoir vendu à la co- 



— 23o 

lonie quantité de vivres et de rafraîchisse- 
mens,qui furent d'un grand secours. Le même 
Août jour, r Hercule etia Driade , commandée par 
M. de La Fenillée-Brillant, mirent à la voile 
pour la France; MM. d'Avril, de La Harpe et 
de Longueval s'embarquèrent sur la Driade. 

Copie du certificat donné par M. de Bienville 
à M. Benard de La Harpe. 

« Nous Jean-Baptiste de Bienville, chevalier 
« de l'ordre militaire de Saint-Louis, comman- 
« dant-général pour le roi dans la province de 
« la Louisiane, 

« Certifions que le sieur Benard de La Harpe, 
« commandant des troupesenvoyées'auxCado- 
« daguiou,Nassonites,NatsoosetNatcliitoches, 
« nations sauvages dans la rivière Rouge , sur 
« les confins delà province de Lasteltas, s'y est 
« comporté,pendantdix-liuitmoisqu'ilestresté 
'< dans les quartiers, avec prudence et sagesse, 
« qu'il a fait la découverte des sauvages des ri- 



— 2i5i — 

« vièresRou^e et Atkansas; qu'il a fait alliance 
« au nom du roi et de la compagnie avecplu- 
« sieurs nations voisines des Espagnols du Nou- 
« veau-Mexique , en foi de quoi nous avons si- 
« gné le présent certificat , et avons apposé le 
« cachet de nos armes. 

<c Au Biloxi, le i^"^ juillet 1720. » 

Lettre de M. de Bïenville, écrite à M. Law , 
le 1^^ août 1720. 

« Monsieur , 

« L'intérêt que je prends à l'établissement 
« de cette colonie m'engage à vous supplier 
« d'accorder l'honneur de votre protection au 
a sieur Benard de La Harpe , qui passe en 
« France pour rétablir sa santé, laquelle s'est 
« altérée par les découvertes des terres et des 
« nations sauvages où il a été employé ; je puis 
« vous assurer , monsieur , qu'il mérite votre 
« attention , étant très capable d'exécuter les 



2 32 

« intentions de la compagnie, sur les vues 
« qu elle a de cette colonie. Il est un parfaite- 
« ment bon officier, propre à commander des 
« troupes, intelligent dans les affaires; et 
« l'on peut avec confiance le charger de l'ou- 
« vefture du commerce avec les Espagnols ; 
« il parle leur langue , et a des intelligences 
« avec les principaux officiers et négocians du 
« Mexique; j'espère, messieurs, que sur la 
a relation que je vous fais de ses talens , vous 
« le mettrez en état de servir efficacement 
a dans cette colonie. 

a Je suis, etc. » 

Le 20, la frégate le Tilleul q\ la Subtile , 
traversiers , commandés par MM. Canot et 
Valadon, arrivèrent à l'île aux Vaisseaux. Sur 
le premier étaient embarqués M. de La Maison- 
neuve , capitaine réformé destiné à la majorité 
du Biloxi , et M. Macarty, lieutenant en pied. 
Ces officiers moururent quelque temps après 
des suites de débauche. 



2ÔÔ 

Le 24 , le Saint-^ndré , flûte de vingt- 
quatre canons, commandée par M. de Pra- 
daillon, officier de vaisseau, amena deux cent 
soixante personnes de la concession Sainte- 
Catherine , sous la direction de M. Favien Du- 
manoir. Par ce vaisseau la compagnie réitéra 
ses ordres pour l'établissement de la baie 
Saint-Bernard : elle disait qu'elle appréhendait 
la lenteur dans l'exécution de ce projet, ajou- 
tant que ces sortes d'entreprises n'avaient 
d'heureux succès qu'autant qu'elles étaient 
conduites avec diligence, et pour donner plus 
de poids à ses recommandations elle envoya 
à ce sujet un ordre du roi du 16 novembre 
1718; mais soit que cet établissement ne fût 
pas du goût du conseil de la Louisiane, qui 
craignait de voir diminuer ainsi son autorité 
et le crédit des habitations du fleuve, ou qu'il 
manquât de moyens pour l'entreprendre, il 
se contenta d'envoyer un traversier, com- 
mandé par M. Berrangei-, pour aller s'assurer 



— 234 — 

de la situation de cette baie. Il partit pour 
cette expédition le aS du mois d'août. 

Le 16 septembre, le vaisseau lé Profond , 
commandé par M. de Guermeur, et la Légère^ 
traversier, par M. Kerlazion, arrivèrent à l'île 
aux Vaisseaux avec deux cent quarante passa- 
gers de la concession de M. Laure, sous la di- 
rection de MM. Elias et Le Bouteux. Ces na- 
vires étaient entièrement chargés d'effets et 
de vivres pour le compte de la concession et 
de celle de M. Diron d'Artaguette. 

Le 22, le Portefaix, vaisseau du roi, 
commandé par M. Bigot, capitaine de vais- 
seaux; l'aventurier, par M. Le Blanc, et la 
pinque V Alexandre , par M. de La Salle, arri- 
rivèrent à l'iie aux Vaisseaux. Sur ce dernier 
était embarqué M. de L'Orme, directeur géné- 
ral aux appointemens de 5,ooo livres , et 
MM. Freboul et Marlot, commis principaux, 
avec plusieurs autres commis et employés. 

Le 23 , la balandre de la concession de 



— 235 — 

Sainte-Catherine, commandée par Baschamps, 
arriva chargée d'effets pour son compte. 

Le 9 novembre, la Marie , commandée par 
M. de Ponto , et la Loire , par M. de Pontes- 
haut, arrivèrent. Sur le premier était la con- 
cession de Guiche , de soixante personnes , et 
la compagnie de Montmort; en tout cent qua- 
tre-vingt-six personnes, y compris M. Levens, 
un des directeurs de la concession de MM. Law 
et de Montmort, Banes, major de la Nouvelle- 
Orléans , de Montmarquet , Beboul , et Thier- 
ry, lieutenant de compagnie. Sur le second 
vaisseau était la concession de Sainte-Reine, 
dirigée par MM. Sécard et Taibain. 

Le 20, le bateau commandé par M. Berran- 
ger, que l'on avait envoyé pour reconnaître 
la baie Saint-Bernard, arriva. Suivant son rap- Septembre 
port , il avait cinglé à l'ouest du Mississipi , 
cent trente lieues ou environ ; par la latitude 
de 25° 45', il avait trouvé une baie à l'entrée 
de laquelle il y avait une barre , avec neuf 



Décembre. 



— 236 — 

pieds d'eau quand la mer est basse; il ne putr 
en reconnaître le fond. Il trouva aux environs 
plusieurs nations sauvages, qui lui firent un 
bon accueil. Comme il crut que c'était la baie 
Saint-Bernard, il prit sur lui d'y laisser les 
nommés Silvestre, sergent, Cliarlesville et 
trois autres personnes, qui, suivant toutes les 
apparences, auront été mangés parles sau- 
vages de ces cantons, qu'on dit anthropophages. 

Le 24, la flûte le Chameau ^ commandée 
par M. Fouquet, arriva à l'île aux Vaisseaux. 
Elle amena M, de Panger, chevalier de Saint- 
Louis, ingénieur, pour servir à la Louisiane 
sous les ordres de M. de La Tour, qui devait 
arriver incessamment. Il amena avec lui 
soixante ouvriers qu'il avait engagés en France. 

Le 14 décembre, les navires r Eléphant et 
le Dromadaire, commandés par MM. Amelot 
et de Saint-Marc, arrivèrent à l'île aux Vais- 
seaux ; sur le premier étaient embarqués deux 
cent cinquante passagers de la concession de 



— 237 — 

M. Le Blanc, ministre de la guerre, avec 
MM. Dilon , Fabry, Duplessis , Lcviller , La 
Combe, et La Suze, officiers des compagnies 
de M. Le Blanc. Sur le dernier étaient embar- 
qués M. de La Tour, chevalier de Saint-Louis, 
brigadier des ingénieurs devant servir en chef 
à la Louisiane, avec les appointemens de 
85O00 livres payées par la compagnie , et MM. de 
Boispinel, chevalier de Saint-Louis , Franquet 
de Chaville, aussi ingénieurs, aux appointe- 
mens de 5,000 et de 2,5oo livres. Il amena 
aussi M. Bizard , capitaine de compagnie , at- 
taché à la même concession, et M. Marchand, 
fils du secrétaire du bureau du génie. 

Le 20 , on tint un conseil , où M. de Bien- ^u^^ 

ville et les ingénieurs et directeurs assisté- '7Z-* 

rent ; il y fut décidé qu'on abandonnerait le 
vieux Biloxi, pour aller établir le nouveau, 
et y former le comptoir principal, décision 
qui devint fatale; car elle fut cause de la ruine 
des concessions et d'une dépense considéra- 



— 238 — 

ble pour la compagnie : ce qu'on aurait évité , 
en prenant la résolution de transporter tout le 
monde dans le Mississipi, et d'y faire entrer 
les vaisseaux. C'était bien l'opinion de M. de 
Bienville , et l'on aurait suivi en cela les sages 
instructions de M. d'Artaguetle , directeur gé- 
néral, qui a toujours pensé juste sur ce qu'il 
convenait de faire pour parvenir à l'établis- 
sement solide de la colonie. M. de Bienville 
proposa dans ce conseil d'envoyer le Dro- 
madaire à la Nouvelle-Orléans. Mais M. Le 
Gac s'y opposa avec opiniâtreté, sous le pré- 
texte que M. Berranger lui avait donné un 
certificat par lequel il assurait que ce vaisseau 
ne pouvait entrer dans le fleuve. M. de Bien- 
ville prit sur lui de l'y envoyer; mais le direc- 
teur protesta qu'il le rendait responsable des 
évènemens qui pouvaient arriver. 

Le 26, on fit partir M, Berranger pour 
conduire à La Havane le reste des prisonniers 
de Pensacole. 



Le 3 janvier 1721, la flûte la Gironde, Janvier 1721. 
commandée par M. de Basmaison , et la Vo- 
lage , traversier, par M. Caron , arrivèrent 
chargés d'effets pour les concessions de Mé- 
zières et de Chaumont; ils amenèrent environ 
trois cents personnes de leurs engagés, sous 
la direction de MM. Marié et Reuillon. 

Le 5 , la Baleine, flûte commandée par 
M. de Keralo, amena quatre- vingt-une filles 
de la Salpétrière de Paris, sous la direction 
des sœurs Gertrude , Saint-Louis et Marie. 

Le 7 , la flûte la Seine, commandée par 
M. Le Blanc, arriva avec la concession de 
M. le marquis d'Anceny, sous la direction de 
M. de L'Epinas; elle était de soixante per- 
sonnes. Cette flûte avait à bord vingt ouvriers 
pour le service de la compagnie.. 

Le 26 , les flûtes /« Maine, le Profond , 
V Alexandre et V Aventurier partirent pour 
la France, 

Le 3 février, la frégate la Mvtine , com- Février. 



^ — 240 — 

mandée par M. de Martonne , officier de la 
marine , arriva à la rade de l'île aux Vaisseaux 
avec cent quarante-sept passagers ouvriers 
suisses de la compagnie, commandés par le 
sieur de Merveilleux , son frère. M.deBienville 
reçut par cette occasion une lettre du 3i oc- 
tobre 1720. La compagnie lui disait qu'elle 
apprenait av€c douleur qu'une division entière 
entre lui et les directeurs avait mis toutes les 
affaires de la colonie dans un chaos épouvan- 
table; qu'il serait très heureux pour elle; 
qu'elle eût à commencer ses établissemens ; 
qu'il devait concevoir l'effet qu'une pareille 
nouvelle, répandue dans tout le royaume, avait 
produit sur les esprits; qu'on reprochait les 
dépenses immenses qui avaient été faites pour 
la Louisiane , et qu'on blâmait la compagnie 
d'avoir établi des chefs aussi négligens pour 
ses intérêts, et aussi attentifs aux leurs; que 
son altesse royale, à qui ces bruits étaient 
parvenus, le croyait l'auteur de ces désordres, 



'7^7 



— 24 1 — 

et que bien loin de tenir la parole qu'elle 
avait donnée de lui accorder le grade de bri- 
gadier des armées du roi, et de le faire com- 
mandant de l'ordre militaire de Saint-Louis, 
elle avait pris un parti désavantageux pour lui , 
si la compagnie ne lui avait pas représenté 
que ses directeurs avaient traversé ses bonnes 
intentions ; mais que , par l'arrangement 
qu'elle comptait faire en établissant un direc- 
teur en chef à la colonie , elle était certaine 
que les choses y prendraient une meilleure 
forme j que son altesse royale reconnaîtrait 
alors sa capacité et son zèle. Le prince avait 
répondu que les grâces du roi ne se donnaient 
que pour des services effectifs; que puisqu'il 
pouvait les mériter , il voulait bien attendre 
qu'il s'en fût rendu digne; que cependant la 
compagnie ne cesserait point de continuer ses 
sollicitations, et qu'elle avait lieu d'espérer de 
remettre son altesse royale dans les bonnes dis- 
positionsqu'elle avait eues auparavant pour lui. 



— 1[\1 — 

Cette lettre fit une vive impression sur M. de 
Bien ville; car la compagnie lui avait précé- 
demment annoncé qu'on lui avait accordé les 
honneurs dont on a parlé plus haut. M. Le 
Blanc, ministre de la guerre lui avait écrit 
dans le même sens. Un revers si subit le mor- 
tifia extrêmement; il se décida à écrire à M. le 
duc d'Orléans, et à lui dire que la perte de 
son estime lui était plus sensible que celle des 
honneurs auxquels son altesse royale l'avait 
destiné ; que si l'établissement de la colonie se 
trouvait encore reculé , on ne pouvait en at- 
tribuer la faute qu'au manque de secours 
dans les temps nécessaires, et aux pouvoirs 
excessifs que la compagnie avait donnés à ses 
directeurs de la Louisiane. La compagnie dés- 
approuva aussi les promotions de plusieurs 
sergens que M. de Bienville avait nommés of- 
ficiers, et la destitution de MM. d'Avril, Val- 
dere et autres ; elle ordonna qu'à l'avenir M. de 
Bienville ne ferait que de les interdire, se ré- 



172-î 



— a/43 — 

"sei'vant le droit de nommer aux emplois les 
officiers ou de les renvoyer sur les plaintes et 
informations qui lui seraient envoyées. 

Elle recommanda aussi de s'entendre avec 
M. de Vaudreuil, gouverneur du Canada, pour 
opposer nos nations sauvages aux Scioux que 
les renards avaient mis dans leurs intérêts : et 
elle ordonna que l'établissement que M. de 
Boisbrillant avait fait transférer à neuf lieues 
au-dessous du village des Caskakias serait 
appelé le fort de Chartres ; ceux du Biloxi, le 
fort Louis, celui de la Mobile, le fort Condé. 

Le 2 f , M. de Pauger partit du Biloxi pour 
aller relever le plan de la Mobile et celui de 
cette rivière, jusqu'aux écors de pierres de 
taille, situés à six lieues de la rivière des Chi- 
cachas, et à trente de la Mobile; ces écors 
sont de pierres pareilles à celles de Saint-Luc 
de Paris. Ils peuvent avoir deux cents pieds de 
hauteur, et continuent en chaînes de monta- 
gnes du côté du nord-nord-est. 



- 244 - 

I^e 11 , on apprit le décès de M. Blondel , 
capitaine de compagnie, commandant au poste 
des Natchitoches. 

Sur la fin de ce mois , le conseil démonta 
M. de Saint-Marc , capitaine du Dromadaire, 
et mit à sa place son second ; ce fut à 
la sollicitation de M. de La Tour , qui avait 
de justes motifs de se plaindre de ce capi- 
taine , qui avait mal agi avec lui pendant le 
voyage. 

Le î^^ mars, la flûte les Deux-Frères, com- 
mandée par M. Chênot , et le Foudroyant , 
traversier , par le sieur Fontaine^ arrivèrent 
avec quarante Allemands de la concession de 
M. Law, reste de deux cents qu'ils avaient 
embarqués en France , les autres étant morts 
pendant le voyage. 

Le i4, la frégate la Mutine et le Chameau 
partirent pour la France. Sur ce dernier s'em- 
barqua M. Le Gac , directeur; il se doutait bien 
que la compagnie, n'étant pas contente de ses 



— 245 — 

services, le rappellerait; il fut peu regretté. 

Le 17, l'africain, frégate commandée par 
M. Duhomur, arriva avec cent quatre-vingts 
nègres de Juida, reste de deux cent quatre- 
vingts qu'il avait embarqués. 

Le 28, le Duc-du-Maine , de trente -six ca- 
nons, commandé par M. Roscair, arriva avec 
trois cent quatre-vingt-quatorze nègres , reste 
de quatre cent cinquante-trois. 

Le même jour, V Elisabeth , bateau com- 
mandé par M. Macarty, arriva pour le service 
de la colonie. 

Le 4 avril, M. Berranger, qui depuis quel- AmU 
ques jours était de retour de La Havane , où 
le gouverneur ne lui avait donné que vingt- 
quatre heures pour se rafraîchir , fut envoyé 
au Cap Français; il devait en rapporter du 
maïs pour la nourriture des nègres , qui mou- 
raient de faim et de misère sur le sable du 
fort Louis. 

Le 5, M. Descimar de Bellile arriva : c'était 



— 246 — 

un des officiers que le vaisseau le MarécJial- 
d'Estrées avait débarqués à l'ouest du Missis- 
sipi. Il rapporta que s'étant perdus sur cette 
côte, la fatigue et la disette de vivres les 
avaient réduits à une telle extrémité, qu'après 
deux mois de souffrances M. Courbet était 
i?iort; M Le Gendre, M. Habaine l'avaient 
suivi de près , et M. Duclos ne leur avait sur- 
vécu que quinze jours; après avoir enterré 
ses camarades, il était resté quinze jours er- 
rant le long de la côte, ne vivant que de ra- 
cines inconnues et de quelques coquillages ; 
ensuite il avait rejoint trois sauvages sur 
une petite île à l'entrée d'une baie, au moyen 
d'une pirogue qu'il avait trouvée le long du 
rivage ; ces sauvages l'avaient dépouillé et 
emmené au fond d'une baie où était leur 
nation ; il avait demeuré avec eux dix-huit 
mois , vivant de chasse et de pêche ; il avait 
beaucoup souffert du froid et des mauvais 
traitemens de ces Indiens : ses papiers , qui 



étaient enfermés dans une boîte de fer-blanc , 
ayant été pris par quelqu'un de cette nation , 
étaient tombés entre les mains des Assinays, 
qui par hasard les avaient portés à M. de Saint 
Denis , alors aux Natchitoches. Cet officier , 
informé de son esclavage par une lettre en- 
fermée dans la boîte, et adressée au premier 
Européen venu, avait sollicité les Assinays de 
le délivrer. La crainte de la guerre les déter- 
mina à le remettre en ses mains. 

Le 1 7 , M. de Pauger se rendit à l'embou- 
chure du fleuve; après l'avoir bien sondée et 
examinée , il trouva que la barre était un dépôt 
de vase de cinq cents à neuf cents toises de 
largeur, au-dedans de l'entrée du fleuve, 
formé par la rencontre du flux de la mer et 
de l'affaiblissement du courant de la rivière, 
qui se déborde en plusieurs branches et ca- 
naux ; que, dans ses débordemens, il est bour- 
beux , et dépose en s'abaissant ime vase sur 
les terres et îles qu'il inonde, et sur les em- 



— 248 ~ 

barras d'arbres échoués dont elles paraissent 
avoir été ^formées. Comme le fleuve charriait 
alors une grande quantité de ces bois, dont 
partie sont échoués de côté et d'autre du 
canal de cette embouchure, il lui sembla qu'il 
serait aisé d''en placer d'avance , et d'en for- 
mer des digues ou stacades, ainsi que d'en 
boucher quelques passes en les arrêtant à de 
vieux vaisseaux coulés à fond, ce qui augmen- 
terait le courant sur la barre , la ferait couler, 
et l'emporterait, puisque la nature avait fait 
en partie d'elle-même cette opération depuis 
l'année passée; qu'il n'y avait trouvé que onze 
à douze pieds d'eau, et au bout de huit mois 
treize à quatorze pieds; cette barre s'étant 
élargie jusqu'auprès de l'île à la Balise, où les 
ingénieurs se proposaient d'établir une bat- 
terie et une place maritime devant laquelle 
plusieurs vaisseaux tirant seize à dix-huit pieds 
d'eau pourraient mouiller en sûreté. 

Le 20, la frégate la Néréide , commandée 



— a49 — 

par M. de Chaboiseau, arriva avec deux cent 
quatre-vingt-quatorze nègres d'AngoIe , reste 
de trois cent cinquante. Elle apporta la nou- 
velle que la frégate le Charles, commandée par 
MM. Grys et Clinet, chargée de nègres, avait 
été incendiée à plus de soixante lieues de la 
côte, que la plupart des gens de l'équipage 
avaient péri, que ceux qui s'étaient sauvés 
avaient beaucoup souffert de la soif et de la 
faim, ayant été réduits à charger leur chaloupe 
de quelques nègres pour leur subsistance. 

Le il{ , on reçut une lettre de M. de Bois- 
brillant : il écrivait des Illinois que les Espa- 
gnols au nombre de trois cents hommes étaient 
sortis de Santa-Fé , ville capitale du Nouveau- 
Mexique, par 36 degrés de latitude septen- 
trionale, dans le dessein de s'emparer des 
terres de la colonie , pendant qu'ils comptaient 
se rendre maîtres de la côte à la faveur de 
leur flotte ; que de ces trois cents hommes , 
soixante-dix seulement avaient mis à exécu- 



— aSo — 

tion l'entreprise, et passé chez différentes na- 
tions sauvages , guidés par des Padôucas, qui ,. 
au lieu de les conduire à l'est-quart-nord-est, 
donnèrent trop dans le nord, en sorte qu'ils 
arrivèrent sur les bords de la rivière des Can- 
cès aux. environs du Missouri. Ils y avaient 
rencontré les nations Oetotata etPassinaha, 
qui les avaient tous tués, excepté un religieux, 
qui s'était sauvé sur son cheval ; quelques 
Français avaient eu de ces sauvages des mor- 
ceaux d'argent fondu qui, suivant les appa- 
rences, provenaient d'épreuves de mines que 
ce parti espagnol avaient trouvées sur la 
route. 

Le 1 5 , r Eléphant , la Gironde , la Ba- 
leine , le Duc-du-Maine y les Deux-Frères et 
l'africain, vaisseaux de la compagnie , par- 
tirent pour la France. 

Le 26, le Dromadaire appareilla, chargé 
d'effets des concessions de Law et de Sainte- 
Catherine; il tirait alors treize pieds d'eau. 



— aSi — 

Le 4 mai? la frégate la Néréide fit voile Mai. 
pour la France. 

Le 4 jui" j 1^ flûte /e Portefaix y com- Juin. 
mandée par M. Dufour, amena trois cent trente 
passagers la plupart Allemands, M. de Man- 
deville, qui avait obtenu la croix de chevalier 
de Saint-Louis et le commandement du fort 
de Condé, de la Mobile, pour prix de ses ser- 
vices dans le pays; et M. Duramsbourg, capi- 
taine réformé, avec trente officiers suédois. Il 
apporta la nouvelle que M. Law s'était retiré 
du royaume, ce qui mortifia bien des gens, 
par la crainte que l'on ne continuât pas l'é- 
tablissement de la Louisiane avec la même ar- 
deur. 

Dans le même temps, M. de Pauger , qui 
avait relevé le bas du fleuve et sondé exacte- 
ment sa passe, en avait envoyé la description 
et le plan à M. de Bienville, en lui faisant 
sentir combien il serait nécessaire d'employer 
son crédit pour faire évacuer le fort Louis 



2D2 



du Biloxi, afin d'établir le comptoir principal 
à la Nouvelle-Orléans. Depuis long-temps M. de 
Bienville était de ce sentiment; il en écrivit à 
la compagnie. M. de La Tour fut mécontent 
de cet avis; il en témoigna à ]VL de Pauger son 
ressentiment; cependant celui-ci n'avait pas 
manqué à son devoir, puisqu'il lui avait en- 
voyé les mêmes instructions , et qu'il l'avaife 
mis à même, ainsi que M. de Bienville, d'en 
informer la compagnie et d'appuyer sur ce 
changement. • 

Le 5 , il arriva un bateau espagnol com- 
mandé par le patron Joseph Casako, qui était 
parti de La Havane, et avait passé par la baie 
de Saint-Joseph; il était chargé de tabac pour 
le compte de Cristoval Léal ; il le vendit à la 
compagnie trois quarts de réal la livre, payable 
en marchandises. Il employa aussi une somme 
de piastres en eau-de-vie , farine , poudre , 
papier et épiceries que M. Delorme lui fit dé- 
livrer du magasin à très bon marché , quoique 



— 253 — 

ces marchandises fussent très rares dans le 
pays. On retint malgré lui à ce marchand es- 
pagnol une somme de i,5oo piastres pour 
l'engager à revenir dans un second voyage. 
Depuis ce temps, il a été confisqué à La Ha- 
vane , et la dette ne lui a pas été payée. Il 
donna la nouvelle de la mort de M. Jonché à 
La Havane : cet officier fut généralement re- 
gretté. 

Le TO, le Fortuné j frégate de trente-six 
canons, commandée par M. Filouse , arriva 
avec trois cent trois nègres de Juida. 

Le 1 juillet les nommés La Haye, La Vil- JoiUet. 
lette et Tainton eurent la tête cassée pour 
s'être révoltés contre les ordres de M. Renaud , 
leur commandant. On fit grâce au nommé 
Provôt, qui fut trouvé le moins coupable. 

Le 1 5, /a T^énus, frégate commandée par Du- 
moulin , arriva à l'île aux Vaisseaux; elle amena 
M. Duvergier, directeur - ordonnateur, qui 
avait la commission du commandement de la 



■ — 2S4 — ' 

marine et de président du conseil, avec 20,000 
livres d'appointemens. Il était accompagné de 
M. de La Harpe sous le titre de commandant 
et inspecteur du commerce delà baie de Saint- 
Bernard, et de Lalos, lieutenant, avec M. de 
La Marcillière-Gravé , administrateur des con- 
cessions de M, le marquis de Mézières, De- 
marche, Dudemaine, et Dufresne, officier de 
ces concessions. 

Le même jour, un traversier venant du Cap 
Français, et commandé par M. Berranger, ar- 
riva chargé de maïs. 

Le vaisseau la Vénus apporta à MM. de 
Boisbrillant , de Châteaugué et de Saint- 
Denis la croix de Saint- Louis, et à MM. Blon- 
del , Dutisné , Barnaval et de Noyan des com- 
missions de capitaine. L'arrivée de M. Duver- 
gier donna lieu à bien des changemens. M. de 
Bienville ne put lui voir tant de prérogatives 
sans en être choqué ; M. de Châteaugué ne le 
fut pas moins , son rang d'officier de vais- 



— 255 — 

seaux et ses services lui faisant espérer le 
commandement de la marine; M. de Lorme 
eut lieu d'être mortifié en voyant occuper un 
poste d'ordonnateur que sa capacité et le suf- 
frage général devaient lui faire espérer. La 
compagnie donna à M. de Bienville les mêmes 
appointemens qu'à l'ordonnateur , et régla 
ceux de M. de Lorme à 12,000 livres. 

On apprit par le même vaisseau que M. le 
Duc et plusieurs seigneurs de la cour s'étaient 
déclarés protecteurs de la compagnie des In- 
des, et qu'ils se faisaient rendre compte par 
les directeurs de tout ce qui se passait. On 
sut aussi que la Garonne, flûte de la com- 
pagnie , avait été enlevée par un bateau for- 
ban , auprès de Samana dans l'île de Saint- 
Domingue, qu'il y avait dessus trois cents Al- 
lemands très malades, et qu'elle était chargée 
de vivres et de marchandises, la plus grande 
partie consistant en caisses de fusils et d'ha-^ 
bits d'uniforme. 



— 256 — 

Le 16, le Portefaix retourna en France. 
Sur la fin du même mois, M. de Châteaugué 
fut reçu chevalier de Saint-Louis par M. de 
Bienville ; le même jour M. de La Harpe reçut 
le commandement de la baie Saint-Bernard, 
et M. de Noyan fut nommé capitaine d'infan- 
terie. Vers la fin du même mois, M. de For- 
teval, lieutenant d'infanterie , destiné à la m'a- 
jorité dePensacole, mourut à l'île Dauphine. 

Le t5 octobre, le Maréchal-d^EstréeSf fré- 
gate commandée par M. Prudhomme , arriva 
avec cent quatre-vingt-seize nègres de Juida. 
Le même jour, r Hirondelle , la Mouche et 
V Abeille, traversiers, venant de France, pour 
l'approvisionnement de la colonie , et com- 
mandés par MM. Amont, Baudouin et Denis, 
mouillèrent dans la rade. 

Les ordres du roi et de la compagnie ayant 
été réitérés pour l'établissement de la baie 
Saint-Bernard , le conseil ne put avoir de pré- 
texte pour en retarder l'exécution. M. de La 



— 257 — 

Harpe les sollicita de lui donner les moyens Août. 
d'y réussir, et d'exécuter les ordres qu'il avait 
reçus; tout ce qu'il put obtenir fut un tra- 
versier commandé par MM. Berranger et Va- 
ladon avec quinze quarts de farine , quinze 
de viande, quelque peu d'eau-de-vie, le tout 
pour la subsistance de son détachement, com- 
posé de trente personnes, y compris six hom- 
mes de l'équipage. 

Ordres et instructions donnés -par M. de 
Bienville à M. de La Harpe , pour Véta- 
hlissement de la haie Saint-Bernard. 

« Nous Jean-Baptiste de Bienville, cheva- 
valier de l'ordre militaire de Saint-Louis, 
commandant-général pour le roi de la pro- 
vince de la Louisiane , etc. 

« Il est ordonné au sieur Bernard de La 
Harpe, commandant de la baie Saint-Bernard, 
de s'embarquer sur le traversier la Subtile, 



— i58 -— 

commandé par le sieur Berranger, avec un 
détachement de vingt soldats, et le sieur de 
Bellisle, enseigne de compagnie; de se rendre 
incessamment à la baie Saint-Bernard, lieu de 
cette province de laquelle il prendra pos- 
session , à son arrivée , au nom du roi et de la 
compagnie, et il y fera planter les armes du 
roi sur un poteau en terre, et il fera con- 
struire un fort dans l'endroit qui lui paraîtra 
le plus avantageux pour la défense dudit lieu. 
11 y fera monter des canons et pierriers. S'il 
arrivait que les Espagnols ou quelques autres 
nations se fussent emparés de ce poste, ledit 
sieur de La Harpe leur signifiera qu'ils n'ont 
nul droit de s'y placer, attendu que M. de La 
Salle en avait pris possession au nom du roi 
en 168 5, ainsi que le porte l'ordre du roi du 
16 novembre 17 18, dont copie est ci-jointe, 
certifiée de nous, et en cas que ces étrangers 
voulussent s'opposer à notre établissement, 
ledit sieur de La Harpe s'y maintiendra par 



n^i 



— 269 — 

ia force en conformité des ordres du roi. 
« Il doit également faire retirer les étran- 
gers qui pourraient venir dans la suite audit 
lieu , et avoir une singulière attention à faire 
le plus d'alliances qu'il pourra avec les nations 
sauvages de ces quartiers , en leur faisant les 
présens qu'il jugera être nécessaires et indis- 
pensables ; il tiendra un compte séparé de 
chacune des nations auxquelles il distribuera 
les marchandises , et il nous en enverra copie ; 
au surplus, lui recommandons de nous rendre 
compte exactement de tout ce qui se passera 
dans l'étendue de son commandement. Dans 
les cas imprévus qtii peuvent n'être pas portés 
sur cet ordre, nous nous en remettons à la 
sage prudence et à la capacité connue du sieur 
Bernard de La Harpe ; en foi de quoi nous 
avons signé le présent ordre , et fait apposer 
le cachet de nos armes. 

« Du fort Saint-Louis , le 10 août 1721.» 
Ces ordres et instructions donnés par M. de 



— 260 — 

Bienville parurent dès-lors impossibles à met- 
tre à exécution, attendu la faiblesse du déta- 
chement et le peu de vivres et d'effets que 
MM. les directeurs se déterminèrent à donner ; 
ce qui prouva que cette entreprise n'était pas 
de leur goût, et qu'ils exécutaient avec peine 
les ordres qui leur avaient été donnés à ce 
sujet. 

Le i[\, M. Duvergier démonta de leurs tra- 
versiers, pour des sujets assez légers, les sieurs 
Amont, Baudouin et Denis. 

Le j 5 , la Seine et la Vénus partirent pour 
la France, et allèrent au Cap Français cher- 
cher un fret. M. de La Marèillière s'embarqua 
sur ce dernier vaisseau pour aller épouser 
mademoiselle Ducatelle. 

Le 1 6 , M. de La Harpe partit avec son dé- 
tachement sur le traversier la Subtile , pour ^ 
former l'établissement de la baie de Saint- 
Bernard. 
Septembre. Le 9 Septembre, M. de Bienville quitta le 



26 1 

Vieux-Biloxi , et vint demeurer au fort Louis , 
où MM. les ingénieurs lui avaient fait préparer 
un logement dans un vieux magasin. 

Le i4> les vivres manquant, on envoya les 
troupes à la rivière aux Perles et aux Pasca- 
goula, pour vivre parmi les sauvages. Cette 
disette força la direction de faire prendre les 
vivres des concessions , ce qui causa en partie 
leur ruine. 

Le 19, M. Paqué, officier du détachement 
des Alibamons, arriva avec quelques soldats 
prisonniers. Il rapporta que cette garnison au 
nombre de vingt-quatre soldats, voyant la di- 
sette de vivres , s'était révoltée , et avait atta- 
ché M. Marchand le commandant; que M. de 
Yillemerieu, enseigne, s'étant sauvé au village 
des Alibamons, avait engagé ces sauvages à 
leur dresser une embuscade sur la route de la 
Caroline, qu'ils en avaient tué seize, et fait 
les autres prisonniers. 

Le 20, la flûte le Saint- André y coraman- 



202 

dée par M. de Rguenel , arriva chargée de 
marchandises et de vivres; elle avait laissé la 
Durance à quelques journées derrière. On: ap- 
prit par cette occasion que son altesse royale 
avait rais la compagnie des Indes en régie ; 
que les commissaires qu'elle en avait chargés 
étaient MM. Dodun , Ferrand , Fagon et de 
Mâchant. MM. Duvergier et de Lorme présen- 
tèrent à ce sujet une requête à M. de Bien- 
ville; ils exposaient que le changement sur- 
venu dans la compagnie des Indes pouvant 
diminuer leur crédit et leur autorité , ils 
étaient prêts à se démettre de leur emploi, à 
moins qu'on ne leur accordât toute la protec- 
tion dont ils avaient besoin. Cette requête ne 
reçut point de réponse , et M. de Bienville ne 
put découvrir les motifs qui les avaient en> 
gagés à cette démarche. 

MM. lescommissaires, ayant remercié M. Hu- 
bert de ses services, donnèrent ordre de lui 
faire rendre compte par-devant M. de Bienville 



— 263 — 

et les directeurs qui avaient eu connaissance 
de sa régie-, comme il n'avait pas enregistré 
ses ordonnances, suivant en cela la maxime 
des autres directeurs , il se trouva embarrassé; 
il récusa M. de Bienville , mais MM. Duvergier 
et de Lorme, ses confrères, réglèrent son 
compte, que M. de Bienville signa à leur sol- 
licitation. 

Le 3 octobre , M. de La Harpe revint de sa octoh. 
découverte avec son traversier : suivant son 
rapport, après avoir côtoyé les terres dans 
l'ouest du Mississipi , pendant l'espace de cent 
lieues, il entra le 27 du mois d'août dans une 
belle baie qu'il crut être celle de Saint-Ber- 
nard , située par 29° 1 5' de latitude. A l'entrée 
est une barre, où il trouva onze pieds et 
demi d'eau , la mer étant alors à demi-flot. Le 
canal avait soixante toises de large et autant 
de long , et courait entre deux battues dans 
l'ouest-quart-sud-ouest. Ayant passé la barre, 
il fit l'ouest, et trouva depuis quinze jusqu'à. 



— 264 — 

trente pieds d'eau fond de vase, jusqu'au sud- 
est et nord-ouest de la pointe sud -est d'une 
petite île qui est à l'entrée de cette baie. 

Le 29, il envoya M. de Bellisle à la décou- 
verte dans la chaloupe. Cet officier revint le 
même jour, après avoir rencontré un parti de 
la nation sauvage du lieu, au nombre de qua- 
rante ; ils voulurent venir avec leurs pirogues 
à la chaloupe , mais il s'y opposa dans la crainte 
d'une surprise, et permit seulement à cinq ou 
six de s'y embarquer; les autres les suivirent 
avec quatre pirogues portant vingt-cinq hom- 
mes et deux femmes, gens bien faits et d'une 
belle physionomie. Arrivés à bord du navire, 
on les régala, et après leur avoir montré l'effet 
du canon et des autres armes à feu, on les 
envoya en partie coucher sur l'île. Le lende- 
main M. de La Harpe leur fit dire par M. de 
Bellisle que son intention était de s'établir aux 
environs de celte baie , de vivre en union 
avec eux, et de les défendre contre leurs en- 



— 265 — 

nemis , à quoi ils firent réponse qu'ils consul- 
teraient leurs camarades. 

Le 2 septembre, le traversier entra plus 
avant dans la baie; le même jour M. de La 
Harpe s'embarqua dans son canot avec M. de 
Bellisle, un dessinateur et un détachement de 
dix soldats, pour aller prendre connaissance 
des terres et choisir un endroit commode pour 
s'y établir; il fit au nord-ouest et au nord- 
nord-est deux lieues jusqu'à un îlot éloigné de 
la grande terre d'une portée de fusil, où plu- 
sieurs sauvages vinrent le joindre avec leurs 
pirogues, pendant qu'il y en avait plusieurs 
autres à cheval sur les coteaux le long du ri- 
vage. De là il passa à une autre petite île, et 
suivit la côte deux lieues et demie jusqu'à une 
rivière qui court dans une prairie très belle , 
dont les terres lui parurent parfaitement bon- 
nes. Au nord-est il y a des bois de futaie qui 
forment un agréable aspect. La rivière peut 
avoir cinq toises de large, son courant est peu 



— 266 — 

rapide, l'eau claire est excellente à boire. Il 
continua de suivre la côte, trois lieues, jus- 
qu'à neuf heures du soir qu'il arriva vis-à-vis 
les cabanes de ces sauvages, où il resta la nuit 
dans le canot. Le lendemain matin il descendit 
à terre avec MM. de Bellisle et Devin. Les ha- 
bitans les reçurent froidement , les femmes se 
mirent à pleurer, en hurlant et se battant les 
flancs avec leurs mains , ce qui était de 
mauvais augure; ils demandèrent alors si on 
leur apportait des marchandises. M. de Bellisle 
leur ayant répondu qu'elles étaient encore 
embarrassées, et qu'on venait seulement les 
voir en signe d'amitié, ils dirent que lorsqu'on 
allait chez les étrangers il ne fallait pas y 
venir les mains vides. Dans ce moment il s'é- 
leva une grande contestation parmi ces sau- 
vages ; ils se disputèrent avec chaleur, ce qui fit 
présumer que plusieurs étaient du sentiment 
de tuer les Français; le parti pacifique l'ayant 
emporté, les sauvages leur présentèrent à 



.G7 - 



manger des graines , des racines de volette 
avec quelques morceaux de bœuf boucané : 
pendant cette entrevue le canot avec le déta- 
chement avait mouillé à portée de pistolet 
de terre , dans la crainte de leur donner de 
l'ombrage; mais le détachement avait ordre de 
se tenir sur ses gardes , pour faire main basse 
sur cette nation au premier signal. M. de La 
Harpe leur ayant répété qu'il était dans le des- 
sein de s'établir sur cette côte, ils s'y opposè- 
rent sous prétexte qu'ils ciaignaient les blancs, 
etils lui dirent qu'il convenait qu'il sortît de leur 
pays. M. de La Harpe leur ayant fait entendre 
qu'ils s'attireraient par cette conduite la guerre 
avec les Assinays et autres nations alliées, 
loin d'être touchés de ces remontrances , ils 
lui réitérèrent Tordre de sortir de leur pays. 
Les sauvages assemblés dans ce lieu étaient 
environ cent cinquante de tout sexe ; mais sui- 
vant le rapport de M. de Bellisle la nation était 
de deux cent cinquante personnes. On ne put 






— a68 — 

apprendre d'eux aucune nouvelle des Français 
que Berranger avait laissés imprudemment sur 
cette côte l'année dernière. Après cette entre- 
vue M. de La Harpe retourna au canot, et 
traversa la baie, pour prendre connaissance 
d'une autre baie du côté du sud; mais le vent 
contraire et le peu de vivres l'obligea de s'en 
retourner au traversier. 

Tout le fond de cette baie est le plus beau 
pays qu'on puisse souhaiter ; ce ne sont que 
coteaux et prairies à perte de vue; on y voit 
de distance en distance des bois de haute fu- 
taie ; la côte qui la termine est élevée de plus 
de vingt pieds. U y a une rivière au fond de 
cette même baie, qui peut avoir douze ou 
quinze toises de largeur; elle court aussi dans 
de beaux pays. A l'ouest de cette rivière , il 
y en a une autre moyenne qui paraît courir 
dans le nord- ouest; de l'autre côté il y a un 
grand enfoncement de baie qui peut avoir 
une lieue d'ouverture. Il ne put en savoir au 



— 269 — 

juste la profondeur. Les sauvages l'assurèrenl 
qu'il y avait un canal beaucoup plus profond 
que la haie où était mouillé le traversier. 
M. de Bellisle dit qu'il y a dans le fond une 
grande rivière navigable pour les chaloupes, 
qu'il Ta passée à la nage à quelque distance 
de son embouchure, qu'elle court à l'ouest- 
nord-ouest dans des pays très beaux, élevés, 
où on rencontre des carrières de pierres , et 
des prairies à perte de vue couvertes de bœufs 
et de chevreuils. M. de La Harpe fut très mor- 
tifié de n'avoir pu en prendre connaissance; 
mais il est certain , suivant toutes les appa- 
rences , que les établissemens qu'on y ferait 
seraient magnifiques par la facilité qu'on 
trouverait à cultiver la terre, sans avoir la 
peine de couper ni d'arracher aucune racine 
d'arbres ni de cannes ; il suffirait d'y passer la 
charrue , ce qu'on exécuterait facilement , 
car ce canton fournit quantité de chevaux 
que l'on pourrait nourrir à peu de frais. 



— 270 — ^ 

Ajoutons qu'il n'y a point de lien sur toute la 
côte plus commode pour faire le commerce 
avec les Espagnols du Mexique, par mer et 
par terre, et pour tirer des bestiaux du royau- 
me de Léon. 

Le 5 , M. de La Harpe s'étant rendu à bord 
du traversier , on vit arriver peu après six pi- 
rogues , avec soixante-un hommes sans armes. 
Il les fit de nouveau questionner pour savoir 
les raisons qu'ils avaient de s'opposer à son 
établissement. Ils ne purent lui donner que 
celle qu'il ne convenait point que des gens de 
leurs couleurs demeurassent ensemble. Après 
cette opposition , ne se trouvant pas en état 
de s'établir par la force, tant à cause de la 
faiblesse de son détachement que du peu de 
vivres qu'on lui avait donnés , il prit le parti 
de s'en retourner au fort Louis, dans le doute 
si cette baie était celle de Saint-Bernard ou 
une autre. Il résolut en même temps d'enlever 
quel<jues-uns de ces sauvages; il espérait qu'en 



— 271 — 

leur faisant voir les établissemens français, on 
les engagerait par de bons traitemens à désirer 
nous avoir dans leur pays. Dans ce dessein, il 
envoya faire à terre l'eau nécessaire pour le 
voyage, et retint en otage de ses gens douze 
sauvages. 11 apprit par ces derniers qu'ils 
étaient en guerre depuis peu avec les Assinays 
et les Bidayes à l'occasion d'une femme qu'ils 
avaient tuée , et que les Tayos, qui se nomment 
^entre eux Nehée, et que les Assinays appel- 
lent Sadamons, étaient leurs plus cruels enne- 
mis, se mangeant les uns les autres; que cette 
nation habitait tantôt des îles, tantôt la grande 
terre du côté du sud-ouest , le long de la mer 
aux environs des endroits où Berranger avait 
débarqué les Français. Ils assurèrent aussi 
que les Espagnols , qu'ils désignèrent par une 
nation blanche, avaient passé à trente lieues 
dans les terres de cette baie, avec beau- 
coup de monde et des bestiaux , mais qu'ils 
n'avaient aucune liaison avec eux. 



2^2 

Le 7, on reçut plusieurs hommes et enfans 
à bord du vaisseau; on leur fit comme à l'or- 
dinaire des présens, et on leur laissa un chien, 
des poules et des coqs, ce qui parut leur faire 
un grand plaisir. On leur recommanda d'en 
avoir soin , en leur enseignant la manière 
de les élever. Le canot qu'on avait envoyé 
faire de l'eau étant de retour, on leva l'ancre 
sur les six heures du soir, pour mettre à plus 
grande eau au large. Seize sauvages qu'on avait 
gardés à bord, sous prétexte de leur faire des 
présens, furent inquiets de cette manoeuvre, 
et demandèrent à s'en retourner; on leur dit 
qu'il fallait attendre le jour. 

Le 8 , M. de La Harpe fit entrer dans la 
chambre neuf de ces sauvages; il fit approcher 
quelques soldats la baïonnette au bout du 
fusil, pour les empêcher de sortir, ce qui leur 
causa une peur terrible; ils croyaient qu'on 
les voulait faire mourir; les sept autres, qui 
étaient restés dehors , n'eurent pas moins d'ap- 



— a 73 — 

préhension. On leur dit qu'ils devaient se ras- 
surer, qu'on emmenait leurs camarades pour 
voir le grand-chef des Français, pour lui ex- 
pliquer leur refus de recevoir ses guerriers 
dans leur pays, après avoir accepté des pré- 
sens; qu'ils pouvaient croire qu'on ne leur 
ferait point de mal , et que dans peu ils se- 
raient de retour dans leur pays; on leur re- 
commanda siu' toutes choses de ne point re- 
cevoir les Espagnols chez eux. C-es discours 
ne parurent pas les satisfaire; on les fit em- 
barquer ensuite dans la pirogue qu'on leur 
avait amenée du fort Louis , et dont on leur 
fit présent, et dans une des leurs qui était res- 
tée à bord; ils s'enfuirent au plus vite, mais 
si troublés qu'on fut obligé de leur crier 
qu'ils se trompaient de route; ceux qu'on avait 
retenus espéraient qu'on les mettrait à terre 
àla sortie du port, où l'on s'arrêta pour plan- 
ter les armes du roi gravées Sur une plaque 
de plomb sans inscription; mais lorsqu'ils vi- 



— 274 — 

rent le contraire , ils furent bien surpris ; ils 
représentèrent que la pleine mer était pour 
eux une chose sacrée; qu'ils n'y allaient ja- 
mais; ils inventèrent différentes ruses pour 
engager à les descendre sur la côte : les uns 
disaient qu'il y avait de belles huîtres bien 
grasses, qu'il serait bon d'en faire provision ; 
les autres qu'ils connaissaient des endroits où 
il y avait quantité de bonnes choses, et enfin 
qu'on ne prenait pas le bon canal , et qu'on 
allait toucher sur les hauts fonds. Ils auraient 
pour lors souhaité n'avoir pas rendu des visi- 
tes si fréquentes. Cette troupe était composée 
d'un des principaux de la nation , âgé de plus 
de soixante-dix ans, et de huit garçons de 
quinze à vingt ans, bien faits, ayant les traits 
du visage réguliers, sans autre piqûre qu'une 
mouche à la joue, la physionomie fine et 
agréable, chose extraordinaire dans une na- 
tion barbare. Ils furent cependant traités avec 
tout le soin possible, jusqu'à l'arrivée au fort 



— 275 — 

Louis, qui eut lieu, ainsi qu'il a élé dit, le 
3 octobre, après avoir beaucoup souffert par 
les vents contraires et la disette de rafraîchis- 
semens. 

Parle rapport que fit M. de La Harpe de la 
baie d'où il venait, et par les nouvelles qu'on 
reçut dans ce temps-là des Espagnols de la 
province de Lastekas, on reconnut à n'en pou- 
voir douter que la baie de Saint-Bernard était 
celle que don Martin d'Allarconne avait éta- 
blie en 1778, sous le nom de baie del Espi- 
ritu Santo, à la latitude de i<^° 10', l'entrée 
de cette baie étant par 28° 10 . Cette vérifica- 
tion confirma que les Espagnols nous avaient 
prévenus. Cependant le voyage que M. de La 
Harpe venait de faire n'aurait pas été infruc- 
tueux , si l'on avait , suivant son avis , voulu 
établir la baie dont il venait de faire la décou- 
verte; sa situation, la bonté de son port, la 
fertilité de ses terres et la commodité des ri- 
vières qui y affluent la rendent bien 'préfé- 



— a^ô — 

rable à celle de Saint-Bernard, à l'entrée de 
laquelle il n'y a tout au plus que sept à huit 
pieds d'eau, tandis que celle-ci en a plus de 
onze par la mer haute ; et peut-être s'en trou- 
verait-il davantage , si elle était sondée plus 
exactement. Si ces raisons n'ont point été 
goûtées par le conseil de la Louisiane, il faut 
croire que le motif qu'il a eu d'abandonner un 
projet si utile a été l'impuissance où il s'est 
trouvé de pouvoir fournir ce qui serait néces- 
saire pour former un établissement. 

Les habitans que M. de La Harpe avait ame- 
nés se voyant en liberté , et manquant sou- 
vent de subsistance, s'enfuirent quelques jours 
après leur arrivée, dans le dessein, sans doute, 
de s'en retourner chez eux par les terres, en- 
treprise des plus difficiles et dans laquelle ils 
doivent avoir Souffert extrêmement. 

Le 4, la flûte la Durance , commandée par 
M. Gautier, arriva chargée de vivres pour le 
compte de la compagnie et des concessions de 



— 277 — 
Sainte-Catherine et de Sainte-Rêne. M. de 
Bienville reçut par cette occasion une lettre 
de messieurs les commissaires, par laquelle 
ils lui marquaient qu'ils avaient réglé ses ap- 
pointemens à 12,000 livres; qu'il ne devait pas 
s'étonner de la diminution qu'on lui faisait 
subir, parce que cette somme était effective; 
ils lui donnèrent ordre d ajouter foi aux let- 
tres de M. Côrdier, directeur général, et ils 
rendirent à M. de Bienville la préséance au 
conseil qu'on lui avait ôtée en faveur de 
M. Duvergier ; en sorte que toutes ses grandes 
prérogatives et les titres qu'on lui avait don- 
nés commencèrent à s'évanouir. On apprit 
aussi que MM. Duché, le chevalier Bâillon et 
Moreau, travaillaient sous messieurs les com- 
missaires à la régie de la compagnie des Tndes. 
Le 5, une double chaloupe de la baie de 
Saint-Joseph amena don Pedro Prino de Ri- 
bera , capitaine d'infanterie , frère de don Jo- 
seph, gouverneur de cette baie, et le sergent- 



— 278 — 

major du même lieu. Ils venaient, sons pré- 
texte de quelque maladie, pour examiner ce 
qui se passait à la colonie. 

Le 6 , le vaisseau le Maréchal-d' Estrée , 
partit pour la France. 

Le i3, un traversier commandé par le sieur 
Cliapuy arriva chargé d'effets pour la con- 
cession de M. Le Blanc. 

Le 16, partie de messieurs les ingénieurs fi- 
rent leverles plans des îles aux Vaisseaux et aux 
Chats. Dans ce temps-là, M. de Bienville reçut 
une lettre de M. Renaud, capitaine- comman- 
dant aux Natchitoches, qui lui disait que le 
marquis Aguayo, gouverneur de la province 
de Lastekas, était arrivé aux Adayes le i5 août 
avec quatre cents cavaliers, 20 ou 3o,ooo 
piastres en or, des vivres et des effets; qu'il 
faisait travailler à la construction d'un fort 
de briques. Sur cette nouvelle, M. de Bien- 
ville, craignant qu'il ne voulût s'emparer des 
Natchitoches, et dans l'appréhension qu'on ne 



— ^79 — 

lui en attribuât la faute sous le prétexte qu'il 
n'avait pas donné le commandement de ce 
poste à M. de Saint-Denis, à qui plusieurs 
personnes croyaient un grand crédit sur ces 
nations, le détermina contre sa volonté à lui 
envoyer une commission de commandant, et 
à relever M. Renaud. 

Le 12 novembre, on apprit que les Chica- 
cbas avaient tué sur la rivière de la Mobile 
les nommés d'Ardenne etPontchâteau, Cana- 
diens. 

Le iS, la Doure , commandée par M. de 
Marsay, arriva , ayant à bord M. Desfontai- 
nes, directeur d'une des concessions de M. Le 
Blanc, ainsi que son épouse. Peu après, M. Du- 
vergier démonta le capitaine de ce vaisseau , 
et mit à sa place le sieur Aveoit , qui était ar- 
rivé dans la colonie en qualité de pilote. 

Le même jour, M. de Lorme quitta le vieux 
Biloxi, pour aller demeurer au fort Louis, où 
l'on avait arrêté par une délibération du con- 



— a8o — 
f 
seil du 20 décembre 1719 qu'on ferait le 

principal comptoir; depuis ce temps il avait 
retardé de s'y rendre sous divers prétextes; il 
avait seulement engagé M. Duvergier à y pas- 
ser; les affaires du pays qu'il n'entendait pas 
encore bien, et quelques discussions qu'il eut 
avec plusieurs personnes, surtout avec les 
officiers , le dégoûtèrent du service de la co- 
lonie. Il avait voulu ôter le commandement 
de Saint- André à M. de Kquenel, pour ne lui 
avoir pas accordé sur-le-champ un canot 
qu'il avait retenu à son bord avec quelques 
matelots anglais soupçonnés, de piratei^ie et 
arrêtés aux environs de l'île de Cuba. M. de 
Bien ville, approuvant la conduite de cet offi- 
cier, s'y était opposé. M. Duvergier se récria 
contre ce procédé; ilse croyait autorisé, par sa 
qualité de commandantde la marine, à casser les 
capitaines de vaisseau de la compagnie sui- 
vant son caprice ; il prit dès-lors le parti de 
passer en France pour en demander justice. 



»7^i 
— 281 — 

Plusieurs personnes ont cru que M', de Lorme 
y avait contribué, pour rester dans son em- 
ploi, et d'aulres , que son projet, en passant 
au cap Français, d'épouser mademoiselle de 
Silvacanne, était le motif qui l'avait déterminé. 

Sur la fin du même mois, la Saône , com- 
mandée par M. Frotin , arriva chargée de vivres 
et d'effets. 

Messieurs les commissaires avaient donné 
ordre de faire continuer les établissemens de 
M..Law,au compte de ses directeurs ; M. Le- 
vens seul ayant refusé cette offre, le conseil 
nomma à cet emploi M. Duderaaine-Dufresne 
avec des appointemens de 2,000 livres; il 
avait ordre de partager le terrein de la con- 
cession des Alcansas aux engagés de la conces- 
sion qui voudraient prendre ce parti. 

Le 2 3, messieurs les ingénieurs firent poser ^- ^/iJ 

les premières pièces de charpente d'un hôpital 
de soixante-dix pieds de long sur vingt-un de 
large en bois de sapin. 



2«2 



Le 24 , h Cher, bateau commandé par le 
sieur Cordes, arriva pour le service de la co- 
lonie. Messieurs les commissaires ayant recom- 
mandé d'aller visiter la rivière des Alkansas, 
pour savoir si elle était navigable jusqu'aux 
nations découvertes en 17 19 par M. de La 
Harpe, M. de Bien ville le choisit pour cette ex- 
pédition. Messieurs les directeurs crurent qu'il 
était inutile de faire cette découverte, et sur 
les contestations qu'ils eurent à ce sujet, M. de 
Bienville leur déclara que c'était l'avantage de 
la colonie, ainsi qu'il prenait sur lui cette en- 
treprise. On voulait établir par la suite un 
poste au haut de cette rivière, tirer par ce 
moyen des bestiaux du Nouveau-Mexique, et 
mettre en sûreté les établissemens de l'ouest 
de cette province. 

Ordres et instructions données au sieur IBe- 
nard de La Harpe par M. de Bienville. 

« Nous Jean-Baptiste de Bienville , cheva- 



— 283 — 

lier de l'ordre militaire de Saint-Louis, com- 
mandant-général pour le roi dans la province 
de la Louisiane, ordonnons au sieur de La 
Harpe, commandant de la baie Saint-Bernard , 
de partir avec un détachement de seize sol- 
dats de cette garnison , pour se rendre aux 
AUiansas, où il séjournera tout le temps néces- 
saire pour faire des vivres et donner Tordre de 
notre part au sieur Defranchomme, enseigne 
de la garnison dudit lieu, de Taccompagner 
dans celte découverte pour lui servir de se- 
cond , après quoi ledit sieur de La Harpe par- 
tira de là pour remonter les branches de la 
rivière des Alkansas, te plus haut qu'il pourra , 
pour découvrir la qualité des terres, les na- 
tions qui en habitent les bords, avec lesquelles 
il fera alliance, en leur faisant de notre part 
les présens qu'il jugera nécessaires, tiendra 
un journal exact de tout ce qu'il trouvera sur 
sa route, marquera le cours des rivières, leur 
rapidité et profondeur , la qualité des bois et 



— 284 — 

rochers; s'il trouve des mines, il en apportera 
de la matière le plus qu'il pourra : s'il rencon- 
trait par hasard des Espagnols qui voulussent 
s'établir sur ces rivières, il leur fera opposi- 
tion , en leur représentant que nous avons fait 
la découverte de ces quartiers avant eux , que 
d'ailleurs ces rivières affluant dans le Jvlissis- 
sipi sont dépendantes du gouvernement de 
cette province. Quand ledit sieur de La Harpe 
aura exécuté tout ce que dessus, de manière 
à ne rien laisser à souhaiter, il s'en reviendra 
le pluspromptement qu'il pourra , après avoir 
laissé en passant le sieur Franchomme à son 
poste , en foi de quoi nous avons signé le pré- 
sent ordre, et fait apposer le cachet de nos 
armes. Au fort Louis, le jo décembre 1721. » 

Le 16, M. de La Harpe partit pour sa dé- 
couverte. Messieursles directeurs lui firent déli- 
vrer quelques marchandises destinées à ache- 
ter du maïs et des fèves des sauvages, pour sa 



^72-2_ 

— 285 — 

I 

subsistance et celle de son détachement. 

Le 7 janvier 1722, le Saint '^ndré pariiX Janvier cjaa. 
pour la France avec quarante passagers, au 
nombre desquels était M. de Richebourg, 
nommé au commandement de la Nouvelle- 
Orléans. Il prit ce parti, ne voulant pas servir 
sous les ordres de M. de Paillon, dont le rang 
de major-général delà province lui donnait le 
droit de commander à la Nouvelle-Orléans, 
où il faisait son domicile. M. Durot et made- 
moiselle Desbrosses, fille de M. Baron , de la 
Comédie Française , s'embarquèrent sur le 
même navire. 

Le i3, MM. de La Tour et de Bois-Pinel , 
allèrent lever le plan de l'île aux Vaisseaux 
et des endroits où il convenait d'établir un 
fort. 

Le 3i , le père Charlevoix, jésuite, arriva 
du Canada par le fleuve; comme il se dit por- 
teur d'ordres de la cour pour examiner l'état 
de la colonie, chacun s'empressa de le rece- 



-^ 286 — 

voir de son mieux. Il voulait aussi persuader 
que le conseil de la marine l'avait chargé de 
faire la découverte de la mer de l'ouest par 
les lacs du Canada; suivant ce qu'il publia, il 
avait fait de grands efforts pour y parvenir; il 
est cependant certain qu'il n'a pas pris d'autre 
route pour venir à la Louisiane que celle que 
suivent ordinairement les Canadiens. Ainsi 
plusieurs personnes d'expérience ont cru qu'il 
en voulait imposer, et que cette mer de l'ouest, 
qu'il prétend qu'on doit trouver à l'occident 
du Canada, n'est qu'une fausse idée, cette 
route ne pouvant conduire que dans la pro- 
fondeur des terres, et non à cette mer, qui 
doit être à l'ouest de la Californie, depuis les 
36° jusqu'aux 45". 
Février. Lc i*''' février, la Durance partit pour la 

France; ce vaisseau devait passer par le cap 
Français dans l'espérance d'y trouver un 
fret. 

Dans le même mois, le père Charlevoix 



— 287 — 

ménagea une espèce de réconciliation entre 
MM. de Bienville et Hubert. 

Le i*^'" mars, M. Duvergrer partit sur la Ma". 
Saône pour retourner en France. Il eut soin 
de se charger de procès-verbaux et de plaintes 
mal fondées de différens particuliers; il comp- 
tait faire ôter leurs emplois à MM. de Bien- 
ville, de La Tour, de Boisbrillant et de Châ- 
teaugué, et faire casser plusieurs autres offi- 
ciers qui n'avaient pas eu le don de lui plaire. 

Le 1 1 , on envoya un traversier, commandé 
par Voil, au cap Français, chercher du blé 
d'Inde pour la nourriture des nègres. 

Sur la fin du même mois, la Doure partit 
de la Nouvelle-Orléans pour la France ; le 
père Charlevoix, MM. Hubert, Fabry, Devens, 
Navarre, chirurgien, Le Comte, Ménage et 
quelques autres s'y embarquèrent. 

Le 5 avril , le vaisseau le Profond , com- AtHL 
mandé par M. Duguernuer, arriva; on chanta 
le Te Deum pour remercier Dieu de ce se- 



cours; la colonie était dans une grande disette 
de vivres. 

Le 9, la flûte la Beîlone , commandée par 
M. de Beauchamp , arriva chargée de vivres ; 
elle était accompagnée du pinque V Espiduel , 
capitaine Bataille. 

M. de Loubois , chevalier de Saint-Louis , 
chargé d'une commission de commandant du 
fort Louis; MM. Prades, capitaine de compa- 
gnie, Terisse, lieutenant, et Marquis, sous- 
lieutenant, Bion, sous-directeur des comptes, 
et Bouquet, secrétaire du conseil, ainsi que 
plusieurs autres commis, arrivèrent sur ces 
bâtimens. 

M. de La Tour reçut par cette occasion la 
commission de lieutenant-général de la pro- 
vince de la Louisiane , ce qui mortifia MM. de 
Bienviile et de Châteaugué, qui se crurent 
disgraciés par cette promotion , et il est à 
croire que M. de Boisbrillant , premier lieute- 
nant de roi de la province, ne le fut pas moins. 



- ^89 - 
Messieurs les commissaires envoyèrent par 
ces navires des réglemens pour la colonie ; ils 
sont du 10 septembre 1721 : en voici les arti- 
cles. 

ARTICLE PREMIER. 

Les nègres seront vendus aux habitans à 
six cent soixante livres d'Inde pièce , confor- 
mément à ce qui a été réglé par la compagnie^ 
pour le paiement desquelles ils feront leurs bil- 
lets payables dans trois ans , par parties égales 
du jour de la délivrance , en tabac ou en riz , 
suivant ce qui sera réglé par les directeurs 
par rapport à la qualité des terres des habi- 
tans. 

Si après la seconde année échue l'habitant 
qui aura reçu des nègres se trouve débiteur 
de ses billets en entier , sans avoir fait le paie- 
ment la première année, les nègres seront 
vendus au profit de la compagnie , après un 
seul commandement de payer , et sera la 



— 290 — 

vente des nègres affichée , indiquée et publiée 
dans toutes les habitations du quartier, un 
mois d'avance ; si le produit de la vente des- 
dits nègres ne suffit pas pour le paiement de 
la compagnie, le débiteur sera contraint au 
paiement du surplus, et sera conduit en pri- 
son dans le chef-lieu ou la résidence du com- 
mandant du quartier, pour y demeurer jus- 
qu'à parfait paiement. 

ART. II. 

Le tabac bon en feuilles ou manoques sera 
payé aux habitans à vingt-cinq livres le cent, 
poids de marc, et sera seulement pris deux 
pour cent de bon poids ; il sera libre aux ha- 
bitans de le fournir en futailles ou en caisses 
suivant leur commodité. 

Les habitans qui voudront le mettre en 
caisses s'assujétiront à les faire de la grandeur 
convenable pour contenir deux cents livres de 
tabac bien pressé , et afin qu'il n'y ait pas de 



— agi — 

difficulté sur la tare des caisses, il sera libre 
aux habitans d'en faire vider quatre caisses 
sur cent, le poids desquelles servira de règle 
pour la tare des autres. 



ART. III. 



Le tabac et le riz seront livrés par les habi- 
tans au comptoir du Nouveau-Biloxi de la 
Nouvelle-Orléans, de la Mobile et non ail- 
leurs; le tabac sera reçu également dans trois 
comptoirs au prix de vingt-cinq livres le 
quintal. 

ART. IV. 

Le riz sera payé à douze livres le quintal 
poids de marc, deux pour cent de bon poids, 
et la même chose sera observée tant pour la 
tare des barils, que pour celle des caisses de 
tabac ; il sera lil>re a ■■n habitans de les livrer 
en ba'Jes de toile, auquel cas la tare d'une 
balle d . deux cents livres sera de deux livres. 

Si les habitans trouvent moyen de le livrer 



dans quelque espèce de jonc, ou autre de la 
fabrique du pays pour épargner la toile , la 
tare en sera vérifiée sur le poids que pèseront 
quatre de ces emballages sur cent. 



ART. V. 



Nous exhortons les habitans à ne point né- 
gliger la fabrique de la soie, et à replanter 
des mûriers sur leurs habitations, pour qu'ils 
se multiplient, en attendant qu'il y ait assez 
de monde pour travailler à la soie, qu'ils doi- 
vent regarder comme un objet considérable. 



ART. VI. 



Le surplus des autres marchandises du crû 
et culture de la colonie , et celle de la traite 
comme peaux de chevreuils , castors et autres 
seront vendus dans les trois comptoirs ci- 
dessus, au prix ordinaire porté par le tarif de 
la compagnie des Indes. 



— 293 — 

ART. VII. 

Les marchandises de France seront vendues 
aux habitans sur lé pied ci-après ; 

Savoir : 

Au Biloxi, à la Mobile et à la Nouvelle- 
Orléans à cinq pour cent de bénéfice sur la 
facture de France ; aux Natchès et aux Yasons 
à soixante-dix pour cent de bénéfice; aux 
Natchitoches et aux Arkansas à quatre-vingts 
pour cent ; aux Illinois à cent pour cent ; aux. 
Alibamons à cinquante pour cent. 

ART. VIII. 

Le vin sera vendu cent vingt livres la bari- 
que , et le quart d'eau-de-vie à cent vingt li- 
vres, les demi-quarts et ancre à proportion. 

Sur ce que nous avons été informés que les 
commis de la compagnie ont ci-devant dé- 
tourné les marchandises les plus recherchées, 
pour les survendre aux habitans à des prix 
bien plus forts et à leur profit, que ceux ré- 



— 294 — 

glés par la compagnie , nous leur avons dé-^ 
fendu de faire aucun commerce , même in- 
directement pendant le temps qu'ils seront 
employés au service de k compagnie; et au cas 
que quelques-uns d'entre eux contreviennent 
à nos défenses , nous ordonnons aux habitans 
de les dénoncer aux directeurs, qui leur adju- 
geront la confiscation des marchandises, et 
de nous en donner avis en même temps. 



ART. IX. 



Afin que les habitans soient informés des 
marchandises qui seront dans les magasins de 
la compagnie, nous avons donné nos ordres 
pour que tous les premiers jours de chaque 
mois il en soit affiché une liste à la porte de 
la compagnie du Nouveau-Biloxi, de la Nou- 
velle-Orléans et de la Mobile, et attendu qu'il 
pourrait y avoir au Nouveau-Biloxi des mar- 
chandises qui ne se trouveraient pas à la Nou- 
velle-Orléans ni à la Mobile, la liste de celles 



— 295 



du Nouveau-Biloxi sera envoyée à la Mobile et 
à la Nouvelle-Orléans par les premières occa- 
sions qui se trouveront dans le commence- 
ment de chaque mois. 



ART. X. 



Il sera envoyé des espèces de cuivre pour 
payer la solde des troupes et les dépenses 
journalières de la compagnie, lesquelles au- 
ront un cours invariable , savoir celles de 
vingt au marc dix-huit deniers, celles de qua- 
rante au marc neuf deniers, et celles de qua- 
tre-vingts au marc quatre deniers et demi. 

Les habitans ne doivent faire aucune diffi- 
culté de recevoir lesdites espèces des troupes 
et autres en paiement des marchandises qu'ils 
leur vendront, parce que ces mêmes espèces 
seront reçues dans les comptoirs de la com- 
pagnie en paiement de toutes sortes de mar- 
chandises pour la même valeur sans aucune 
distinction d'espèces d'or et d'argent. 



— 2^6 



ART. XI. 



Nous envoyons des ordres pour diviser la 
colonie en neuf quartiers , qui seront la Nou- 
velle-Orléans, le Biioxi, la Mobile, les Aliba- 
mons, lesNatchès, les Yasons, les Natchito- 
ches , les Alkansas et les Illinois. 

Leshabitans seront informés par le conseil 
de la Louisiane de quels quartiers ils seront. 

Il y aura dans le chef-lieu de chaque quar- 
tier un commandant et un juge, du jugement 
desquels les appellations seront portées au 
conseil supérieur établi au Biioxi. 

Cet ordre est établi pour que les habitans 
soient à portée de demander au commandant 
de leur quartier la protection dont ils auront 
besoin , et ne soient point éloignés de leurs 
habitations pour faire juger les affaires qui 
pourraient naître entre eux, et nous les ex- 
hortons d'éviter les procédures, autant qu'il 
leur sera possible , de vivre tous en bonne 



— 297 — 
union et concorde, et se secourir mutuelle- 
ment. 

ART. xir. 

Nous les exhortons pareillement à être plus 
réguliers à remplir les devoirs de chrétiens 
qu'ils ne Font été jusqu'à présent. Pour les 
mettre en état d'y satisfaire, nous donnons 
l'ordre qu'il soit établi des chapelles et églises 
en nombre suffisant, afin que les habitans 
soient à portée d'aller au service divin et de 
recevoir les sacremens. 

Fait à Paris, le 27 septembre 1721. 

Signé , Dodun, Ferrand et de Mahact. 

État des dépenses arrêtées par messieurs les 
commissaires du roi, pour la colonie de la 
Louisiane. 

ÉTAT'MAJOR. 

M. de Bienville, commandant- 
général 12,000 liv. 



-298- 

J)e r autre part. . . . 12,000 liv. 

M. de Boisbrillant, premier lieu- 
tenant de roi 5,ooo 

M. de Châteaugué , second lieu- 
tenant de roi ...... . 4»ooo 

M. de Paillon , major-général . . 2,000 

M. Diron, inspecteur-général . 3,ooo 

26,000 liv.. 

COMMA-NDANS DES POSTES. 

M. de Richebourg, commandant 
de la Nouvelle-Orléans, par gratifi- 
cation de la compagnie 720 liv. 

M, de Mandeville, capitaine-com- 
mandant au fort Condé de la Mobile, 
sans gratification. 

JM- de La Harpe, commandant des- 
tiné pour la baie Saint-Bernard, à 
1,800 livres sans compagnie , ré- 
formé à. 1,080 

1,800 liv. 



— 299 — 
De Vautre part. . . . i,8oo liv. 

M. Duloubois, commandant au 
fort Louis, du Biloxi, par gratifica- 
tion, outre sa compagnie. . . . 720 

M. de Saint-Denis, commandant 
de poste, sans compagnie, pour ses 
appointemens . . . *. . . . 1,080 

M. de La Marque destiné pour 
File aux Vaisseaux, par gratifica- 
tion, outre sa compagnie. . . . 720 

M. Marchand , commandant des 
Alibamons, pour ses appointemens. i ,080 

M. de Bournion, commandant du 
Missouri . . . .... . . 1,800 



7,200 liv. 

APPOINTEMENS DES INGÉNIEURS. 

M. de La Tour, lieutenant-gé- 
néral de la Louisiane et ingénieur 

en chef 8,000 liv. 

8,000 liv. 



— 3oo — 

De Vautre part. . . . 8,000 liv. 
Mort en .723. M. dc Boispincl , chevalier de 

Saint-Louis.. . 5,ooo 

M. de Pauger, id 5,ooo 

^"'en^Ir'' M. de Franquet-Chaville. . . 2,5oo 

Dessinateurs et piqueurs. . . 3,3oo 

a3,8oo liv. 



^jy6oo liv. 

APPOINTEMENS DES DIRECTEURS ET COMMIS. 

M. de Lorme, directeur géné- 
ral 12,000 liv. 

M. Guillet , directeur des comp- 
tes. . . 6,000 

M. Bion, sous -directeur des 
comptes 3,000 

M. Bouges, secrétaire du colonel. 1 ,5oo 

M. Dalcourt , trésorier . . . 2,240 

M. Bonneau, garde-magasin gé- 
néral, nommé par le colonel . . 2,240 

36,980 liv. 



V — 301 — 

De r autre part. . . 86,980 liv. 

M. des Ursins de la Loire, com- 
mis principal aux Illinois. . . . 2,000 

Pour autres commis et employés, 
ci. 28,020 



67,000 liv. 

APPOINTEMËNS DES MAJORS DE POSTES. 

M. de Banes, de la Nouvelle-Or- 
léans 900 liv. 

M. de Beauchamp , de la Mobile. 900 

Ile aux Vaisseaux, vacant. . . 900 
M. de Terpuy, aide-major du Bi- 

loxi 900 

3,600 liv. 

Pour l'entretien et appointe- 
mens de la marine de la Loui- 
siane, ci ... * 26,800 liv» 



— 3o2 -— 

Pour les aumôniers et chirur- 
giens à 800 livres chacun , ci. . 1,600 liv. 

Pour les gages , nourriture 
d'ouvriers et dépenses des tra- 
vaux des fortifications . . . . 74j000 

Pour les présens des sauvages. ia,ooo 

Pour seize compagnies d'infan- 
terie . .139,104 

Il est bon de faire observer que toutes ces 
dépenses se montent à 375,5o4 livres prix de 
France, non compris la compagnie d'ouvriers 
suisses, qui, forte de deux cent dix hommes, 
doit coûter Sa, 000 livres, ni l'entretien des 
hôpitaux, des gens de force, les dépenses ca- 
suelles , et les frais des armemens de vais- 
seaux, pour apporter les fonds à la colonie, 
sur lesquels il y a les cinquante pour cent 
d'augmentation pour marchandises et vivres, 
prix qu'elles se vendent à la colonie, faisant la 
somme de 187,752 livres, qui peuvent en par- 



_ 3o3 — 

tie suppléer à l'augmentalion des dépenses. On 
reçut aussi un règlement par lequel les capu- 
cins devaient avoir juridiction depuis l'entrée 
du Mississipi jusqu'au Ouabache; les carmes 
déchaussés, depuis Rio Perdido le long de la 
côte jusqu'à l'entrée du fleuve, y compris la 
rivière de la Mobile et des Alibamons; les jé- 
suites et prêtres de la congrégation, de la mis- 
sion, le Missouri, les Illinois et les nations du 
nord. 

Messieurs les commissaires donnèrent ordre 
d'établir un conseil aux Illinois pour juger en 
dernier ressort, et cependant rendre compte 
au conseil supérieur, qu'on devait établir à la 
Nouvelle-Orléans, et d'y former le comptoir 
principal, enjoignant d'abandonner le fort 
Louis, et de n'y laisser qu'une simple garni- 
son, et sur toutes choses de faire entrer à 
l'avenir les vaisseaux dans le Mississipi. 

On apprit par le Profond que la flûte le 
Portefaix, qui était partie de l'île aux Vais- 



— 3o4 — 

seaux au mois de juillet dernier, s'était per- 
due à la cote d'Irlande, mais que l'équipage 
S était sauve. 

Messieurs les commissaires donnèrent la 
nouvelle du rétablissement de la santé du roi, 
de son mariage avec l'infante d'Espagne, et 
de celui du prince des Asturies avec mademoi- 
selle de Montpensier. Ils ordonnèrent à cette 
occasion de faire des réjouissances publiques 
et d'envoyer un traversier à La Havane et à 
la Vera-Cruz , avec des officiers chargés d'en 
donner avis aux Espagnols, et de les féliciter. 
C'est ce qu'il eût été bien à propos d'exécuter, 
si l'on eût songé aux avantages qu'on pouvait 
tirer de l'établissement de correspondances 
secrètes pour le commerce. 

Le 12, on chanta le Te Deum en action de 
grâces du rétablissement de la santé du roi ; 
l'après-midi, l'on fit la cérémonie de la béné- 
diction des drapeaux, ensuite M. de Bienville 
fit connaître à la tête des troupes M. de La 



— 3o5 — 

ïour pour lieutenant-général de la colonie, 
M. Duloubois pour commandant du fort Louis , 
du Biloxi, et M. Pades pour commandant de 
compagnie. Sur les cinq heures les vaisseaux 
qui étaient en rade firent trois décharges de 
canons et de mousqueterie. Le soir on fit un 
feu de joie. 

Le même jour trois forçats s'échappèrent 
dans une pirogue. 

Le i8, trois pirogues de Canadiens descen- 
dirent des Illinois; ils rapportèrent qu'il y 
avait vingt jours qu'une de leurs pirogues, 
dans laquelle "il y avait quatre hommes, avait 
été attaquée vis-à-vis les écors à Prudhomme , 
par plusieurs Chicachas, qui avaient tué deux 
Canadiens , et que les deux autres s'étaient 
sauvés. 

Le 22, des sauvages chassant trouvèrent 
un Français assassiné dans les bois : c'était un 
forçat. On soupçonna qu'il avait été tué par 
sa femme et l'amant de cette dernière. 



— 3o6 — 

Le même jour, on apprit que M. de Mon- 
tigny, qui commandait à Pensacole^ avait ar- 
rêté dix-huit déserteurs tant libres que forçats. 

Le i^'' mai, plusieurs Chactas apportèrent 
la chevelure d'une femme Chicacha. 

Le i8, M. Diron , inspecteur des troupes, 
arriva des Natchitoches; on avait répandu le 
bruit qu'il avait été tué sur cette route : ce 
qui avait donné lieu à cette nouvelle était 
l'assassinat commis sur la personne du nommé 
Pierrier, Canadien, aux environs des Rapides 
dans la rivière Rouge , par le nommé Cocaya, 
sauvage Natchitoche , qui lui avait volé cent 
pistoles d'Espagne en or. M. de Bienville 
donna, dit- on, l'ordre à M. de Saint-Denis 
de faire tuer secrètement ce sauvage. 

Le 19, on apprit que M. de La Boulaie , 
lieutenant de compagnie, qui commandait 
aux Alkansas , s'était retiré avec sa troupe 
dans la rivière des Sotoûis, sous prétexte d'y 
subsister plus commodément , et de tirer des 



— 3o7 — 

secours de la concession de M. Law; la nation 
Alkansa avait aussi abandonné son village, ne 
se croyant plus en sûreté à cause de la guerre 
des Chicachas; cette nouvelle alarma les co- 
lons, surtout pour les vivres que les convois 
montant et descendant des Illinois trouvaient 
dans cet endroit. 

Le 20 , des habitans matelots et forçats au Mai. 
nombre de vingt-deux enlevèrent une cha- 
loupe et des vivres pour se retirer à Saint- 
Joseph ; on envoya après eux un détachement 
de quarante soldats dans deux chaloupes , 
commandées par M. de Montmont, capitaine 
de compagnie. 

Le 24, le Y^inque l^ aventurier, commandé 
par M, Fouquet, amena M. Dubrousset, lieu- 
tenant réformé ; ce navire apporta de la mon- 
naie de cuivre pour avoir cours dans les colo- 
nies françaises de l'Amérique , conformément 
à l'édit du roi du mois de juin 1721. M. Fou- 
quet porta qu'à la sortie de Lorient, il 



— 3o8 — 

avait rencontré un vaisseau qui y entrait , et 
qu'il crut reconnaître pour le Saint-^ndré. 

Le 2 5, M. de La Harpe arriva de la rivière 
des Alkansas; il fit vingt-huit lieues jusqu'à la 
Nouvelle-Orléans, où il arriva le 20 décem- 
bre 1721. Il avait perdu un soldat sur cette 
route par le froid qui survint. M. de Paillon , 
qui commandait à la Nouvelle-Orléans, fit 
délivrer à sa troupe, composée de dix-huit 
personnes, pour quarante-cinq jours de bis- 
cuit, afin de pouvoir se rendre aux Alkansas. 

Le 24, il partit de la Nouvelle-Orléans avec 
un bateau plat et deux pirogues. Il fit trente- 
cinq lieues jusqu'au portage de Manchac qui 
se rend au lac de Maurepas. Il avança ensuite 
vingt-cinq lieues jusqu'à l'entrée de la rivière 
Rouge qu'il laissa à la gauche, à deux lieues 
au-dessus; il dépassa le lac desTonicas, situé 
à la droite, d'où il fît vingt lieues jusqu'aux 
Natchès, et y arriva le 20 janvier 1722. Le 
commandant et les officiers de ce poste étaient 



— 3o9 — 

MM. de Barnaval, capitaine de compagnie du 
quartier, et Cassenave, lieutenant et enseigne; 
il y avait vingt soldats de garnison. Le fort 
est construit sur un coteau et n'est composé 
que de mauvais pieux pourris, de sorte qu'il 
ne peut être d'aucune défense. M. de La 
Loire y occupait l'emploi de premier commis 
à la satisfaction des officiers et des habitans. 
Le aS, M. de La Harpe partit des Natchès; 
il fit quarante lieues jusqu'à la rivière dos 
Yasons , à la droite du Mississipi, situé par les 
33° 5' de latitude. 11 y rencontra deux pirogues 
de Canadiens qui descendaient à la Nouvelle- 
Orléans avec cinq mille livres de bœuf salé; 
ils avaient tué quatre-vingts boeufs au-dessus 
de la grande pointe coupée, ce qui prouve 
qu'il serait important de défendre aux chas- 
seurs de tuer de ces animaux au-delà de leurs 
besoins , sans quoi il est à craindre que cette 
chasse ne devienne rare par la suite dans ces 
quartiers. 



— 3io — 

Le 26, il entra dans la rivière des Yasons , 
sur laquelle il fit trois lieues jusqu'à l'habita- 
tion de M. Le Blanc, sous le nom du fort 
Saint-Pierre , où commandait M. de Grave , 
capitaine de compagnie et administrateur de 
cette concession. 

Les officiers étaient M. Le Petit-Leuillier , 
lieutenant, de La Combe etDnmont de Mon- 
tigny, sous-lieutenans. Le terrein sur lequel 
est placée cette habitation peut avoir trente 
arpens de terre labourable ; le reste n'est com- 
posé que de coteaux de pierres , où l'on trouve 
à peu de profondeur l'argile et le tuf; cette 
concession ne peut donc être d'aucune utilité: 
car en outre les maladies y sont fréquentes à 
cause de la mauvaise qualité des eaux. 

La rivière des Yasons court depuis son en- 
trée jusqu'au fort Saint-Pierre dans le nord- 
nord-est, ensuite sur le nord -quart -nord- 
ouest une demi-lieue , et s'en retournant par 
le nord jusqu'à l'est-quart-nord-est une autre 



— 3ii — 

demi-lieue jusqu'à de petits écors de pierre sur 
lesquels sont situés les établissement- des na- 
tions Yasons, Courois, Offogoula et Onspée; 
leurs cabanes sont dispersées par cantons la 
plupart situées sur des buttes de terre , entre 
des vallons, faites à main d'œuvre , ce qui fait 
présumer qu'anciennement ces nations étaient 
nombreuses. Aujourd'hui elles se réduisent à 
environ deux cent cinquante personnes. Du 
côté du nord-est, à vingt-cinq. ou trente lieues 
de chemin , sont les villages des Choulas ou 
Renards, composés d'environ quarante habi- 
tans; un peu au-dessus sont les Chachoumas 
au nombre de cent cinquante; dans les eaux 
hautes il y a un ruisseau qui y conduit; à trois 
lieues plus loin sont les Ouitoupas, de six ca- 
banes , éloignés de cinq lieues de Tapoucha , 
voisins et alliés des Chicachas. 

M. de La Harpe, ayant rencontré partie des 
soldats de la garnison des Alansa, qui descen- 
daient à la Nouvelle-Orléans , pour aller cher- 



— 3i2 — 

cher leur prêt, les fit remonter avec lui jus 
qu'aux Yasons, parce qu'il avait des marchan- 
dises pour eux. Il renvoya le bateau plat de la 
compagnie, qu'il avait amené, parce que ce 
bateau pouvait être utile pour monter les 
concessions dans le fleuve, et charger ses 
effets sur les trois pirogues, et y distribua son 
détachement. 

Le 5 février , il partit des Yasons , et fit 
cinquante-quatre lieues jusqu'à la première 
fourche de la rivière des Sotoûis ou Alkansas , 
à la gauche du Mississipi; il n'y entra que le 
27 février, le courant de la rivière étant d'une 
rapidité extraordinaire. 

Le 28, notre voyageur continua d'entrer 
dans cette branche qui court d'abord sur le 
nord et nord-quart-nord-ouest à six lieues du 
chemin; il s'arrêta auprès de la rivière Blan- 
che, qui court dans le nord-ouest du côté des 
Osages, mais qui n'est pas navigable à cause 
^ des rochers qu'on y rencontre; elle se dé- 



— 3i3 — 

charge clans la seconde fourche de la rivière 
des Sotoùis, éloignée de la première de quatre 
Heues, par le Mississipi, où elle tonibe à deux 
lieues an-dessous, formant une île de six lieues 
de long que les Sotoûis habitaient autrefois, 
et où les Chicachasen détruisirent une partie; 
de l'entrée de cette dernière branche pour 
aller au village des Alkansas établi sur les 
bords du fleuve, on compte six lieues. 

Le i" mars, il avança de deux lieues jus- 
qu'au village des Sotoûis, situé à la gauche de 
la rivière que les Français nomment des Al- 
kansas, et les sauvages Nigtle, qui signifie 
rouge, à cause de la couleur de ses eaux. Ce 
village est situé à la latitude de 34° l\o • H con- 
tient quarante- une cabanes et trois cent trente 
habitans; il y a trente pieds d'écors dans les 
eaux basses, et trois quand elles sont hautes. 
La rivière a dans cet endroit quatre-vingts 
toises de largeur. Il trouva dans ce lieu M. de 
La Boulaie , lieutenant de compagnie, qui 



— 3i4 — 

était arrivé aux Alkansas, depuis le 27 septem- 
bre de l'année dernière. Il était sorti des Yasons 
avec ordre de rester auprès de ces sauvages 
pour leur sûreté, et pour les convois montant 
ou descendant des Illinois, comme seul enr 
droit où ils pouvaient faire des vivres. Le pre- 
mier soin de M. de La Harpe fut de s'infor^ 
mer du cours de la rivière et des nations qui 
l'habitaient , mais il ne put tirer aucun éclair- 
cissement des sauvages, qui parurent mécon- 
tens de son voyage ; ils semblaient craindre 
qu'ils ne fît alliance avec des nations qui leur 
étaient suspectes; ils voulurent lui persuader 
que le nommé Richard , et cinq autres Fran- 
çais de la concession de M. Law, partis le 17 
du mois d'août dernier dans une pirogue pour 
remonter cette rivière jusqu'aux premières 
nations, dans l'espérance d'y acheter des che- 
vaux , avaient été tués sur cette route par des 
Osages, et sur ce qu'il leur proposa de lui 
céder une de leurs pirogues (ils en avaient 



— 3i5 - 

plus de trente), ils ne voulurent point la lui 
accorder , quelque offre qu'il pût leur faire ; 
ne pouvant s'en passer , il prit la résolution 
d'en enlever une, lorsqu'il serait prêt à partir, 
et de leur en payer la valeur. 

Une autre difficulté qui pensa faire échouer 
son voyage fut le défaut de vivres. La cona- 
pagnie ne lui avait donné que pour quarante- 
cinq jours de biscuit , et des marchandises 
pour traiter du maïs et des fèves avec les sau- 
vages; mais comme ces*derniers n'en avaient 
que très peu, il se trouva fort embarrassé. 

Le 2 du même mois, il se rendit avec 
MM. Dufresne et de La Coulaie à l'habi- 
tation de M. Law, située dans le nordnord- 
ouest des villages des Sotoûis à la droite en 
montant à deux lieues et demie par la rivière, 
et une lieue et demie par terre. 

L'établissement est à un quart de lieue dans 
les terres du côté du nord; on traverse un 
ruisseau pour s'y rendre; mais dans les eaux 



— 3i6 — 

hautes, le terrein est inondé un demi-quart 
de li-eue jusqu'au commencement des prairies 
où elle est placée. Il trouva à cette concession 
quarante-sept personnes de tout sexe , qui 
depuis le mois d'août dernier, avaient com- 
mencé leur défrichement, consistant en qua- 
tre arpens de terre partie ensemencée de fro- 
ment. M. de La Harpe fit reconnaître pour 
directeur M. Dufresne à la place de M. de 
Vens, et il fit faire un inventaire des effets 
qui se trouvaient en petite quantité, car cette 
concession était comme abandonnée et man- 
quait de tout secours. 

Le 3 , M. de La Harpe fit partir une de ses 
pirogues pour aller au village des Alkansas, 
traiter du maïs, et pour amener l'armurier de 
la concession , qui était aussi à la traite du 
mais : il avait besoin de cet ouvrier pour met- 
tre les armes de son détachement en bon état. 
M. de La Boulaie donna ordre au nommé 
Saint-Domingue, soldat de la garnison, qui 



-3.7- 

parlait différentes langues du pays, et qui se 
trouvait alors à ce village, de le suivre pour 
lui servir d'interprète dans cette découverte. 

La nation Alkansa, ainsi nommée parce 
qu'elle sort des Canzés établis sur le Missouri, 
est située sur le bord du Mississipi dans un 
terrein isolé par les ruisseaux qui l'environ- 
nent : elle se divise en trois villages, Ougapa , 
Torisna et Tonginga, éloignés d'une lieue les 
uns les autres, et renfermant ensemble quatre 
cents habitans ; leur principal chef est celui 
des Ougapas ; les Sotoûisle reconnaissent aussi 
pour le leur; ils sont tous sortis de la même 
nation et parlent la même langue. Ils rendent 
une espèce de culte aux serpens, et s'en ser- 
vent lorsqu'ils jonglent leurs malades (invo- 
cation accompagnée de diverses superstitions). 

Ils ne célèbrent de fête pour aucune divi- 
nité, différens en cela de la plupart des autres, 
qui rendent un culte à diverses puissances 
auxquelles ils attribuent le gouvernement de 



^ 3i8 — 

«lifférentes choses, les uns de la chasse du 
bœuf, les autres de l'ours, du dinde, de leurs 
moissons, et les autres de la conduite de leurs 
guerriers. 

Le 9, les gens que M. de La Harpe avait 
envoyés aux Alkansas arrivèrent; il fit enle- 
ver une pirogue sauvage, dans laquelle il mit 
quelques effets et sept hommes, avec ordre 
d'aller l'attendre à deux journées de chemin. 

Le 10, ayant fait le calcul de ses vivres, il 
trouva avoir pour toute subsistance onze ba- 
rils de fèves et de maïs , chaque baril pesant 
' cent quarante livres. Le même jour il partit 
de l'habitation avec deux pirogues et le reste 
de son détachement, composé de vingt-deux 
hommes, y compris M. Defranchomme, en- 
seigne de compagnie de la garnison des Al- 
Icansas. Les sauvages, ayant eu connaissance 
de l'enlèvement de la pirogue, allèrent à sa 
poursuite par terre avec plusieurs guerriers; 
M. de La Harpe, ne voulant pas donner occa- 



— 3r9 — 

sion de rupture avec cette nation , la leur fit 
rendre, ce qui l'obligea d'arrêter à une cy- 
prière jusqu'au 19 du mois, où il en fit con- 
struire une autre par ses soldats, après quoi 
il continua sa découverte, et fit quatre-vingt- 
dix lieues dans le nord-ouest jusqu'à un grand 
rocher qu'il nomma le Rocher Français; il y 
arriva le 9 avril. Ce rocher est à la droite de la 
rivière en montant ; c'est un écors de roche , 
mêlé d'un marbre jaspé, qui forme trois pe- 
tites montagnes fort rapides , de cent soixante 
pieds de hauteur, aux environs desquelles il 
y a plusieurs belles carrières d'ardoises. 11 
monta sur cette colline, qui continue à courir 
dans l'ouest, d'où il aperçut de très beaux 
pays; au pied de ce rocher, il y a une chute 
d'eau en cascade qui forme un bassin fort 
agréable. 

Les eaux de cette rivière jusqu'à trente 
Ueues, sont rougeâtres , ensuite elles devien- 
nent claires et excellentes à boire. Avant d'ar- 



320 — 

river en ce lieu , on trouve des terres fort éle- 
vées, et des écors de soixante-dix pieds d'élé- 
vation, avec des carrières de pierre noire et 
d'autres de pierre à chaux, ainsi que des plâ- 
trièies en divers endroits. 

La rivière étant alors basse , les battues 
étaient découvertes, et les pirogues se tiraient 
à la cordelle; la profondeur de la rivière était 
de huit à dix pieds, et sa largeur de cent cin- 
quante à deux cents toises. On y trouve par- 
tout beaucoup de bœufs, de cerfs, de che- 
vreuils , d'ours et de dindes. M. de La Harpe 
continua sa navigation, et fit vingt-cinq lieues 
jusqu'au 17 avril, que les vivres lui manquè- 
rent par suite d'un accident arrivé à une de 
ses pirogues dans laquelle était une partie de 
son maïs; cette pirogue tourna par la force du 
courant. Ce contre-temps, joint au flux de 
sang dont plusieurs de ses soldats étaient at- 
taqués, l'empêcha de pousser sa découverte 
plus loin; ce qui le mortifia extrêmement, car 



— 3^1 — 

les eaux commençaient à monter, et il n'avait 
plus que cent lieues de chemin par la rivière, 
pour se rendre chez les nations qu'il avait dé- 
couvertes en 17 19. 

Suivant toutes les apparences cette rivière 
est navigable dans les hautes eaux jusqu'aux 
environs de l'établissement des Padoukas et 
des Espagnols du Nouveau-Mexique ; les terres 
qui la bordent sont des plus belles qu'on 
puisse voir : on y ferait des établissemens ma- 
gnifiques. La rivière est remplie de poissons 
et d'une quantité prodigieuse^de tortues; les 
prairies sont couvertes de simples; il s'y 
trouve des morilles rouges et blanches en 
abondance. 

M. de La Harpe , après avoir levé le plan 
de cette rivière jusqu'à ce lieu éloigné de cent 
quinze lieues des Sotoûis par eau dans le nord- 
ouest , quelques degrés vers l'ouest , quoique . 
par terre il n'y ait tout au plus que cinquante 
ou soixante lieues de chemin , prit le parti 



322 

d'échouer ses pirogues , pour aller visiter des 
montagnes du côté de l'ouest et de la rivière. 

Le i5, ils se mirent tous en chemin, em- 
portant chacun un petit sac de maïs ; ils mar- 
chèrent trois lieues dans l'ouest-quart-sud- 
ouest par une chênaie. 

Le 19, s'étant avancés de deux lieues dans 
l'ouest-quart-nord-ouest , ils trouvèrent de 
hautes montagnes entre lesquelles il y avait 
des vallons et des prairies qui leur parurent 
d'un bel aspect. De là ils firent trois lieues 
dans le nord-ouest, traversèrent un lac sur 
des caïeux, et se trouvèrent sur le bord de la 
rivière , qui leur parut comme à l'ordinaire de 
la largeur de deux cents jusqu'à deux cent 
cinquante toises depuis le rocher. 

Ils marchèrent dans l'est-sud-est quatre 
lieues et demie, par de très beaux pays, en- 
suite ils arrivèrent à leurs pirogues, sur les- 
quelles ils s'embarquèrent le 21 pour s'en re- 
tourner, et le 28 ils se rendirent à l'habita- 



— 323 — 

tion de M. I^aw, où ils apprirent qu'il était ar- 
rivé un bateau chargé de quarante quarts de 
farine , envoyé par M. de Bienville de la Nou- 
velle-Orléans; sans ce secours, cette conces- 
sion eût été abandonnée, tout le monde s'ap- 
prétant à descendre à la mer. 

Le 4 5 M. de La Harpe partit des Sotoûis, 
et se rendit au Biloxi le a 5 de mai. 11 trouva 
sur sa route un parti de guerre Chicacha, qui 
pensa le surprendre , ses pirogues étant sépa- 
rées. M. de Bienville perdit dans ce voyage 
son esclave, qui lui coûtait mille francs, et 
dont la direction ne voulut point lui tenir 
compte. 

Le 26, un bateau anglais de douze canons, 
commandé par le capitaine Marsbal, entra 
dans la rade, chargé de marchandises qu'il 
comptait aller vendre à Touspe et à Tampie 
dans le fond du golfe. 

Il rapporta que la flûte Saint- André , qui Mai. 
était partie dans le mois de janvier de l'ile aux 



— 324 — 

Vaisseaux, pour s'en retourner en France , 
avait été contraint par une voie d'eau de se 
présenter à La Havane, mais que le gouver- 
neur n'avait pas voulu Fy laisser entrer , per- 
mettant seulement à MM. de Richebourg et 
Duguesla d'y rester avec quelques passagers, 
lesquels avaient passé à l'île de la Providence, 
pour se rendre de là au cap Français, dans 
l'île Saint - Domingue. Comme ce vaisseau 
anglais avait apporté des farines, de la bière 
et autres provisions, convenables pour le 
pays, il en vendit pour i,5oo piastres aux 
garde-magasins et autres particuliers. 

On apprit par ce capitaine que le vaisseau 
que M. de Kquenel avait rencontré aux envi- 
rons de l'île de Cuba , et auquel il avait re- 
tenu cinq hommes, n'était pas forban. 

Le 28, le Profond partit pour la France ; il 
emmenait M. de Noyan, qui entrait en congé- 

Le même jour, la Sainte- Rêne , balandre 
de la concession de M. Coly, commandée par 



— 3^5 — 

M.Piednoir, fit également voile pour la France; 
le conseil n'avait pas voulu lui permettre 
d'aller trafiquer au cap Français pour son 
compte. 

Le 3i , une balandre espagnole arriva de la 
Vera-Gruz; elle était commandée par M. Es- 
pinosa, lieutenant de vaisseau de sa majesté 
catholique. Il avait avec lui M. Alexandre 
Wauchopp, capitaine de frégate, chargé d'une 
lettre du marquis de Valero , vice-roi du Mexi- 
que, à M. de Bien ville , au sujet de la restitu- 
tion de Pensacole , et des effets qui regar- 
daient l'artillerie et les munitions de guerre , 
sauvées dans cette place lors de la première 
réduction, et cela en conformité des ordres 
du roi très catholique. On complimenta ces 
messieurs sur la double alliance entre les deux 
couronnes, et à cette occasion on fit un feu 
de joie, et on les traita avec magnificence. 

Le 4 juin, M. de Montmort, envoyé le 9 
mai à la poursuite des déserteurs , arriva avec 



Jain. 



— 3^6 — 

son détachement sans avoir pu les rejoindre; il 
avait été à la baie de Saint-Joseph où il trouva 
les officiers passagers, et la moitié de l'équi- 
page de la Douî'e y qu'il ramena dans ses deux 
chaloupes. Le père Charlevoix , MM. Fabry, 
Hubert et Le Vens étaient du nombre. Ce 
vaisseau, parti de la Nouvelle-Orléans au mois 
de mars dernier, avait été porté le i4 avril au 
soir par les courans sur les îles des Martyrs, 
à l'entrée du canal de Bahama , sans pouvoir 
se relever ; le lendemain il s'était trouvé 
éloigné de terre de deux lieues : les gens de 
l'équipage avaient mis le canot et la chaloupe 
à la mer, et fait un radeau sur lequel ils 
s'étaient embarqués avec des vivres, et étaient 
arrivés à une des îles où ils avaient fait heu- 
reusement plusieurs voyages. Ils étaient restés 
dix jours dans ce lieu, et avaient monté un 
bateau plat que M. de Bienville avaient fait em- 
barquer pour faciliter le chargement des mar- 
chandises qu'il devait prendre à fret au cap 



— 32 -y — 

Français; une foi"- en état, les passagers et of- 
ficiers du vaisseau et la moitié de l'équipage 
y étaient entrés et avaient fait route pour 
Saint-Joseph; ceux qui n'avaient point voulu 
prendre ce parti avaient gardé la chaloupe 
et le canot pour se rendre à La Havane. 

Le 6, on donna ordre au capitaine Marshal 
de sortir de la rade; mais avant son départ 
il traita de quelques marchandises avec le bii- 
gantin espagnol. 

Le lo, MM. Wanchopp et Spinosa prirent 
congé de M. de Bienville, et s'embarquèrent 
dans leur balandre, pour retourner à la Vera- 
Gruz, après avoir acheté pour 12,000 piastres 
de marchandises de différens particuliers, et 
environ 1,800 piastres de celles du magasin, 
dontle produit fut distribué à messieurs les offi- 
ciers-généraux comme à-compte sur leurs ap- 
pointemens , et sans y comprendre M. Diron 
d'Artaguette ni les commandans des postes. 

Le même jour, M. de La Tour s'embarqua 



— 328 — 

sur le navire V jiventurîer , pour se rendre à 
la Nouvelle-Orléans par le bas du fleuve. 

Le II, le nommé Richard se présenta au 
fort Louis ; il arrivait des nations que l'on dé- 
signe sous le nom de Mentos, il y avait été 
envoyé par la rivière des Alkansas , avec six 
hommes dans un pirogue, au commencement 
de l'année dernière par ordre de M. Le Vens, 
directeur de la concession de M. Law , pour 
faire le commerce des chevaux; il rapporta 
avoir été pillé sur cette route par les Osages , 
et avoir remonté cette rivière par les eaux 
basses, jusqu^à quarante lieues; c'était celle 
que M. de La Harpe avait découverte par les 
terres en 1 7 1 9 , et où il avîîit été bien reçu 
par les sauvages. 

Le 16, la flûte la Belîone fit voile pour le 
cap Français; elle allait y chercher un fret 
pour la France. Le père Charlevoix et MM. Fa- 
bry, Arcoite et quelques autres officiers s'em- 
barquèrent sur ce vaisseau. 



— 329 — 

Le 17, le conseil, à la sollicitation de M. de 
Lorine, nomma pour directeur des comptes, 
par intérim , M. I.e Yens , avec 6,000 livres 
d appointemens; on fit tout pour lui donner * 

entrée au conseil avec voix délibérative; mais 
MM. de Bienville et de La Tour s'y opposèrent. 

Le 4 juillet, le traversier la Fauvette, com- ■'"■"^• 
mandé par le sieur Vril, arriva du cap Fran- 
çais; il avait trouvé sur sa route un bateau 
corsaire espagnol , qui lui avait pillé quelques 
marchandises que des particuliers faisaient 
venir pour leur compte ; il apporta une lettre 
de M. Gautier, directeur de la compagnie 
dans l'île Saint-Domiiigiie , dans laquelle il 
donnait avis que neuf des passagers qui avaient 
débarqué du vaisseau le Saint- André à La 
Havane étaient arrivés dans deux bateaux 
anglais venant de la Providence. Il recom- 
mandait de ne plus faire pa<^ser les vaisseaux 
par le Cap, assurant qu'ils n'y trouveraient 
point de fret. 



— 33o — 

Le 5, on reçut la nouvelle que le vaisseau 
V Aventurier avait passé la barre du Missis- 
sipi le 1*^^ juillet. 

Le 6, M. de Bienville reçut deux lettres de 
M. de Graves, commandant au fort Saint- 
Pierre - des - Yasons ; dans l'une , datée du 
i^^ juin, il disait que les Cliicachas étaient 
venus dans le village des Yasons, qu'ils y 
avaient enlevé le peu de vivres qui y restait ; 
que le 25 à deux heures après minuit, ils 
avaient attaqué la cabane du nommé Ritter, 
sergent, qui était à une portée de carabine du 
fort; après y être entré, ils lui avaient enlevé 
la chevelure , ainsi qu'à sa femme , qui s'était 
défendue avec un couteau ; elle avait blessé 
deux de ces assassins; entendant leurs cris, 
il s'y était transporté avec quelques soldats, 
mais il avait trouvé la femme morte, et Rit- 
ter blessé de treize coups de couteau; son 
fils avait la chevelure enlevée. 

Par la seconde, du \i juin, on apprit que 



— 33i — 

le 5 du même mois, il était arrivé deux Ca- 
houmas envoyés de la part de leur chef, pour 
avertir que cinq partis de Chicachas venaient 
en guerre surlesYasons, Courois et Offogoula; 
que sur cet avis ces nations avaient envoyé 
leurs femmes et leurs enfans dans son fort; 
mais que ces partis de Chicachas lui ayant 
envoyé dire qu'ils n'avaient point dessein de 
lui faire du mal, et qu'ils venaient pour se 
justifier du meurtre des Français auquel les 
gens de leur village n'avaient point contribué, 
il avait alors permis au guerrier Thioncouata 
et à quatre de ses gens de venir dans le fort 
pour écouter ses raisons. 

Le 12, la compagnie suisse, commandée 
par M. Brand, en l'absence de M. Wonwer- ■ 
delik, capitaine en pied, qui devait monter à 
la Nouvelle-Orléans , pour travailler aux ou- 
vrages, s'étant embarquée sur le traversier VE- 
lisaheth, commandé par M. Lasou, se souleva 
contre l'équipage, et força le capitaine à les 



— 332 -. 

naener à La Havane. A cette nouvelle, M. de 
Bienville fit armer le traversier la Subtile et 
deux chaloupes , pour courir après eux , avec 
un détachement de soldats; MM. Duloubois , 
de La Harpe, Renaud, Pradel, Montigny, de 
Bellile , Saint - Esteberi , de Moicy furent 
commandés pour cette expédition. Us partir 
rent le i3, faisant route pour Saint-Joseph, 
dans l'espérance de reprendre les déser^ 
leurs ; s'étant présentés à cette baie , ils y 
trouvèrent une frégate nommée la Hollan- 
daise , de vingt-six canons, commandée par 
don Juan Alberto de Irsola, qui s'opposa, 
ainsi que don Joseph Primo de Ribera , gou- 
verneur de cette place, à leur entrée dans le 
port; ils furent forcés par le canon du fort 
d'appareiller. La même nuit une tempête pensa 
les faire périr vis-à-vis la rivière de Saint- 
André , où les deux chaloupes se réfugièrent. 
Le traversier souffrit extrêmement, et échappa 
au naufrage comme par miracle. Il fut con- 



— 333 — 

traint le lendemain de relâcher à Saint- Joseph , 
où il fut reçu à cause de la tempête. Ils n'a- 
vaient été aussi mal reçus que par suite d'ordres 
de la cour d Espagne arrivés depuis peu, et 
faisant défense de laisser entrer dans les ports 
de sa majesté catholique des navires français 
sous quelque prétexte que ce fût , dans la 
crainte qu'ils n'apportassent la contagion qui 
régnait dans le Levant. 

Le gouverneur de cette place venait d'être 
relevé pour aller rendre compte de sa conduite 
au vice-roi. On l'accusait d'avoir eu commerce 
avec les Français de la Louisiane, et quoique 
cela ne fût pas vrai , il craignait les suites de 
cette affaire , car il avait des ennemis; l'un des 
principaux était le gouverneur de Saint-Au- 
gustin de la Floride. 

L'expédition , n'ayant pu découvrir la 
trace des déserteurs suisses, s'en retourna 
au fort Louis, où elle arriva le 3o du même 
mois. 



__ 334 — 

Août. Le 5 août, M. de Bienville partit pour la 
Nouvelle -Orléans. 

Le 1 1 , trois forçats enlevèrent une pirogue; 
on envoya à leur poursuite M. de Saint-Este- 
ben. 

Le même jour, M. Andriot , qui faisait la 
fonction de major au fort Louis, mourut re- 
gretté de tout le monde. 

Le i4, on fit partir deux convois de cinq 
bateaux chargés de vivres et de marchandi- 
ses ; deux de ces bateaux étaient destinés aux 
Natchitoches , et le reste était pour les Illinois. 

La nuit du 17 au 18 , M. Desfontaines , di- 
recteur d'une des concessions de M. Le Blanc, 
s'étant embarqué dans une chaloupe, avec 
M. Le Blond de la Tour , frère du lieutenant- 
général, pour monter à la Nouvelle-Orléans, 
vingt hommes, dont douze étaient soldats, et 
le reste matelots ou habitans, armés de fusils, 
s'en emparèrent , et enlevèrent le traversier 
la Subtile , commandé par Valadon, et chargé 



— 335 — 

de marchandises. Us obligèrent ce capitaine 
de mettre à la voile, et de faire route pour 
La Havane; on voulut envoyer /e Dromadaire 
à leur poursuite, mais comme il était mouillé 
à l'île aux Vaisseaux, et que le vent devint 
contraire, on ne put exécuter ce projet. 

Le 24, une nation sauvage du côté de 
l'ouest du Mississipi , nommée Iténapanis , 
vint pour la première fois chanter le calumet 
à M. de Bienville ; elle avait passé par le vil- 
lage de Colapissas; son chef, étant alors tombé 
malade, crut que c'était un sort que les Iténa- 
panis lui avaient jeté; ils vinrent jusqu'à la 
Nouvelle-Orléans à leur poursuite; comme ils 
étaient retournés dans leur pays , les Colapis- 
sas furent dans une consternation sans égale; 
leur chef devenant de plus en plus malade , 
on ne put leur ôter cette superstition de l'es- 
prit ; ils députèrent de leurs gens , chez les 
Iténapanis , avec des présens considérables 
pour les solliciter de leur ôter le sort. Il fallut 



:^. 



— 336 — 

que M. de Bienville eût la complaisance d'y 
envoyer un de ses esclaves , ensuite le malade 
se trouva mieux. 

Par cette nation on apprit que les sauva- 
ges que M. de La Harpe avait amenés de sa 
découverte avaient passé près de leur village, 
mais si faibles et si fatigués, qu'ils leur avaient 
fait pitié ; ils leur avaient fourni des arcs et 
des flèches , pour les aider à s'en retourner 
chez eux; ils n'avaient pu entendre leur lan- 
gue, ni découvrir de quelle nation ils étaient; 
suivant leur rapport, ils n'étaient plus que 
huit. 

Le 27 , il descendit des Illinois une pirogue 
dans laquelle était M. de Noyan le cadet , 
neveu de M. de Bienville , venant du Canada . 
accompagné de M. Dutisné. Il apporta des 
lettres de MM. de Boisbrillant et Renaud, 
chefs de la compagnie des mineurs; par celle 
de M. de Boisbrillant, on apprit que les sau- 
vages lui apportaient tous les jours des mor- 



— 337 — 

ceaux de cuivre très pur; celle de M. Renaud 
donnait avis qu'il avait été dans la rivière des 
Illinois à la recherche d'une mine de cuivre, 
qui lui avait paru contenir quelque peu d'or ; 
que sur cette route il avait trouvé un coteau 
^ éboulé, dont il avait tiré du plomb, du cuivre 
et de l'argent en petite quantité; qu'ayant su 
que des sauvages rôdaient dans ces quartiers , 
il avait été contraint de retourner au fort de 
Chartres. Sur la fin de ce mois, on brûla vif, 
à la Nouvelle-Orléans , un nègre qui avait 
tué un Français : l'exécuteur était un autre 
nègre condamné à servir de bourreau pour 
avoir voulu battre un blanc. 

Le i''^ et le 4 septembre, on reçut les vais- Septembre, 
seaux la Loire, les Deux-Frères et VA- 
lexandre, commandés par MM. Chenot , Bu- 
telaire et Amelot, chargés de vivres et de 
marchandises , pour la valeur de 900,000 liv., 
y compris une emplette de 3i5,ooo livres des- 
tinée pour le commerce avec les Espagnols; 



— 338 -^ 

ces vaisseaux amenèrent trois capucins et un 
frère; ils avaient à bord également MM. Guil- 
let, directeur des comptes, et de Bourmont, 
qui avait obtenu la croix de Saint-Louis et 
une commission de capitaine et de comman- 
dant de Ja rivière Missouri, sur laquelle il 
avait fait plusieurs voyages en qualité de trai- 
teur. M. Law en lui faisant accorder ces hon- 
neurs , avait pour but de l'engager à retour- 
ner à la colonie, afin de porter plusieurs na- 
tions du Mississipi, sur lesquelles il avait du 
crédit, à faire la paix avec les Padoukas en 
partie alliés des Espagnols du Nouveau-Mexi- 
que. 

Messieurs les commissaires ordonnèrent de 
ne laisser passer qui que ce soit en France, sans 
leur permission, ce qui fit perdre courage à 
bien du monde. Ils annoncèrent pareillement 
qu'ils avaient fait arrêter M. Duvergier, qui 
avait quitté la colonie sans leurs ordres. Ils 
recommandèrent l'union à MM. de Bienville^ 



-339-. 

de La Tour et aux directeurs, ajoutant que 
l'intention de son altesse royale était de don- 
ner à M. de Bienville toute l'autorité , la pré- 
séance au conseil , et l'exécution de ses déli- 
bérations; qu'il ne devait passe regarder seu- 
lement comme commandant-général, mais 
aussi comme premier directeur, qu'ainsi il 
n'aurait plus lieu d'alléguer qu'il était traversé 
par l'autorité des directeurs; que si les choses 
allaient bien , il en aurait tout l'honneur , et 
au contraire, si elles continuaient dans le dé- 
sordre, il devait s'attendre à perdre entière- 
înent les bonnes grâces de son altesse royale. 
Le 9 , /<z Loire et les Deux- Frères appareil- 
lèrent pour la Nouvelle-Orléans ; mais mena- 
cés de mauvais temps , ils entrèrent dans la 
rade de l'île aux Vaisseaux. 

Le II au matin , commença un ouragan Ouragan. 
qui dura jusqu'au i6 , les vents depuis le sud- 
est passant par le sud jusqu'au sud-ouest. Cet 
ouragan n> ■-_ tort de plus de 8,000 quarts de 



— 34o r~ 

riz, dont on était prêt à faire la récolte, sans 
compter les fèves et le maïs. La plus grande 
partie des maisons de la Nouvelle-Orléans fu- 
rent emportées, à la réserve d'un magasin que L 
M. de Pauger avait fait construire. Celui du | 
fort Louis dans lequel était une très grande 
quantité d'effets fut renversé , au grand con- ^ 
lentement des garde-magasins : cet accident 
les dispensa de rendre leurs comptes. 

Le vaisseau VEyiduely trois traversiers, et 
presque tous les bateaux, chaloupes et piro- 
gues périrent. Le Neptune et le Santo-Cristo 
qu'on devait mettre en état, suivant les ordres 
de messieurs les commissaires , furent entière- 
ment hors de service; et l'on eut la douleur 
de perdre une grande quantité d'artillerie, du 
plomb et des viandes qui étaient depuis long- 
temps dans la pinque échouée aux environs 
du Vieux-Biloxi , et qu'on avait négligé de- 
puis plus d'un an de mettre à terre. 

Dans cette triste situation on appréhendait 



— 5/i r -- 

pour les trois vaisseaux mouilles à l'île aux 
Vaisseaux, et pour le Dromadaire, qu'on avait 
envoyé à la Nouvelle-Orléans, chargé d'un 
magasin de bois de pin qui devait avoir coûté 
à la compagnie plus de 100,000 livres. 

Le [4, M. de Bien ville envoya une pirogue 
porter une lettre au vaisseau V Aventuriers^ 
qui avait déjà mis à la voile pour faire son 
retour en France. Il avait à bord vingt- sept 
passagers au nombredesquels était M. Hubert; 
il écrivit à messieurs les commissaires pour 
les informer de l'ouragan qui avait emporté 
la moitié de la récolte de riz; il leur deman- 
dait un secours de vivres , particulièrement de 
viande. 

Le 20, on pendit deux forçats qui avaient 
pillé le magasin de la concession de M. Law^. 

Le 23, on apprit que le Dromadaire était 
au bas du Mississipi, qu'il y avait essuyé l'ou- 
ragan, sans qu'il lui fût arrivé aucun acci- 
dent, ce qui prouve que les vaisseaux y sont 



— 342 — 

en toute sûreté : ils ne peuvent y courir que 
le risque d'échouer sur les vases, d'où il est 
facile de les retirer. 

Le même jour, on sut l'agréable nouvelle 
que les trois navires arrivés à l'île aux Vais- 
seaux n'avaient point été endommagés du 
coup de vent. 

Le i[\ , les chefs des concessions et habitans 
présentèrent au conseil une requête dans la- 
quelle ils exposèrent qu'ayant fait différentes 
épreuves d'indigo, qui s'étaient trouvées par- 
faitement bonnes, leur dessein était de s'y at- 
tacher; mais que, manquant de graines , ils 
priaient d'envoyer un traversier au cap Fran- 
çais p(Mir en chercher. On répondit à cette 
requête d'une manière satisfaisante. 

Le 2 5, /« Loire et les Deux-Frères mirent 
à la voile pour aller à la Nouvelle-Orléans. 
Octobre. Le 23 octobre , le sieur Tixerant, garde- 
magasin du fort Louis, fit un procès- verbal de 
marchandises qu'il assurait lui avoir été volées 



— 343 — 

dans une caisse; cet accident lui était arrivé 
plusieurs fois sans qu'on eût découvert les 
coupables. 

Le 28, on apprit par le sieur Kelarzion que 
son traversier, chargé de vivres et d'effets 
pour les garnisons de la Mobile et des Aliba- 
mons , avait été enlevé le 2 5 du même mois, 
à une demi-lieue de la Mobile, par son équi- 
page , au nombre de neuf matelots, partie 
gens de force , et que M. de Boispinel , qui 
était monté sur ce traversier , pour aller vi- 
siter le fort Condé, avait perdu une partie de 
ses effets pendant qu'il était à terre. 

Le 29, M. Dustiné, venant des Natchès, 
raconta qu'un sergent de celte garnison, ayant 
eu quelque discussion avec des sauvages au 
sujet d'une dette , ils en étaient venus aux 
mains, ce qui avait obligé la garde de s'y 
transporter; que sur la résistance de ces In- 
diens elle avait tué le fils d'un chef, et blessé 
quelques autres , ce qui avait engagé plusieurs 



de cette nation à attaquer les Français ; que 
M. Guenotjl'un desdirecteursde la concession 
de Sainte-Catherine, s'en retournant à ladite 
concession, et étant à cheval, avait reçu un 
coup de fusil dans l'épaule. Le lendemain les 
sauvages avaient voulu surprendre la char^ 
rette de l'habitation , chargée de vivres et es- 
cortée de vingt fusiliers ; ils s'étaient cachés 
dans les herbes, d'où ils avaient fait une dé- 
charge de leurs armes à feu , tué un nègre, et 
blessé un autre. Quelques jours après , ils 
étaient venus au nombre de quatre-vingts 
pour attaquer la concession; ils avaient été 
repoussés après avoir perdu sept hommes , et 
dans cette attaque un nommé Marchand, 
soldat de la garnison , avait péri ; après cette 
expédition , ils avaient surpris deux habitans 
dans leurs maisons, leur avaient coupé la tête 
et avaient tué onze vaches, plusieurs chevaux 
et cochons. 

I^es deux principaux chefs des Natchès 



— 345 — 

étaient descendus à la Nouvelle-Orléans pour 
avoir des nouvelles de M. de Bienville. On les 
fit partir avec des présens, et accompagnés de 
M. de Paillon , pour aller apaiser ce désordre. 

Dans le même mois, on fit une seconde ré- 
colte de riz qui fut assez considérable : les 
grains que l'ouragan avait renversés avaient 
repris en terre , et cette seconde moisson fit 
connaître la fertilité de la terre de la Loui- 
siane. 

Le 3 novembre, MM. de Lorme et Guillet Novembre. 
passèrent à la Nouvelle-Orléans, où ils étaient 
attendus avec impatience , les magasins étant 
fermés , et les affaires sursises. 

Le 12, on fît partir du fort Louis le sieur 
Urit, avec un traversier, pour aller au cap 
Français chercher de la graine d'indigo ;• on 
chargea dessus des planches pour faire cet achat. 

Le i3, la pinque V Alexandre partit de ^ 

l'île aux Vaisseaux, pour se rendre à la Noir- ^ 
velle-Orléans. 



— 346 — 

Le i5, il passa la barre du Mississipi, ti- 
rant treize pieds d'eau, et le 5 décembre il 
arriva à sa destination. 

Dans la fin du mois de novembre, M. de 
Bienville tomba dangereusement malade; on 
désespéra long-temps de saguérison; on crai- 
gnait les évènemens qui pouvaient résulter de 
sa perte ; cette maladie n'était causée que par 
le chagrin de voir arriver tant de contre-temps 
dans la colonie, et de se trouver après vingt- 
trois ans de service sans im rang qui pût as- 
surer son état. 
Décembre. Le 12 décembre, on reçut de Pensacoledes 
lettres écrites par M. Alexandre Wauchopp ',. 
il y était arrivé avec la frégate la Grande- 
Hollandaise , une balandre et un paquebot, 
le ^6 de novembre, étant parti de la Vera- 
Cruz le lo du même mois. Sur cette nouvelle 
M. de Bienville fit partir le j4 M. de La Harpe 
dans une chaloupe , pour aller relever la gar- 
nison de Pensacole , et prendre des mesures 



- 347 - 

pour la remise des effets à restituer à sa ma- 
jesté catholique. 

Le 18, le nommé Laborde , patron de ba- 
teau, qui avait été sergent dans les troupes, 
eut la tête cassée, pour avoir assassiné M. de 
Pontual , gentilhomme de Bretagne. 

Vers la fin du même mois, M. Diron d'Ar- 
taguette, inspecteur des troupes, partit dans 
un bateau , pour faire sa tournée aux Illinois j 
il avait déjà fait deux fois ce voyage, et relevé 
avec exactitude le cours du fleuve du Missis- 
sipi; c'est le seul plan fidèle qu'on ait jusqu'à 
présent. 

Le 9 janvier 1723, M. de La Harpe arriva 1723. 
à la Nouvelle-Orléans; il venait de Pensacole, 
où il avait été prendre la garnison, et pour la 
conduire à la Mobile. Il rapporta que les Es- 
pagnols s'établissaient sur l'île Sainte-Rose , 
en attendant les secours nécessaires, pour se 
fortifier à la Grande-Terre ; qu'ils avaient 
abandonné entièrement la baie de Saint-Jo- 



— 348 — 

seph , après avoir envoyé chercher les troupes 
et les habitans de ce poste , afin de les placer 
à Pensacole , où don Alexandre de Wauchopp 
faisait la fonction de commissaire du roi pour 
cette expédition ; que le marquis de Valero était 
relevé de sa vice -royauté, par don Juan-Anr 
tonio de Acuna, marquis de Casa-Fuerte , arrivé 
àla Vera-Cruz avec deux vaisseaux des Açores» 
Le Q.'j août 172a, il avait appris pareiller 
ment que le traversier enlevé par les Suisses 
s'était présentée La Havane, mais que le gou-r 
verneur n'avait pas voulu le recevoir ; on avait 
débarqué seulement quelques-uns de ces dé- 
serteurs qui s'étaient engagés dans le troupes, 
et le reste avait fait voile dans le même bâti- 
ment pour la Caroline. Les Espagnols lui 
avaient aussi assuré que le capitaine Marchai, 
Anglais, venant delà Caroline, et qui s'était 
arrêté à l'île aux Vaisseaux , le 26 mai dernier, 
avait été confisqué à La Havane , où il n'avait 
mouillé que sur la parole du gouverneur; et 



-349- 

que partie de l'équipage de la Doure était ar- 
rivée dans le port avec la chaloupe et le canot 
du navire sur lequel ils s'étaient sauvés après 
le naufrage. 

Par la lettre que M. Wauchopp écrivait à 
M. de Bienville, on apprit qu'il attendait 
d'un jour à l'autre deux balandres de la Vera- 
Cruz avec des vivres ; que comme elles tar- 
daient à venir, il craignait de manquer de fa- 
rine, et le priait de lui faire savoir s'il pour- 
rait lui en prêter trente quarts; que, sur sa 
réponse, il prendrait le parti d'aller avec une 
balandre à la Nouvelle-Orléans, le gouverneur 
du Mexique lui ayant permis de s'y rendre 
pour convenir avec lui des affaires qui regar- 
daient la restitution des effets de Pensacole. 
M. de Bienville, ayant pris l'avis du conseil , 
crut qu'il ne convenait point de faire connaî- 
tre aux Espagnols l'entrée du fleuve , avant 
qu'elle fût fortifiée , ni l'état de nos établisse- 
mens. 11 résolut donc de lui répondre qu'on 



— 35o — 

lui fournirait volontiers les farines dont il au- 
rait besoin , et qu'à cet effet on en envoyait à 
la Mobile, où il serait plus à portée de rece- 
voir ce secours. 

M. de La Harpe fut chargé de lui remettre 
une lettre et d'examiner si l'on pourrait faire 
commerce avec les officiers des vaisseaux es- 
pagnols j il partit pour cette expédition le 1 5 
du même mois. 

Le i6, par des lettres des Natchitoches on 
apprit qu'un convoi de cinq cents personnes 
était entré dans la province de Lastekas avec 
le marquis de La Guallo. 

Le i8, M. Guillet, directeur des comptes, 
tomba en léthargie; on l'ensevelit quelques 
heures après, ce qui fit croire à plusieurs 
qu'on l'avait enterré en vie. 

M. de Lorme proposa son emploi à M. Le 
Vens, mais il fit difficulté de l'accepter , 
M. de Bienville ne voulant pas lui donner 
voix délibéra tive au conseil. 



— 35i — 

Le 29, la Loire et les Deux-Frères sorti- 
rent de la barre du Mississipi; sur ces deux 
bâtimens s'embarquèrent MM. Dustiné, de 
Birague, Laffineur, Freboul , Le Vens, Du- 
buisson, Quentillon , Tréfontaine et Marié 
frères, avec plusieurs autres passagers. M. Dus- 
tiné, ayant des affaires de famille en France, , 
se trouva forcé de se démettre de sa commis- 
sion de capitaine , et de payer deux cents li- 
vres de passage , ce qui parut bien dur pour 
un officier qui avait servi depuis long-temps 
dans la colonie. 

Sur la fin de ce mois , on apprit que les 
Chactas nos alliés s'étaient précipités sur plu- 
sieurs villages de Ghicachas, qu'ils avaient dé- 
truits en entier ; on comptait quatre cents 
Ghicachas tant tués que faits esclaves. Geîte 
nouvelle fit bien du plaisir à M. de Bienville, 
qui avait donné tous ses soins pour l'exécu- 
tion de cette entreprise : on se prépara à bien 
recevoir les Chactas , et à leur payer, suivant 



— 352. — 

le traité, les chevelures enlevées et les escla- 
ves faits, 
février. Le 1 février , M. de La Harpe arriva à la 

Nouvelle-Orléans , revenant de Pensacole. On 
sut par lui que les deux balandres que M. de 
Wauchopp avait envoyées étaient arrivées 
le I 7 de janvier ; dans l'une était M. Valandon, 
capitaine du traversier qui avait été enlevé 
le i8 du mois d'août dernier; ces déser- 
teurs l'avaient mis à terre sur la côte de La 
Havane , d'où il s'était embarqué sur une ba- 
landre qui partait pour la Yera-Cruz ; il y 
était resté quelque temps, et avait fait la con- 
naissance d'un pilote espagnol , venant de la 
baie Saint-Bernard, établie en 171 8, qui lui 
en avait remis le plan. 

Les fatigues que M. de La Harpe avait es- 
suyées dans la colonie depuis cinq ans avaient 
altéré gravement sa santé; il fut contraint, pour 
la rétablir, de demander au conseil son pas- 
sage en la France , on le lui accorda , en payant 



quatre cents livres. M. de Bienville lui donna 
les certificats de ses services, et le conseil lui 
arrêta son compte pour se faire payer en 
France de la somme de 3,ooo livres qui lui 
était due par la compagnie. 

Le 12 , la ^inque l^ u4lcxandre sortit labarre 
du Mississipi, ayant pour passagers MM. de 
La Harpe et de Montigny, officiers; Garnier, 
Hanièle et Mustel , concessionnaires , avec 
quarante matelots des équipages de la Doure 
et du Dromadaire. 

MÉMOIRE 

Destiné a faire connaître V importance de la 
colonie de la Louisiane, et la nécessité 
d^en continuer V étahlissement . 

« Pour Douvoir juger de l'utilité de la co- Etendae de 1j 

V J o Louisiane et ses 

lonie de la Louisiane il faut connaître sa si- ^'"■°^' 
tuation ; la voici : ce qu'on appelle le pays de 
la Louisiane est celui de l'Amérique septen- 

a3 



— 354 — 

trionale qui est entre les Illinois au no?'d et 
le golfe du Mexique au sud, ayant à Yest toutes 
les colonies anglaises qui tiennent la côte de 
cette partie de l'Amérique depuis l'Acadie 
jusqu'à la Caroline, peu. éloigné du canal de 
Bahama. La partie de X ouest de cette province 
conduit par terre au Nouveau-Mexique, à la 
province de Lastekas, et au royaume de Léon, 
où les Espagnols ont des mines considérables. 
« L'étendue de cette côte de l'ouest à l'est 
court depuis le port découvert le 27 août 
lyai , par M. de La Harpe, à la latitude de 
29° 12', à 282" de longitude jusqu'à Rio Per- 
dido, situé entre Pensacole et la Mobile, à 
29° de longitude, ce qui donne environ cent 
soixante lieues marines de côte. Pour ce qui 
est du dedans des terres , la longitude de la 
Louisiane jusqu'à la hauteur de 38°, s'étend 
depuis les'liulltes du Nouveau-Mexique , c'est- 
à-dire depiiis 275*^, jusqu'aux frontières de 
la Nouvelle-Angleterre , rtdx environs de 307" 



— 355 — 

de longitude; mais cette étendue varie par-de- 
là les 38° de latitude, car au-dessus de cette 
hauteur du pôle, nous avons droit de nous 
étendre à l'ouest aussi loin que pourront 
aller nos découvertes. 

« La largeur de la Louisiane est plus assu- 
rée; on peut la faire courir depuis le 29" de 
latitude qui est celle de l'entrée du fleuve , 
jusqu'aux 4^" 3o' qui est la hauteur du détroit: 
cette province est située entre le quatrième 
climat et le huitième exclusivement, ce qui 
fait que la durée des jours et des nuits , où 
ils sont les plus courts , ne sont guère au- 
dessus de quatorze heures trente minutes, ni 
au-delà de quinze heures trente minutes , où 
ils sont les plus longs. 

« Le climat en général est tempéré; il est 
le même de la Perse , du Mogol et d'une 
grande partie de la Chine; toutes les saisons 
y sont assez bien marquées, et si les nouveau- 
venus trouvent que le pays soit plus chaud 



— 356 — 

que froid , c'est qu'ils viennent la plupart des 
pays septentrionaux; ceux qui arrivent des 
îles pensent différemment. Pour connaître 
la bonté du climat de cette province il faut 
remarquer que l'air que l'on y respire est 
sain , et que les terres sont très fertiles. On ne 
sait ce que c'est que les maladies épidémiques 
qui désolent les autres parties de l'Amérique, 
et s'il y a dans le pays quelques mortalités , 
elles n'ont été causées que par les maladies 
contractées à Saint-Domingue, et par la mi- 
sère où les colons ont été réduits en arrivant 
à la côte. L'expérience a fait connaître depuis 
long-temps que les maladies des Européens se 
communiquent plus facilement aux Indiens, 
que celle de ces derniers aux Européens, ce 
qui vient de ce que les pores de la chair des 
blancs sont plus resserrés que ceux des sau- 
vages. On remarque à la vérité que les nou- 
veau-venus sont pour la plupart attaqués 
d'une fièvre lente ; mais quoiqu'elle affaiblisse 



— 3^7 — 

beaucoup, on ne voit pas de personnes en 
mourir. Il faut aussi convenir que les côtes de 
la mer dont le terrein sablonneux est moins 
humide sont très saines , et dès qu'on a fran- 
chi ces bas-fonds, en avançant dans les terres, 
on y jouit d'une santé très constante; que si 
l'on voit peu de vieillards parmi les sauvages, 
c'est qu'ils se tuent les uns les autres avant 
d'arriver à la vieillesse , ou qu'ils détruisent 
la bonté de leur tempérament par des tra- 
vaux qui les épuisent en peu de temps. 

« Cette position de la Louisiane, bien en- 
tendue sur la carte qu'en a donnée le sieur 
de La Harpe, il est aisé de comprendre que 
le premier objet de cette découverte a été la 
communication du Canada avec le golfe du 
Nouveau-Mexique, par un pays sauvage de 
près de cinq cents lieues, et cependant très 
aisé à établir par le fleuve le Mississipi, qui 
court du nord au sud , pour venir se jeter 
dans le golfe du Mexique , et par les rivières 



^ 358 — 

crOuabache et des Illinois, qui viennent par 
le côté du Canada se jeter dans le Mississipi. 

« Il s'agit d'examiner quels avantages on 
peut tirer de cette communication , tant pour 
le commerce, que pour empêcher l'accrois- 
sement des autres puissances de l'Europe, qui 
ont des établissemens dans l'Amérique, par- 
ticulièrement les Anglais; mais avant d'e?itrer 
dans le détail du commerce, il est bon de 
faire quelques réflexions sur l'établissement 
de cette colonie par rapport aux Anglais. 

« Les Anglais possèdent dans l'Amérique 
septentrionale l'île de Terre-Neuve , l'Acadie, 
la Nouvelle-Angleterre, laPensylvanie, York, 
la Virginie et la Caroline. lis ont les îles de la 
Providence à la proximité de La Havane, 
celles de la Jamaïque, de la Barbade et plu- 
sieurs autres moins considérables. Toutes ces 
colonies sont très puissantes et fournissent 
un commerce immense à l'Angleterre. 

« Les Anglais ont des alliances avec un 



- 359 - 

grand nombre de nations sauvages de l'Anrié- 
rique, et ils les étendent journellement avec 
les Iroquois, les Charaquis, les Chaouanons , 
les Chicaclias, lesCahuitas, les Alibamons, 
et plusieurs autres nations voisines de la Loui- 
siane; on les a vus pousser leur traite jusque 
sur leMississipi, et aux portes de la Mobile, 
et s'ils avaient mis à exécution leur projet 
d'établissement sur la rivière des Ouabaches , 
dont la source vient des environs de la Nou- 
velle-Angleterre , il arriverait que dans peu 
de temps ils déboucheraient et mettraient 
dans leur parti les Illinois, les Mianis, les 
Octotata, les Renards, les Scioux et autres 
nations du Haut-Canada; ce qui apporterait 
un grand préjudice à la Nouvelle-France de 
laquelle dépend l'île du cap Breton , qui est 
la seule où nous puissions être en sûreté pour 
faire la pêche de la morue. 

« La perte du Canada ne serait pas la seule 
qui pourrait en résulter; cela les mettrait en 



— 36o — 

état de pénétrer dans le Mexique qu'ils pour- 
raient attaquer par différens endroits : par 
mer, en faisant descente aux environs de la 
Vera-Cruz , ou du côté de Panuco et de Tam- 
pico qui ne sont point fortifiés; ou par terre, 
en pénétrant dans le nouveau royaume de 
Léon, ce qui leur serait facile, en faisant un 
établissement au port découvert par M. de La 
Harpe à cent lieues à l'ouest de l'entrée du 
Mississipi. Ce passage serait d'autant plus im- 
portant pour eux , qu'ils formeraient une bar- 
rière aux Français de la Louisiane, à l'effet de 
les empêcher, non-seulement de pénétrer chez 
les Espagnols, mais même de commercer par 
les terres avec eux, attendu que leurs comp- 
toirs seraient bien plus à portée que les posles 
que nous occupons sur la rivière Rouge; joint 
à cela que ce serait une relâche pour leurs 
balandres et autres petits bâtimens interlopes 
qui vont aux côtes de Campêche et de la Vera- 
Cruz , lesquels par ce moyen ne se trouve- 



— 36] — 

raient pas clans la nécessité de débouquer le 
canal de Bahama sur la moindre appréhen- 
sion. Il est aisé de comprendre que cette aug- 
mentation de puissance des Anglais dans l'A- 
mérique influerait beaucoup sur les affaires 
d'Europe, et qu'il est important de les pré- 
venir; les vues qu'ils ont toujours sur l'Amé- 
rique ont paru dans toutes les occasions par 
le traité d'alliance qu'ils firent à La Haye avec 
l'empereur et les Hollandais le 7 de septembre 
1701, H est stipulé à l'article 6 que le roi de 
la Grande-Bretagne et les seigneurs états- 
généraux pourront conquérir à force d'ar- 
mes, selon qu'ils auront concerté entre eux 
pour l'utilité de la navigation et du commerce 
de leurs sujets, les pays et les villes que les 
Espagnols ont dans les Indes, et que tout ce 
qu'ils pourront y prendre sera pour eux , et 
" leur demeurera. Les mêmes vues se justi- 
fient encore au sujet de l'établissement qu'ils 
avaient projeté de faire à la côte déserte, dans 



— 362 — 

le continent de l'Amérique méridionale , qui 
s'étend depuis la rivière de la Plata, située aux 
36" de latitude jusqu'au cap des Vierges, qui 
forme l'entrée du détroit de Magellan aux 
62°, dans lequel continent sont les ports de 
Saint-Julien-le-Désiré et celui des Lions , et 
cela dans l'intention d'avoir communication 
par les terres avec les côtes voisines de l'île de 
Chiloé, et par ce moyen se mettre en état de 
parvenir un jour à la conquête du Chili. 

« Leurs mêmes desseins se prouvent en- 
core par l'attention qu'ils ont portée au mois 
d'août 1724 ^^ mémoire présenté à milord 
duc de New-Castle, chambellan et secrétaire 
de sa majesté le roi Georges, par M. Jean- 
Pierre Pury, de Neufcliâtel en Suisse , ci-de- 
vant employé dans la compagnie des Indes en 
France, par lequel il fait connaître l'impor- 
tance de l'établissement de la Caroline, sa 
situation avantageuse et les droits que les An- 
glais ont sur les terres de l'ouest de cette partie 



— 363 — 

de l'Amérique, suivant les chartres accordées 
aux concessionnaires en iGG/i et 1666, sous 
le règne de Charles II. • 

« Pour juger de l'avantage qu'on peut tirer 
du commerce de cette colonie il reste à ex- 
pliquer quelles sont les marchandises qu'on 
en pourra retirer, sans que pour cela il sorte 
aucune espèce d'or ou d'argent du royaume. 

« Il est certain qu'on y établira deux com- 
merces , l'un avec les Espagnols, et l'autre 
dans le pays, pour la culture des terres qui 
produiront plusieurs bonnes marchandises; 
l'avantage du commerce avec les Espagnols 
est connu, et l'on peut dire que la Louisiane 
est le seul endroit qui reste pour l'introduire, 
parce que c'est une e5p€<:e de magasin dans 
le même continent que le Mexique, où les 
marchandises peuvent demeurer en dépôt en 
attendant les occasions de les débiter dans 
quelques-uns de leurs ports, ou par nos ri- 
vières de l'ouest , qui affinent dans le Missis^ 



— 36Zi — 

sipi, particulièrement par la rivière Rouge, 
qui fait la séparation de la rivière de Lastekas 
•où les Espagnols se sont établis en 171 8; Ist' 
quelle joint le nouveau royaume de Léon, 
abondant en bestiaux et en minéraux. Cet ar- 
ticle est d'une très grande conséquence pour 
la compagnie, et messieurs les directeurs ne 
sauraient y donner trop leur attention ; ilsdor* 
vent bien considérer qu'il est bien plus avan- 
tageux de l'entreprendre par la Louisiane avec 
le Mexique , qne par mer avec le Pérou. L'exem- 
ple de l'escadre de M. de Saint-Juan doit con^ 
vaincre que ces sortes d'entreprises ne se peu- 
vent faire sans risquer le tout, et sans entraîner 
des frais immenses; au lieu qu'en établis- 
sant un comptoir au port découvert par 
M. de La Harpe , dans le fond du golfe du 
Mexique, on pourrait avec facilité faire un 
commerce considérable, sans donner d'om- 
brage aux puissances étrangères, et sans rien 
risquer dans ces entreprises, parce que le 



— 365 — 

commerce ne se ferait que clans de petits bâ- 
timens, lesquels dans quatre ou cinq jours se 
rendraient dans les endroits convenus avec 
les marchands , et sur la moindre alarme, s'en 
retourneraient dans aussi peu de temps et 
attendraient une conjoncture plus favorable. 

« Quant à ce que la colonie de la Louisiane 
peut produire, en voici le détail : il y a plu- 
sieurs mines de plomb abondantes, peu éloi- 
gnées du fleuve , et ce plomb ^st facile à 
fondre. Si la compagnie des mineurs qu'on a 
envoyée aux * Illinois , sous la direction de 
M. Renaud , avait pu y être transportée en ar- 
rivant à la colonie, elle aurait fait certaine- 
ment des envois considérables de ce métal; 
mais son sort a été égal à celui des autres 
compagnies qui ont dépéri, ou le temps de 
leurs engagés s'est écoulé inutilement. 

« Il y a des mines de cuivre dans la rivière 
des Illinois, dans celle des Ouabaches , et dans 
plusieurs autres de la partie ouest du fleuve ; 



— 366 — 

les Canadiens et les sauvages en ont apporté 
plusieurs morceaux qu'ils ont ramassés dans 
des plaines et des ravines , à la chute des mon- 
tagnes : il est certain que la nation Ouabache 
sait où elles sont; ainsi il ne s'agit que de con- 
naître leur secret , ce qu'il est facile de faire 
par le moyen de quelques présens. 

« On n'a point encore de certitude qu'il y 
ait des mines d'or ou d'argent considérables, 
mais il y a grande apparence qu'on pourrait 
en trouver : les morceaux de vert-de-gris , 
l'azur et les eaux salées qu'on trouve, joint 
aux montagnes arides et colorées, comme 
celles où sont les mines des Espagnols, sont 
des indications certaines : aussi M. Renaud , 
qui a fait l'épreuve de quelques pierres mé- 
talliques, tirées à l'entrée de la rivière des Il- 
linois , y a trouvé quelque argent qu'il a remis 
en 1722 au conseil de la compagnie des Indes. 

c( On tirera de la Louisiane des peaux de 
bœufs sauvages, dont la laine peut servir; 



— 367 — 

c'est ce qui ne souffre aucune difficulté, puis- 
que M. -de Juchereau , lieutenant-général de 
la juridiction de Mont-Réal , qui avait établi 
en 1709. un poste sur Ouabache, avec trente- 
quatre Canadiens au nom d'une compagnie, 
y avait ramassé en peu de temps quinze mille 
peaux de bœufs, ainsi qu'il est marqué à l'ar- 
ticle du journal historique du mois de janvier 
1706. 

« On tirera par cette colonie des peaux de 
chevreuils, d'ours, de cerfs et de plus belles 
pelleteries que par le Canada , parce que le 
haut de la rivière du Mississipi communique 
avec plusieurs nations du nord qui sont trop 
éloignées des lacs par lesquels on descend 
la rivière de Saint-Laurent, et c'est par cette 
même raison qu'on ne peut pas tirer par le 
Canada des peaux de boeufs , les Canadiens 
n'ayant pu porter leur commerce jusque-là; 
ce sont les sauvages Scioux de la partie de 
l'est, et les Assinipoils, qui portent aux Anglais 



— 368 ~ 

de ]'d baie d'Hudson, par le moyen des cliris- 
lianaux, la plus grande partie des plus belles 
pelleteries; mais il seiait facile de renouveler 
alliance avec eux, et d'attirer leur commerce 
par le Mississipi, parce que, pour aller à la baie 
d'Hudson il faut qu'ils fassent un grand 
voyage dans un pays toujours glacé et sans 
vivres , portant leurs marchandises sur leur 
dos.;, au lieu que pour traiter avec nous ils 
n'auraient qu'à descendre la rivière du Missis- 
sipi dans leurs canots, jusqu'à l'entrée de la 
rivière Saint-Pierre, où ils trouveraient un 
climat plus tempéré, et un pays plus abon- 
dant en toutes sortes de choses; mais il fau- 
drait en ce cas faire des établissemens sur les 
bords de cette rivière , et suivre le projet de 
feu M. Le Sueur de la manière qu'il était con- 
venu avec M. L'Huillier, fermier général. 

ce Les milliers sont communs à la Louisiane, 
les vers à soie s'y élèvent très bien , l'expé- 
rience qu'on en a faite doit donner des espé- 



- 369 - 

rances pour la fabrique de la soie , mais on ne 
doit pas espérer cet avantage, jusqu'à ce que 
le pays soit bien peuplé , et se fournisse abon- 
damment de toutes les choses nécessaires à 
la vie. 

« Pour la culture des terres, elle donnera 
indifféremment de toutes sortes de grains et 
de légumes : le tabac , le riz , le chanvre et 
l'indigo. On doit s'attendre peu-à-peu à des 
retours de ces marchandises , surtout de l'in- 
digo, qui donnera trois coupes pour chaque %« 
année. 

« Le café, les oliviers et le coton pourraient 
y réussir. La compagnie devrait donner ses 
attentions pour y en faire passer des plantes; 
c'est une chose qu'on ne doit point négliger. 
« La Louisiane est un pays si étendu et si 
rempli de toutes sortes d'arbres, qu'il est aisé 
de comprendre qu'on y peut tirer parti des 
bois propres à la construction des vaisseaux 
et au débit des îles de l'Amérique, et des 



— 370 — 

brais et goudrons que nous tirons des étran- 
gers. 

« On trouve dans cette colonie quantité de 
simples utiles à la médecine, comme l'es- 
quine, le sassafras, la moréal, le zinzin. 11 y 
a pareillement le baume de copaline, et plu- 
sieurs gommes, plusieurs simples et racines 
inconnues dont les sauvages se servent avec 
succès. 

« On y a fait récemment la découverte d'une 
racine que les sauvages nomment tisaougène, 
qui teint en rouge. On peut juger par le récit 
naturel qu'on vient de faire de l'attention que 
mérite cette colonie , par rapport au com- 
merce , qui peut apporter dans le royaume des 
marchandises que nous ne tirons des étran- 
gers qu'avec de l'argent, et joindre à cela que 
cette province étant bien établie , elle occu- 
perait un nombre considérable de vaisseaux , 
ce qui est d'autant plus important, que nous 
n'avons pas présentement beaucoup d'occa- 



-37. - 

sions de former des matelots, chose néan- 
moins bien nécessaire à l'état; à quoi il faut 
ajouter que les Français ont découvert plu- 
sieurs pays qui appartiennent aujourd'hui à 
des étrangers qui en tirent de grands avanta- 
ges, et il arriverait la même chose de la Loui- 
siane si on l'abandonnait : ce qui serait très 
honteux à la France , après les dépenses qu'on 
y a faites , et l'idée qu'on en a voulu donner 



aux étrangers. 



« Après avoir marqué le bien qui doit ré- 
sulter de l'établissement de la Louisiane, il 
reste à faire connaître les causes qui ont em- 
pêché ses progrès , et celle de la situation où 
«lie se trouve en 1 724. 

« Ceux qui ne jugent des choses que par 
les apparences soutiennent que cette pro- 
vince sera toujours à charge au roi et à la 
compagnie, qu'on n'en peut rien tirer. Ils ap- 
puient leur sentiment sur ce qu'on y a dé- 
pensé près de huit millions, sans qu'on ait ap- 



3j2. 

porté aucun retour en France. Il est certain 
qu'une pareille dépense doit donner des idées 
désavantageuses; mais lorsqu'on examinera 
sans prévention la manière dont les fonds 
qu'on reproche ont été employés, on ne 
pourra point disconvenir que ce n'est pas 
la faute du pays, mais les dispositions qui ont 
été prises en France, par les fraudes commises 
sur les achats des marchandises , et par le peu 
d'ordre qui a été apporté dans les envois de 
monde et de vivres , qui , avec la mauvaise 
régie des directeurs à la Louisiane, ont reculé 
son établissement. En effet la compagnie l'a 
commencé par y faire passer des forçats et 
gens sans aveu avec des filles de débauche; 
les troupes qu'elle y a envoyées ont été com- 
posées de déserteurs et de personnes ramas- 
sées sans distinction dans les rues de Paris. On 
y a vu une multitude de commis sans expé- 
rience piller publiquement les magasins, et se 
mettre à l'abri des friponneries par des pro- 



— 373 — 

cès-verbaux faux et sans nombre ; elle a con- 
tracté des traites désavantageuses avec des 
compagnies suisses, des Allemands,, des clé- 
racs et des mineurs , et elle n'a point exé- 
cuté les conventions, ce qui les a rendues 
inutiles; elle y a créé une infinité d'emplois à 
charge; la plupart des directeurs qu'elle y a 
envoyés n'ont pensé qu'à leurs intérêts, et à 
contrecarrer M. de Bienville plus au fait du 
pays qu'eux. S'il a proposé de faire entrer les 
vaisseaux dans le fleuve , ils s'y sont opposés 
avec opiniâtreté , dans la crainte que s'éloi" 
gnant de la côte, ils ne se fussent trouvés hors 
de situation de commercer avec les Espagnols, 
et de ramasser des piastres. C'est par ces vues 
d'intérêt que toutes les dépenses sont deve- 
nues inutiles, par les consommations qui se 
sont faites à l'île Dauphine, au Vieux et au 
Nouveau-Biloxi, où ils ont laissé périr, à l'in- 
jure du temps et dans les sables , une très 
grande quantité d'effets. Les traversiers, chas- 



— 374 — 

loupes, bateaux et pirogues ont tellement été 
négligés, que toute cette marine s'est trouvée 
absolument hors de service*, les navires ont 
été si long-temps retenus à la côte, que la 
dépense des salaires a augmenté considéra- 
blement : à quoi il faut ajouter la guerre avec 
l'Espagne, qui a constitué dans des frais d'ar- 
mement , par rapport à Pensacole, de sorte 
qu'on ne doit compter l'établissement de cette 
colonie que depuis 1722, qu'on a pris le parti 
de faire entrer les vaisseaux dans le fleuve, 
et d'établir le comptoir principal à la Nou- 
velle-Orléans, à trente lieues dans la rivière, où 
les habitans se sont fixés, et où ils travaillent 
avec succès à la culture des terres. » 

Etat de la colonie de la Louisiane en i'jily. 

Cette province, qui dépend pour le spirituel 
de l'évéché de Québec, forme un gouverne- 
ment séparé de celui du Canada, du côté du 
nord, par la rivière des Illinois. Elle est habi- 



— 375 — 

tée par environ cinq mille personnes des deux 
sexes, y compris mille trois cents têtes de nè- 
gres. On y compte onze cents vaches domes- 
tiques, trois cents taureaux, deux cents che- 
vaux et jumens, cent brebis, cent chèvres, 
plusieurs truies, et des volailles de toute es- 
pèce. 

Aux environs de la Nouvelle-Orléans , il peut 
y avoir mille six cents personnes, y compris 
les troupes et les employés ; le reste est ré- 
pandu dans tous les postes de la colonie. Le 
terrein qu'on y a mis en culture produit en 
riz, fèves, maïs, patates , navets et en diffé- 
rens légumes, beaucoup aurdelà de la con- 
sommation des habitans. 

A l'égard des concessions établies aux envi- 
rons de la Nouvelle-Orléans, cel.e des Chapi- 
toulas, appartenant à MM. de Léry, La Fres- 
nière et Beaulieu frères. Canadiens, est la plus 
avancée et promet une heureuse réussite. On 
peut dire à la louange de ces messieurs qu'ils 



__ 376 — ""^^ ^ 

ont été les premiers à donner un bon exemple, 
et qu'ils méritent une attention particulière 
pour les services qu'ils ont rendus à la colonie. 
Les dépenses pour la Louisiane avaient 
été réglées au mois de septembre 1721, à 
345,504 livres, non compris les Allemands et 
gens de force , sur quoi le roi paie pour l'en- 
tretien de ses troupes 3oo,ooo livres, qui doi- 
vent produire dans la colonie 45o,ooo livres, 
à cause des cinquante pour cent de bénéfice 
que la compagnie exige sur les marchandises 
qu'elle y distribue, à la déduction d'environ 
12,000 livres de différence, que peuvent pro- 
duire les vivres qu'on donne au prix de France, 
aux soldats qui sont dans les garnisons de la 
Mobile , du Biloxi et de la Nouvelle-Orléans. 
Les autres troupes dispersées dans les postes 
sont nourries avec les denrées du pays : leur 
compte se fait en marchandises sur le pied 
du tarif. 

Par l'état de ces dépenses il résulte que ce 



— 377 — 

que le roi paie suffit pour l'entretien présent 
de cette colonie, sans qu'elle soit à charge à 
la compagnie , à l'exception du crédit des nè- 
gres, qu'elle sera obligée de faire aux petits 
habitans qui n'auront pas encore les moyens 
de les payer comptant, en tabac ou en indigo. 
MM. Randot, Landivisio, Du val de Premi- 
ny, Morin, et d'Artaguette, qui sont à la 
tête du bureau de la Louisiane, ont encore 
diminué les dépenses, ayant réduit les seize 
compagnies à dix , supprimé l'emploi de 
major-général et ceux de commandans des 
postes, et laissé seulement dans le pays M. de 
Pauger, ingénieur, à la place de MM. de La 
Tour et de Boispinel , qui y sont décédés, et 
de M. Franquet de Cha ville, qui a repassé en 
France. Ces directeurs ont pareillement fait 
accorder par sa majesté des congés d'un an à 
MM. de Bienville et deChâteaugué, pour s'in- 
struire par eux de l'état de la colonie ; mais on 
est persuadé que s'étant laissés prévenir à leur 



~ 3']S — 

désavantage, ils feront leur possible pour les 
empêcher d'y retourner. Il est à croire que 
ces messieurs, n'ayant rien à se reprocher, 
justifieront leur conduite, en faisant observer 
qu'ils n'ont point disposé des fonds de la 
compagnie ; qu'ils ont été traversés par les di* 
recteurs chargés des pouvoirs, et revêtus de 
titres pompeux auxquels ils avaient ordre de 
déférer ; qu'on les rappelle dans le dessein de 
donner leurs places à de jeunes officiers frères 
d'un ancien directeur , aujourd'hui syndic, 
qui a si bien su faire valoir quelques voyages 
que ses frères ont faits par la rivière jusqu'aux 
Illinois; que l'un d'eux a été honoré de la croix 
de chevalier de Saint-Louis , du brevet de co- 
lonel réformé en France, du poste d'inspec- 
teur général des troupes, et enfin auquel on 
promet la lieutenance de roi du pays. M. de 
Bienville a lieu de croire que ces grâces ré- 
pandues en si peu de temps sur M. Diron 
d'Artaguette, par préférence à tous les an- 



— ^79 — 
ciens officiers de la colonie , ne lui ont été 
accordées que dans le dessein de lui procurer sa 
place ; que ce sont les motifs qui font oublier 
ses services de vingt-sept années dans le pays; 
et qu'il est le premier avec M. d'iberville son 
frère, capitaine de vaisseau , qui ait formé des 
établissemens dans le Mississipi, qu'il a eu 
des frères et des neveux tués au service du 
roi, tant au Canada qu'à la Louisiane, sans 
qu'on lui procure un rang qui puisse assurer 
son état. On l'accuse de n'avoir pensé qu'à ses 
intérêts , et ce qu'il a ne vaut pas 60,000 liv. 
Cette médiocre fortune mérite-t-elle qu'on la 
lui reproche , l'ayant acquise dans un pays où 
il a souffert, pendant une si longue suite 
d'années, toutes les incommodités de la vie, 
et cela dans le temps que cette même pro- 
vince, où il avait l'honneur de commander en 
chef, a servi d'occasion et de prétexte à de 
simples particuliers pour fiiire des fortu- 
nes immenses et si subites que les sie- 



— 38o — 

clés à venir auront peine à se le persuader. 
M. de La Harpe doit cette justification à 
M. de Bienville, quoiqu'il n'ignore pas que 
les duretés qu'on a eues pour lui ne lui ont 
été faites que pour avoir soutenu sa con- 
duite irréprochable. C'est ce qui a porté MM. de 
Landivisio et Morin à manquer à leur parole 
d'honneur qu'ils lui avaient donnée de le 
faire payer de 3,ooo livres qui lui étaient dues 
pour ses appointemens , et de lui procurer un 
emploi répondant à ses services; mais au lieu 
d'y avoir égard , ils l'ont retenu deux années 
à Paris. S'il a vaqué des emplois, ils s'en sont 
emparés de suite pour les donner à des gens 
sans connaissances ou à leurs créatures. Si 
M. de La Harpe s'est plaint de ce procédé, ils 
lui en ont fait un crime, comme s'il avait 
trouvé chez les nations sauvages qu'il a décou- 
vertes un secret pour devenir insensible; et 
après lui avoir fait dépenser beaucoup au-delà 
de ce que six années de ses travaux lui avaient 



— 38i — 

pu procurer , ils se sont fixés à lui faire déli- 
vrer une commission de capitaine d'infante- 
rie , poste inférieur à ceux qu'il a ci-devant 
occupés , et qu'il n'a accepté que dans la crainte 
de rester sans emploi. S'il a demandé par 
grâce le paiement de ce qui lui était dû par 
son compte arrêté avec les directeurs de la 
Louisiane , on lui a fait dire qu'ils avaient 
passé une délibération par laquelle les créan- 
ciers de la compagnie, par compte arrêté dans 
la Louisiane, se feraient payer comme ils le 
pourraient dans la même colonie par les dé- 
biteurs insolvables de la compagnie des Indes j 
un pareil arrangement est bien singulier, et 
ne fera certainement pas honneur à ceux qui 
ont trouvé un aussi inique expédient pour 
frustrer de pauvres officiers. 

M. de La Harpe est persuadé que MM. Réau- 
dot et Duval d'Epresmenil n'ont point con- 
tribué à ses disgrâces. Il connaît leur probité, 
et ne doute pas qu'il doit à leur équité et à la 



— 382 — 

représentation qui leur a été faite par M. de 
Lalos, l'un des secrétaires de la compagnie, 
d'avoir été maintenu dans la commission qui 
lui a été délivrée, ses ennemis l'ayant menacé 
de le faire rayer de l'état, parce qu'il avait 
porté contre eux ses plaintes à son altesse sé- 
rénissime monseigneur le Duc. Des traitemens 
aussi extraordinaires qui auraient dû rebuter 
tout autre que M. de La Harpe , n'ont point 
diminué son zèle pour le service de la compa- 
gnie des Indes; il est même certain que la plus 
grande partie de messieurs les directeurs n'ont 
point été informés de ces choses, et il ose es- 
pérer qu'ils approuveront la liberté qu'il prend 
de s'expliquer avec autant de franchise, et 
qu'ils trouveront bon qu'il leur représente que 
l'absence de MM. de Bienville, de Châteaugué 
et Paillon peut apporter du désordre non-seu- 
lement pour les désertions des troupes et des 
habitans , mais aussi par l'inconstance des na- 
tions sauvages qui ne nous sont fidèles que 



— 382 — 

représentation qui leur a été faite par M. de 
Lalos, Fan des secrétaires de la compagnie, 
d'avoir été maintenu dans la commission qui 
lui a été délivrée, ses ennemis l'ayant menacé 
de le faire rayer de l'état, parce qu'il avait 
porté contre eux ses plaintes à son altesse sé- 
rénissime monseigneur le Duc. Des traitemens 
aussi extraordinaires qui auraient dû rebuter 
tout autre que M. de La Harpe , n'ont point 
diminué son zèle pour le service de la compa- 
gnie des Indes; il est même certain que la plus 
grande partie de messieurs les directeurs n'ont 
point été informés de ces choses, et il ose es- 
pérer qu'ils approuveront la liberté qu'il prend 
de s'expliquer avec autant de franchise, et 
qu'ils trouveront bon qu'il leur représente que 
l'absence de MM. de Bienville, de Châteaugué 
et Paillon peut apporter du désordre non-seu- 
lement pour les désertions des troupes et des 
habitans , mais aussi par l'inconstance des na- 
tions sauvages qui ne nous sont fidèles que 











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— 383 — 

par l'estime et l'amour qu'elles portent à M. de 
Bienville. 11 est vrai que M. de Boisbrillant, 
premier lieutenant de roi, qui est un très 
digne officier, fort aimé dans la colonie, peut 
le suppléer; mais il peut manquer, et par sa 
perte laisser cette province dans une très 
grande perplexité. M. Duché, ancien direc- 
teur général, qui par sa grande application, 
avait pris des connaissances parfaites de ce 
pays , n'aurait certainement pas rappelé M. de 
Bienville. On peut dire à sa louange qu'il 
joint à une infinité d'excellens talens celui de 
connaître les bons sujets et de les employer à 
propos. 11 était persuadé que pour entretenir 
l'ordre dans cette colonie il fallait y établir 
un conseil composé de gens expérimentés; 
c'est ce qui l'avait engagé à le former de 
MM. Fleuriot, Brûlé, Fazinde, Guillet etPery, 
auxquels on avait confié l'administration de 
toutes les affaires , et M. de Bienville en qua- 
lité de président, responsable de l'exécution 



' — 384 — 

des délibérations. Cette forme de régie était 
bien entendue, mais on y a porté tant de mu- 
tations, que la désunion si fatale à cette pro- 
vince s'est mise entre ces messieurs. Pour 
y remédier, M. Morin a fait passer le sieur 
Péraut, l'un de ses commis, avec le titre de 
commissaire général de la Louisiane. 

Il reste avant de finir ce mémoire à faire 
quelques observations sur ce qu'il convient 
d'exécuter pour l'avantage de cette province. 
Premièrement il serait à souhaiter que la 
compagnie ne se mêlât en aucune façon des 
troupes , qu'elles fussent au roi , et que les 
3oo,ooo livres que sa majesté paie pour leur 
entretien fussent remises en effet à un inten- 
dant ou commissaire qui serait, à cet effet, 
envoyé dans le pays pour y faire les fonctions 
telles qu'elles sont réglées pour le Canada et 
les îles de l'Amérique. Non-seulement par ce 
moyen il y aurait douze compagnies d'infan- 
terie , mais il resterait encore des fonds pour 



— 385 — 

payer l'état-major et l'entretien des fortifica- 
tions. De cette manière chacun serait satisfait. 
On ne verrait point tant de désertions ; les of- 
ficiers ne seraient pas tous les jours cassés ou 
interdits sans aucune formalité, soit pour avoir 
eu quelque discussion avec des commis , ou 
pour avoir déplu aux directeurs. Le gouver- 
neur général ne se mêlerait que de ses trou- 
pes, et on laisserait à la compagnie le soin de 
faire tous les réglemens qui conviendraient à 
son commerce. 

La seconde observation est que la compa- 
gnie doit donner tous ses soins pour y faire 
passer des nègres et des bestiaux; il est facile 
de tirer une très grande quantité de bétes à 
cornes du nouveau royaume de Léon par la 
rivière Rouge , mais il faut pour cela qu'elle 
emploie des personnes intelligentes , et qu'elle 
leur donne tous les pouvoirs nécessaires. 

La troisième observation est relative au 
commerce, qu'elle ne doit poin "égliger ; il est 



— 386 — 

d'une très grande importance d'établir on 
comptoir à la Mobile, un autre à l'entrée du 
fleuve , et le plus considérable au port que 
M. de La Harpe a découvert; c'est le lieu de 
la côte le plus avantageux pour entretenir des 
correspondances, soit par mer avec Tampico, 
Touspe, la Vera-Cruz ou la côte de Campé- 
che, et par terre avec le royaume de Léon; 
mais pour la garde de ce port il ne faut pas 
moins de deux compagnies d'infanterie, tant 
à cause de la férocité des nations sauvages 
que par rapport à la proximité des Espa- 
gnols. 

La dernière observation à faire est que s'il 
s'agit par le traité de Cambrai des limites de 
la Louisiane , on doit les fixer le long de la 
côte , depuis Rio Perdido , qui est entre Pen- 
sacoleet la Mobile, jusqu'à la baie découverte 
par M. de La Harpe. Il est important que par 
le même traité il soit stipulé que les rivières 
venant de l'est et de l'ouest , et affluant 



— 387 — 

dans le Mississipi, soient dépendantes de la 
Louisiane, avec les terres qu'elles enfer- 
ment. 

Routes quon peut tenir pour se rendre à la 
mer de l'ouest. 

On entend communément par la mer de 
l'ouest celle qui dans l'hémisphère septen- 
trional , est interposée entre la plus orientale 
du nord de l'Asie, et la plus orientale de l'A- 
mérique, autrement celle qui est le plus au 
nord. Ainsi chercher la mer de l'ouest, c'est 
chercher les extrémités du continent de l'A- 
mérique septentrionale du côté de l'ouest; ce 
n'est point une chose nouvelle que la décou- 
verte de cette mer : elle a été faite par les Es- 
pagnols, sous le gouvernement de don An- 
toine de Mandoja, vice-roi du Mexique; il fit 
partir d'Acapulco , en 1 54^ , des caravettes 
qui côtoyèrent la partie orientale de la Cali- 
fornie, jusqu'aux 4^^* de l'équinoxial. Le même 



— 388 — 

vice-roi envoya par les terres François Vas- 
ques Caronado et don Garcia Lopès de Car- 
denas avec une forte armée d'Espagnols et 
d'Indiens, et quatre cents chevaux, pour éta- 
blir la province de Cibola que l'on disait très 
riche, au rapport d'un religieux cordelier ap- 
pelé frère Marc, qui y avait pénétré en i5o8. 
Les troupes se rendirent à Culuhacan dans la 
Nouvelle-Galice, à cent cinquante lieues du 
Mexique. Ils firent de là deux cent cinquante 
lieues jusqu'à Cibola, situé aux 87° de lati- 
tude ; les habitans de ce village, au nombre de 
huit cents hommes, ne voulant point recevoir 
des étrangers, furent attaqués et contraints 
d'abandonner la place, qui fut nommée Nou- 
velle-Grenade , par rapport au vice-roi Man- 
doja , natif de cette ville en Espagne. De ce 
lieu , don Garcia Lopès de Cardenas s'en alla 
avec sa compagnie à cheval vers la mer, et 
François Vasques avec le reste des troupes vint 
à Tiquez, province à laquelle on a donné de- 



-389 - 

piiis le nom de Nouveau-Mexique. Il y apprit 
des nouvelles du pays de Qui vire, et de la 
ville d'Axa dans laquelle demeurait le roi Tar- 
tarax, homme blanc, barbu, qu'on disait très 
riche : les chefs de l'armée prirent la résolu- 
tion d'y aller, avec intention d'y passer l'hi- 
ver; les Indiens qui avaient accompagné les 
Espagnols dans cette découverte, n'approu- 
vant point ce dessein , décampèrent tous peur 
dant la nuit , ce qui fut très préjudiciable aux 
Espagnols, à cause des secours qu'ils en ti- 
raient. Ils ne laissèrent pas pour cela de con- 
tinuer leur entreprise à vingt lieues dans le 
sud-sud-ouest de Tignes. Les peuples de la 
nation Cicuit tuèrent quelques soldats et 
blessèrent cinquante chevaux, ils furent as- 
siégés dans leur village, où ils se défendirent 
vaillamment pendant quarante-cinq jours , 
après quoi ils firent un grand feu , dans lequel 
ils jetèrent leurs robes de pelleteries, leurs 

•- — _»^ „i. t^,,fc ,r,j^ ^,1 ;ic i-»/-»ii vaîpnf avnir 



— 390 — 

d'effets, ne voulant pas que leurs ennemis en 
profitassent. Ensuite ils sortirent en batail- 
lon carré, ayant mis au milieu les femmes et 
les enfans, et firent des efforts extraordinai- 
res pour s'ouvrir un passage; mais la plus 
grande partie y périt. Il y eut sept Espagnols 
tués et quatre-vingts blessés avec plusieurs 
chevaux; la rivière qui était auprès du village 
gela très fort, quoiqu'elle ne soit située qu'à 
37° de l'équinoxial; ils observèrent que la 
neige dure quatre mois dans les quartiers de 
Cicuit. Ils firent deux cent vingt-cinq lieues 
jusqu'à Quivire, et prirent connaissance de la 
mer de l'ouest aux 4o° de latitude peu éloi- 
gnée du village d'Axa, où ils trouvèrent le roi 
Tartarax, blanc et nu, ayant à son cou un 
joyau de bronze qui était toute sa richesse. Dans 
celte route ils passèrent de grandes plaines 
de sable, stériles et si unies qu'on n'y pouvait 
trouver ni pierres, ni herbe, ni arbres. Ils 
étaient obligés de brûler de la bouse de vache. 



— 391 — 

Quivire est un pays tempéré, garni de bon- 
nes eaux et enrichi de bons pâturages , mais 
tout ce qui est depuis Cicuit est peu habité, 
et encore ceux qui l'habitent sont tous de 
pauvres gens. Les Espagnols n'ayant point 
trouvé les richesses auxquelles ils s'atten- 
daient, s'en retournèrent à Tiquez, et de 
là à la ville du Mexique , où ils arrivèrent au 
mois de mars i5^i. 

Ayant expliqué ce que c'est que la mer de 
l'ouest, et la manière dont elle a été- décou- 
verte , il reste à examiner quelle route les 
Français peuvent tenir pour s'y rendre, aux 
environs de 4^** de l'équinoxial , et quel 
avantage on en peut retirer. 

La voie de tenter cette entreprise par les 
grandes baies qui sont au nord du Canada ne 
paraît pas praticable à cause des glaces, du 
grand froid et du peu d'été qu'il y a dans ces 
climats ; il est même à présumer que ce qu'a 
écrit Jean Ormiens dans un traité latin qu'il a 



— 392 -~ 

donné au public , n'est qu'une chimère ; lors- 
qu'il dit qu'il y a environ cent ans qu'on trouva 
dans la mer du nord , sur les côtes de Labra- 
dor , les débris d'un petit navire, que la forme 
fit juger être de la Chine ou du Japon, que la 
tempête avait poussé de la mer de l'ouest 
dans celle du nord à travers la baie d'Hudson. 
Cette entreprise semblerait moins impossible 
en montant le Mississipi à sa source qui est le 
pays desScioux, par 48" de latitude, où il se 
trouve à peu de distance du lac Brochet, au- 
près duquel, au rapport des sauvages , est une 
grande rivière coulant à l'ouest, et qui, sui- 
vant toutes les apparences, se décharge dans 
quelque baie de cette mer, au nord de la Ca- 
lifornie. 11 n'y a tout au plus que trois cents 
lieues de chemin à faire par le Mississipi , de- 
puis son embouchure jusqu'au lac Brochet. 
La seconde difficulté qu'on trouverait se- 
rait la guerre que nous avons avec les 
Scioux, les B.enards et les autres nations du 



- 393 - 

nord qui rendraient celte route impraticable. 

Le chemiti qu'on peut encore prendre pour 
parvenir à celle découverle est celui de la 
rivière du Missouri, qu'on peut remonter en 
bateau, beaucoup au-delà du village de ce 
nom, situé à 4o° et demi de latitude. Il n'y a 
de chemin à faire par le Mississipi jusqu'à 
l'entrée de cette rivière que trois cent trente- 
neuf lieues, et quatre-vingts lieues pour se 
rendre au village desMissouris, d'où l'on pour- 
rait continuer par terre son entreprise, mais 
il y aurait encore environ cinq cent cinquante 
lieues, avant d'arriver à cette mer de l'ouest. 

On peut facilement entreprendre ce voyage 
par la rivière des Alkansas, il y aurait plus de 
sûreté et moins de chemin à faire , parce que 
de la Nouvelle-Orléans il n'y a que cent qua- 
tre-vingts lieues par le Mississipi pour aller à 
l'entrée de la rivière des Alkansas sur laquelle 
on ferait deux cent quatre-vingts lieues jus- 
qu'aux villages des nations découvertes en 



- 394 - 

1719 par M. de La Harpe. On y trouverait des 
guides , des chasseurs , des chevaux et des vi- 
vres pour continuer cette découverte, car il 
y a tout au phis quatre cent cinquante lieues 
de chemin à faire; cependant il faut convenir 
que la rivière du Missouri, étant plus navigable 
vers l'ouest , procurerait plus de commodité , et 
diminuerait le chemin à faire par terre ; mais 
pour réussir dans une pareille expérience il 
faudrait accorder à l'officier qui en serait chargé 
un détachement de soixante soldats et qua- 
rante Canadiens, les bien armer, et leur don- 
ner quelques marchandises pour distribuer 
aux nations chez lesquelles ils seraient obligés 
de passer; cette dépense ne coûterait pas à la 
compagnie 20,000 livres, et elle aurait l'avan- 
tage de parvenir à une découverte qui ferait 
honneur à la nation. Peut-être même que sur 
cette route on découvrirait des mines consi- 
dérables , et si l'on avait le bonheur de trouver 
quelque bon port dans la partie nord de la 



— '^9^ — 
Californie, on pourrait de ce lieu tenter un 
commerce, soit avec le Japon, les côtes de la 
Chine, ou celles du Mexique et du Pérou. Il 
faut avouer que le transport des marchandises 
par les rivières , ou par la profondeur des ter- 
res, causerait de grands frais ; mais il faut re- 
marquer que tous les effets seraient transpor- 
tés par le Mississipi , et par les rivières du 
Missouri et des Alkansas ; la plus grande par- 
tie du chemin dans de bons bateaux pontés, 
où ils seraient en sûreté , et ensuite mis dans 
des magasins en attendant que la saison fût 
commode pour les charger sur des chevaux 
jusqu'au lieu de leur destination. On doit 
même espérer de trouver à peu de distance 
du village des Missouris quelques rivières af- 
fluentes dans cette mer de l'ouest : ce qui fa- 
ciliterait le transport des marchandises. Il 
faut ajouter qu'on lie doit pas craindre les 
Espagnols sur cette route , parce qu'ils n'ont 
point d'établissemens plus au nord dans le 



ï 



-396- 

Nouveau-Mexique que par les 36 et 38". 

Les Padoucas blancs qui habitent ces con- 
trées , sont leurs ennemis ; mais nous pouvons' 
nous les rendre favorables , par le moyen du 
haut des nations du Missouri, qui sont nos 
alliées. 

Il faut encore ajouter à ces raisons qu'il y 
a plus de cent lieues à déduire de la largeur 
que les géographes donnent à l'Amérique dans 
ces quartiers, ce qui se prouve par la route 
faite par François Vasques Coronado , qui n'a 
trouvé de la rivière du nord à la mer de 
l'ouest que deux cent cinquante lieues, ainsi 
qu'il a été expliqué ci-dessus. 



Traité de Vorigine des Indiens de V Amé- 
rique. 

Les historiens et interprètes des lettres di- 
vines et humaines n'cnt pu s'accorder sur 
l'origine des Américains, ni sur le chemin 



— '^91 — 

qu'ils ont tenu , pour parvenir à cette région 
antarctique. Tous conviennent qu'ils sont sor- 
tis d'une des trois parties du monde pour lors 
connues; de l'Asie, de l'Afrique ou de l'Eu- 
rope; mais aucun d'eux n'a pu prouver de la- 
quelle ils ont été procréés; ils appuient chacun 
leur sentiment sur des histoires anciennes ou 
sur des inductions tirées des histoires sacrées; 
mais il est plus facile d'argumenter contre des 
opinions que de définir et de rencontrer la 
vérité. 

Suivant les philosophes, la connaissance 
des choses se manifeste par quatre moyens, 
par science, par opinion, par foi divine ou 
.par tradition ou foi humaine. Mais à l'égard 
de l'origine de ces Indiens, d'où ils sont venus, 
c'est ce qui ne se peut savoir par science , 
parce qu'il n'y a point de démonstration pouF 
-connaître évidemment leur origine ; par opi- 
nion, il paraît aussi qu'elle ne suffit pas, parce 
que tout ce qui s'y réduit est douteux, étant 



— 398 — 

fondé sur des raisonnemens probables, mais 
non concluans : par foi divine ; il ne paraît pas 
qu'il y ait aucun passage de l'Ecriture qui en- 
seigne d'où ils sont venus, et duquel des en- 
fans de Noé ils descendent. Par tradition ou 
foi humaine, on ne peut aussi le savoir, parce 
que jusqu'au temps où Christophe Colomb fit 
la découverte des Indes occidentales, il n'y a 
eu aucune évidence qu'on les eût découvertes 
auparavant. On les tenait même inhabi- 
tables. Saint Augustin dans son livre de la 
Cité de Dieu a nié qu'il y eût des antipodes, 
fondé en cela sur le sentiment de Lactance, 
d'Aristote, de Pline, et de plusieurs autres 
philosophes ; et si depuis la découverte des 
Indes, on eût pu parvenir à cette connais- 
sance , ce n'aurait peut-être été que par la 
tradition des originaires de cette partie du 
monde ; mais l'ignorance où ils étaient de l'E- 
criture, ne se servant que de caractères de 
peinture, et de nœuds de diverses couleurs 



— ^99 — 
qu'ils nommaient quipos, ne pouvaient pas 
donner de preuves fort anciennes. 

De ce qu'on vient de dire, il résulte que la 
question se réduit aux opinions; voici les prin- 
cipales : 

La première opinion se trouve appuyée de 
plusieurs grands philosophes qui se sont incli- 
nés à croire que les Indiens étaient descendans 
de ces nations atlantiques, et que ce sont les 
premières qui ont passé dans les Indes occi- 
dentales. Ils prétendent que cette terre si re- 
nommée par les anciens occupait l'Océan de- 
puis Cadix jusqu'aux Indes d'Espagne, que 
cette île était plus grande que l'Asie et l'Afri- 
que, mais qu'elle fut abîmée par un tremble- 
ment et submergée avec tous ses habitans. 

Platon dans ses dialogues de Timée et de 
Crécias,rapportequelesEgyptienspourdonner 
des louanges aux Athéniens, leur rappelaient 
qu'ils avaient vaincu autrefois plusieurs rois , 
et remporté de grandes >- otoires sur de puis- 



santés armées de peuples atlantiques; et le 
même Platon fait mention au même livre 
qu'on trouvait au-deià de cette i!e Atlantique 
d'autres îles, peu éloignées d'une grande terre 
à l'ouest de laquelle était la véritable mer. 

Si cette histoire des Egyptiens rapportée 
par Platon est véritable , il n'y aurait point à 
douter que les Indiens de l'Amérique n'eus- 
sent sorti des nations atlantiques , et que ces 
îles dont il parle ne fussent celles de Saint- 
Domingue, de Cuba, de Puerto-Rico, la Ja- 
maïque, la Barbade, et autres découvertes 
depuis ce temps-là; et que cette grande terre 
ne fût celle du continent de l'Amérique, au- 
delà de laquelle est la mer du Sud, qu'on 
peut avec raison appeler la véritable mer. 
Mais ce qui pourrait faire douter de la réalité 
de cette île Atlantique, c'est que Platon dit 
que de son temps il y avait environ 9,000 ans 
qu'elle avait été submergée, époque qui ne 
s'accorderait point avec l'Ecriture sainte sur 



— 4ôi — 

le temps de la création du monde , à moins 
que les Egyptiens n'eussent compté leurs mois 
pour des années lunaires et non solaires. 

La deuxième opinion est de Jean Solorzano , 
Vanegas, Torquemada , Calencha et de plu- 
sieurs autres docteurs espagnols, qui ont pré- 
tendu que l'Amérique a été peuplée par les 
Carthaginois , desquels sont descendus les In- 
diens : c'est, ce qu'ils veulent prouver par un 
passage d'Aristote ou de Théophraste dans le 
Traité des merveilles qui se trouvent dans la 
nature , où il est dit que dans le temps que 
les Carthaginois se rendaient les maîtres de 
l'Espagne, plusieurs de leurs vaisseaux fu- 
rent poussés par la tempête, depuis les co- 
lonnes d'Hercule ou de Cadix à une île inha- 
bitée, fertile en fruits, arrosée de belles ri- 
vières, ce qui détermina plusieurs d'entre eux 
à y rester et à la peupler; mais que le sénat 
de Carthage, au retour de ces vaisseaux, n'ap- 
prouva pas cet établissement ; qu'il condamna 



•■V 



— 4ôa — 

même à mort ceux qui en avaient porté la nou- 
velle, afin d'empêcher leurs concitoyens d'al- 
ler habiter des terres étrangères, et de dimi- 
nuer par là les forces de leur état. 

Les mêmes auteurs soutiennent que cette 
île ne pouvait être autre que celle de Saint- 
Domingue ou de Cuba, et que c'est des des- 
cendans de ces insulaires que les Indiens ont 
été procréés; ils rapportent au soutien de cette 
opinion les voyages de mer du fameux Ar- 
gonaute Hannon, depuis Gibraltar jusqu'aux 
extrémités de l'Arabie, ayant passé la ligne 
équinoxiale, ainsi que Pline en fait mention 
dans sort Histoire naturelle , liv. 2 , chap. 67. 

Ils citent également le passage d'Aria nus , 
ancien philosophe grec, dans son commen- 
taire sur les indications, où il fait la descrip- 
tion d'un voyage de long cours du même 
Hânnon, qui a beaucoup de rapport avec celui 
que Colomb fit lorsqu'il découvrit l'Amérique. 

Ce que Virgile rapporte d'Enée, lorsque 



* — 4o3 — 

dans le temple de Carthage il lut la ruine de 
Troie par des caractères et des peintures , est 
pour beaucoup en faveur de cette opinion , 
parce que les Indiens s'en servaient également 
pour conserver la mémoire de leurs antiqui- 
tés. Il faut ajouter que les Carthaginois sa- 
crifiaient à Saturne et à leurs autres dieux 
des hommes et des enfans; ce qui se prati- 
quait chez les Américains, lorsqu'ils voulaient 
obtenir de leurs divinités la paix ou la con- 
servation de leur état. 

La troisième opinion est de plusieurs sa- 
vans qui font sortir les Indiens de la lignée 
d'Orphir, petit-fils de Peber et de Jactan , le- 
quel, au rapport des docteurs, peupla les 
bords de la mer océane à l'Orient, d'où sa 
postérité passa en deux régions de la Nouvelle- 
Espagne et du Pérou. Ce sentiment est ap- 
puyé sur ce que le mot de Pérou et celui 
d'Orphir ont la même signification en hébreu, 
suivant la manière singulière et curieuse dont 



— 4^4 — * 

l'explique Arias Mantanus, auteur espagnol, 
qui rapporte encore, au soutien de son opi*- 
nion, que dans les Paralipoménes, liv. 2, ch. 3, 
il est marqué que Salomon fit couvrir le 
temple de Jérusalem de lames d'or très fin ; 
ce mot d'or s'explique en hébreu par celui 
d'aurum parnaim , ce qui signifie clairement 
or de la terre appelée deux fois perou, parce 
que cette terminaison aim est un nombre 
double , ce qui convient aux deux régions du 
Pérou et du Mexique. 

La quatrième opinion, qui est appuyée d'au- 
teurs graves , est que les premiers qui ont 
peuplé l'Amérique étaient Phéniciens. Aristote 
rapporte plusieurs de leurs voyages, et Héro- 
dote dans son quatrième livre fait mention 
que trois mille ans après la création du monde 
ils naviguèrent depuis Cadix, par la mer At- 
lantique, jusqu'aux îles dont on a parié ci- 
devant ; ce qui se prouve encore par l'autorité 
de Pline, dans son livre 5, chap. 12, où il 



— 4o5 — 

dit que les Phéniciens sont les premiers 
qui aient fait de longues navigations en 
pleine mer, se conduisant paries étoiles, ce 
qui fait présumer aux auteurs de cette opinion 
que les Indiens de l'Amérique ont pu provenir 
aussi bien des Phéniciens que des Carthagi- 
nois; ces derniers, ayant occupé l'Espagne 
avant les Romains. Mais ce qui pourrait faire 
douter de cette origine, c'est que les Phéni- 
ciens ont été les premiers inventeurs des let- 
tres, et qu'on n'a trouvé parmi les Indiens 
aucun indice qu'ils s'en fussent servi, non 
plus que d'aucune écriture. 

La cinquième opinion est celle de ceux qui 
prétendent que ces peuples descendent des 
Chinois et des Tartares , se fondant i° sur la 
conformité de la couleur des uns et des autres ; 
2° sur la même disposition du corps; 3° parce 
qu'ils adorent les uns et les autres le soleil ; 
4° reconnaissant également un Dieu supérieur 
aux autres. Ceux du Pérou tenant pour créa- 



— 4o5 — 

teur du ciel et de la terre; celui qu'ils nom?- 
ment Firococha f Pachaya, Chachié, et ceux 
delà Nouvelle-Espagne, celui de J^itzilipuzli , 
5° par les purifications dont ils faisaient usage ; 
6" par la manière de compter par lunes, et de 
rapporter leurs histoires par des nœuds peints 
de diverses couleurs; 7° par la proximité que 
l'on prétend qu'il y a de la terre de Yeco à 
celle de la compagnie; qu'on était contigu au 
détroit d'Arien, par où ces peuples asiatiques 
ont pu pénétrer dans la province de Quiviro, 
et de là dans le Mexique ; B>° parce que les uns 
et les autres se faisaient enterrer avec leurs 
meubles et quelques domestiques qui se 
vouaient à la mort pour les servir dans l'autre 
monde; et enfin par une loi fondamentale par 
laquelle les neveux héritaient par préférence 
aux enfans adoptifs. 

La sixième opinion est de Henri Martin , 
grand cosmographe, qui assure que dans la 
province de Courlande sujette au roi de Po- 



— 4o7 — 

logne , laquelle est située par les 56° de lati- 
tude et 45° de longitude, les peuples ressem- 
blent parfaitement aux Mexicains, par leurs 
traits, couleurs et inclinations, d'où il in- 
fère que les Indiens de l'Amérique sont sortis 
d'eux, appuyant son sentiment sur ce qu'il 
prétend qu'aux environs du pôle il y a peu 
de distance de la partie du nord de l'Amérique 
aux extrémités de l'Asie et de l'Europe ; et 
que par la hauteur de 70° de l'est à l'ouest, 
il y a la moitié du chemin à déduire de ce que 
marquent les cartes maritimes , par la raison , 
dit-il , que tous les méridiens aboutissent au 
pôle du monde, et que suivant les cartes, les- 
dits méridiens sont des lignes parallèles qui 
n'y concoui'ent jamais, quoiqu'elles s'éten- 
dent presque à l'infini. Sur le fondement de 
cette opinion , les peuples de la Courlande au- 
raient passé par la Livonie et la Tartarie , qui 
auparavant s'appelait Scythie , d'où ils auraient 
pénétré dans le Mexique septentrional. 



— 4o8 — 

La septième opinion , qui est soutenue par 
plusieurs savans , est que ces Indiens sont 
sortis des descendans des dix tribus des Hé- 
breux que Salmanazar emmena en captivité 
dans son pays du temps du roi Osias, et qu'il 
dispersa après dans la Médie, d'où partie de 
ces Juifs se sauvèrent à Argarèthe , dans la 
Tartarie, à l'extrémité de l'Asie; ils y peuplè- 
rent en faisant alliance avec les Scythes , les 
Chinois et autres nations; leur postérité passa 
de la terre de Yeco au détroit d'Anian , et de 
là dans l'Amérique septentrionale , où ils se 
mêlèrent avec les descendans du Tubal et de 
Canaan. 

Don André Rocha, oydor de l'audience dfe 
Lima au Pérou, qui a donné en 1681, un 
traité unique et singulier de l'origine des Amé- 
ricains , est du même sentiment ; et il l'appuie 
sur les passages d'Esdras, liv. 5, chap. i3, et 
d'Isaïe , chap. 1 1 , et sur plusieurs autres de 
l'Ancien et du Nouveau-Testament; voulant 



faire connaître cette transmigration par des 
raisons fondées sur les mœurs, les coutumes, 
les lois et la ressemblance des Indiens avec les 
Juifs, les Chinois et lesTartares. 

Des opinions qu'on vient de citer, il résul- 
terait que l'Amérique aurait été peuplée par 
différentes nations dont les premiers habitans 
auraient été les descendans de Tubal et de 
Canaan , desquels sont sortis les Espagnols , 
les Phéniciens et les Carthaginois, qui auraient 
peuplé l'île Atlantique, il y a environ trois 
mille cinq cents ans, d'où leurs descendans 
auraient passé aux îles Saint-Domingue et de 
Cuba, et de là dans le continent d'Amérique; 
que les mêmes nations y auraient encore pé- 
nétré du temps d'Osiris, roi d'Egypte, qui 
vainquit près de Tariso dans une bataille, 
Decabo ou Gérion, septième roi des Espagnols, 
qui y fut tué suivant quelques auteurs espa- 
gnols qui rapportent que plusieurs siècles 
après la mort du roi Osiris , il fut trouvé une 



— 4io — 

épitaphe par laquelle il était dit que son em* 
pire s'étendait jusqu'aux dernières limites des 
Indes. Lactance , dans son livre i", chap. il, 
la rapporte dans ces termes : 

« Sum Osiris qui unicersum 
« Peragravi Orbem usque ad Judeorum 

■ Desertos fines , ad eos quoque qui arcto 

■ Subjacent et adistrifontes. ■ 

Les mêmes auteurs prétendent que du temps 
des Espérides , neuvième roi d'Espagne après 
Tubal, seize cent cinquante-huit ans avant la 
naissance de Jésus-Christ, qu'il passa plu- 
sieurs nations dans l'Amérique par l'ile At- 
lantique , qui subsistait encore suivant le 
sentiment de Gonzalo Fernandès d'Oviédo, 
cité dans la première partie de son Hisioire 
des Indes y liv. 2, chap. 3. 

Il est enfin naturel de croire que l'Amérique 
n'est autre chose que File et terre ferme de 
Platon, et non les Espérides, ni Ophir , ni 



Tamis, qui ne peuvent être que les îles du 
cap Vert et les Gorgonnes , d'où Hannon , 
Carthaginois, apporta des singes. Que si cette 
partie du monde n'a pas été peuplée par la 
navigation des anciens, elle ne peut l'avoir 
été quepar la Tartarie, à l'extrémité de l'Asie, 
qui joint la terre de Yeco, séparée de celle 
de la compagnie de quarante lieues, par le 
détroit d'Oriez, situés par les 45° de latitude; 
mais de cette terre de la compagnie au cap de 
Mendocin , qui tient à la partie du nord de la 
Californie aux42° de latitude, il y a un espace 
de quinze cents lieues, inconnu qui peut être 
un continent dans lequel les géographes ont 
placé sans certitude le détroit d'Anian par où 
les peuples asiatiques ont dû pénétrer dans 
l'Amérique. Car, de croire qu'ils y ont été de 
la Laponie et le Groenland , c'est ce qui ne 
paraît pas; vraisemblable , à cause du grand 
espace de mer glaciale qu'il aurait fallu 
traverser par le^ ffd' de latitude , pour 



— 4ia — 
arriver au Groenland, qui est encore séparé 
de la côte de Labrador par différens bras de 
mer. 

5/^we BENA.RD DE La Harpe. 



p , 



Vv 



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